Rachid Ammar tire sa révérence. Il l’a annoncé le plus ostensiblement du monde, sur le plateau de l’émission la plus regardée par les téléspectateurs tunisiens, à savoir « Attasiaâ Massaan », sur Ettounsya tv.
A posteriori, on a appris que le général avait demandé, au président de la République, Moncef Marzouki, de parler aux médias, pour répondre aux accusations lancées à son encontre, ces derniers temps.
A travers les propos qu’il égrenait, se profilait un vif dépit à l’égard d’acteurs de la scène politique et médiatique, par le truchement de messages subliminaux difficilement déchiffrables. D’aucuns y ont vu des mines anti personnelles et même une forme de règlement de comptes.
Celui qui s’est illustré sur le registre des attaques contre le chef d’état-major des trois armées, ne peut être que Mohamed Abbou, fondateur du nouveau parti, le Courant Démocratique. La violente critique contre le général Rachid Ammar, dont le limogeage est explicitement réclamé et son remplacement par un autre haut gradé de l’armée, a été très mal perçue par l’opinion publique qui était, alors , échaudée par les développements dramatiques de Châambi .
Le texte publié sur face book , et intitulé » Il est temps de changer le commandement militaire » s’ouvrait sur ce couplet, comme pour impressionner : » Les corps de nos soldats et nos agents de sécurité sont déchiquetés dans les explosions de ces mines au Chaâmbi « . Au demeurant, il a appelé à l’urgence d’un changement à la tête de l’institution militaire, par la nomination d’un nouveau chef d’Etat -major des trois armées. Invoquant la règle générale selon laquelle un responsable ne peut pas garder son poste dès lors qu’il échoue dans sa mission, il souligne que le nouveau promu devra donner un nouveau souffle à l’institution militaire, et permettra assurément de mettre fin aux attaques de Chaâmbi .
Ces phrases ont été vite oubliées, mais lorsque Rachid Ammar a annoncé son départ à la retraite , et a expliqué les attaques qu’il essuyait depuis un moment par le fait qu’il « dérange » pour reprendre l’expression qu’il a utilisée, lundi soir, sur le plateau d’Ettounsya tv ,tout le monde s’est rappelé les propos de Abbou, et vite compris que le jeu était plus grand que l’ancien ministre .
Rachid Ammar a déclaré qu’il avait décidé d’abandonner sa carrière militaire, en invoquant son âge légal faisant valoir ses droits à la retraite. Bien qu’il ait affirmé qu’il ne s’agissait pas d’une démission ,tout le monde a saisi l’amertume du responsable militaire qui se voit obligé de quitter son poste au moment où le pays affronte un plan de déstabilisation , et un horizon incertain qui évoque deux schémas : l’Algérie des années 1990 ou de la Somalie .
Il relève que la Tunisie n’a pas les moyens de vivre la première expérience (algérienne) , ni ne mérite la deuxième ( somalienne ) .
Rachid Ammar était donc poussé, comme Abdelkrim Zbidi, en mars dernier, à quitter ses fonctions. Il sera remplacé, selon les dernières fuites, par un chef d’état-major pour chaque armée .Mais les problèmes de la sécurité resteront entiers.
Abbou a-t-il obtenu gain de cause ?
En s’attaquant ainsi et dans les termes qu’il avait utilisés pour exiger en quelque sorte le départ de Rachid Ammar, Mohamed pourrait-il se prévaloir d’un dividende dont il se servira, dans sa seconde vie politique sous la bannière du Courant démocratique ?
Généralement, les politiciens adaptent leurs positions et analyses à l’état de leurs formations politiques. Cette règle d’or se vérifie chez les politiciens de tous bords. On a vu de brillants hommes politiques prendre du recul et s’offrir des périodes de réflexion lorsque leurs courants politiques vivent des difficultés, ou lorsqu’ils sont en mauvais termes avec ces mêmes partis.
Mohamed Abbou n’a pas tardé à être rejoint, sur ce chapitre, par son épouse, Samia qui, ce faisant, dérogent à cette règle, comme en témoignent la constance qu’ils affichent dans leurs sorties politiques fracassantes, et leurs analyses aberrantes, lesquelles ne vont pas avec la déconfiture que vit leur ancien parti, le Congrès pour la République (CPR) , ou avec l’avenir douteux qui s’annonce pour leur nouveau parti Le Courant Démocratique .
Il n’est pas difficile de découvrir leurs maladresses , leurs interventions échappant à tout référentiel compréhensible et leurs positions et attitudes ne laissant transparaître aucune suite dans les idées.
Etant convaincu qu’il est hors de portée de l’intelligence humaine de saisir un cheminement interne de leurs idées ou analyses, on se résoudra à le chercher dans des rapprochements avec d’autres sphères et intérêts qui ont droit de cité sur l’échiquier politique tunisien.
A la position déjà mentionnée et se rapportant à Mohammed Abbou , il faut joindre celle de Samia Abbou qui part en (petite) croisade (il faut le reconnaître) , contre Béji Caïd Essebsi , l’accusant d’être derrière l’assassinat de Chokri Belaid , le jour même du meurtre, le 6 février 2013. Cet écart ne pouvait être expliqué par l’émotion qu’ont vécue ses camarades et proches, du fait que Samia Abbou n’en faisait pas partie. La maturité politique et la dignité humaine imposaient à la dame fraîchement convertie à la politique, de ne pas utiliser un drame national pour solder les comptes politiques avec autrui.
Le show de Samia Abbou obéissait donc à des intérêts qui ne sont pas les siens. D’ailleurs, une partie de l’énigme qui a accompagné son numéro, s’expliquait par la solidarité des députés d’Ennahdha ( du CPR et de Wafa, bien sûr ) avec la députée , au moment du vote de la levée de son immunité , suite à la plainte déposée par Béji Caid Essebsi . La levée de l’immunité n’étant pas une condamnation, mais un simple feu vert à la justice aux fins de se saisir de l’affaire . Seulement, Ennahdha qui est engagée à défendre Samia Abbou, n’adhère pas à cette nuance .
La conjoncture a, ainsi, montré que les Abbou qui crient haut leurs convictions, ne sont ni les dépositaires de la conscience du peuple, ni l’âme de la révolution, mais de simples voix à l’aune desquelles sont jaugés les humeurs et les états d’âme des parties en présence, tel que voulu par les décideurs.
Aboussaoud Hmidi








