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Les ministres italiens de l’Intérieur et des AE de nouveau en Tunisie. Que vont-ils demander à Saied et Mechichi ?

De nouveau, la ministre italienne de l’Intérieur, Luciana Lamorgese, sera ce lundi en Tunisie. Elle sera accompagnée de son collègue des Affaires étrangères  Luigi di Maio et des commissaires européens Ylva Johansson, chargée des affaires intérieures et Olivér Várhelyi, chargé de l’élargissement. Ils rencontreront le président de la République, Kais Saied, et le ministre de l’intérieur et également chef du gouvernement désigné, Hichem Mechichi.

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Cette visite intervient alors que le nombre de migrants qui débarquent sur les côtes italiennes a plus que doublé et  que la crise économique en Tunisie alimente la migration des bateaux à travers la Méditerranée, a indiqué Luciana Lamorgese dans une conférence de presse où elle a précisé que plus de 21 000 personnes ont gagné l’Italie entre août 2019 et fin juillet, soit une augmentation de 148 % par rapport à l’année précédente.

Elle a souligné que la majorité des arrivées étaient des « débarquements autonomes, difficiles à gérer… avec de petites embarcations et des canots pneumatiques », plutôt que des personnes sauvées en mer et ramenées à terre. Beaucoup d’entre eux débarquent sur l’île italienne de Lampedusa, au sud de la Méditerranée. En douze mois, un peu plus de 5 000 personnes ont été secourues, principalement par des navires exploités par des ONG, selon les données du ministère italien de l’Intérieur qui note que plus de 80 % des migrants qui ont atteint l’Italie sont partis de Tunisie et de Libye.

Un exode de plus en plus exponentiel

« Les chiffres ne sont pas très élevés-ils sont certainement plus élevés que ceux de l’année dernière-, mais nous devons les mettre en contexte : la Tunisie traverse une profonde crise économique, sociale et politique », a déclaré Lamorgese aux journalistes ajoutant que « nous avons vu des familles entières partir pour rejoindre le territoire italien ».

Pendant des années, l’Italie a été la principale voie d’entrée en Europe pour des centaines de milliers de demandeurs d’asile et autres migrants, et la côte ouest de la Libye un point de départ principal pour les migrants africains qui espèrent atteindre l’Europe. Un pic a été atteint entre août 2016 et juillet 2017, lorsque près de 183 000 migrants ont rallié l’Italie. Les chiffres ont commencé à baisser grâce à un effort mené par l’Italie pour perturber les réseaux de contrebande et aider les gardes-côtes libyens à intercepter les bateaux, mais ils ont repris en 2020.

Le prédécesseur de Lamorgese, le chef du parti de la Ligue anti-immigrants Matteo Salvini, a adopté une ligne dure contre les navires de charité qui sauvent les migrants en mer, fermant les ports italiens et accusant les groupes de sauvetage de collaborer de facto avec les trafiquants d’êtres humains.

Partant de points situés le long de la côte tunisienne, les Tunisiens constituent désormais le plus grand groupe de ressortissants arrivant en Italie, selon les chiffres du ministère italien de l’intérieur, dont la capacité des  centres d’accueil a dépassé ses limites.

Au rang des facteurs derrière ces flux migratoires, le quotidien londonien « The Guardian » cite  une économie qui peine encore à se remettre des conditions qui ont conduit à la révolution de 2011, l’effet combiné du confinement, du naufrage de la sa saison touristique et du ralentissement économique mondial qui s’avère dévastateur.

 « Si la pandémie a directement affecté le secteur du tourisme et ses activités connexes, c’est surtout le confinement qui a eu un impact sur de nombreux autres secteurs économiques », explique l’économiste Radhi Meddeb, citant notamment « les  industries destinées à  l’exportation qui ont souffert du déclin, voire de l’effondrement, de leurs principaux acteurs européens ».

Selon lui,  une loi récente interdisant le licenciement de travailleurs pour des raisons économiques pendant la pandémie était bien intentionnée mais n’a servi qu’à retarder la tempête à venir, car la masse salariale reste fixe et la baisse drastique de la demande pousse les entreprises tunisiennes au bord du gouffre.

Une activité « florissante »

En attendant, la migration clandestine est florissante. Alors qu’en Libye, le trafic de migrants est géré par des organisations criminelles solides et structurées, en Tunisie, le racket du trafic est souvent géré par des groupes de pêcheurs, explique Salvatore Vella, un procureur d’Agrigente qui mène les enquêtes sur les allégations de trafic d’êtres humains de la Tunisie vers la Sicile. « Ils prennent 70 à 80 personnes à bord, et lorsqu’ils arrivent à quelques miles de l’île, ils mettent les passagers dans de petites embarcations pour qu’ils puissent faire le voyage par eux-mêmes. Puis ils retournent vers  les côtes tunisiennes et poursuivent leurs activités de pêche. Il semble que la contrebande soit devenue une source de revenus supplémentaire pour certains pêcheurs tunisiens, car leurs revenus ont également diminué en raison de l’urgence de Covid », a-t-il encore expliqué, cité par le Guardian.

 « Nous ne sommes plus témoins de l’arrivée exclusive de jeunes à la recherche d’un avenir meilleur », dit-il. « Au cours des derniers mois, des familles entières ont commencé à arriver sur nos côtes, issues de différentes classes sociales, voire de ce que l’on peut appeler la classe moyenne tunisienne. « L’impression est que la crise économique provoquée par la pandémie a touché non seulement les secteurs les plus pauvres de la société, mais aussi les petites et moyennes entreprises tunisiennes. Ils arrivent avec leurs animaux de compagnie et de grandes valises, mais pas pour des vacances. Ils ont quitté leur maison pour toujours ».

Le point d’entrée préféré des Tunisiens est l’île de Lampedusa, en Sicile, à environ 10 heures de bateau de la côte de Zarzis. L’arrivée de milliers de Tunisiens ces dernières semaines a entraîné une surpopulation au centre d’accueil de l’île, qui accueille désormais plus de 1 000 personnes. La majorité des Tunisiens qui arrivent à Lampedusa sont transférés en Sicile, enregistrés puis renvoyés en Tunisie sur des vols directs de Palerme à Tunis. Le Premier ministre italien Giuseppe Conte a menacé d’augmenter ces vols de rapatriement en raison du nombre élevé d’arrivées. En conséquence, le seul choix pour de nombreux migrants est de fuir les centres d’accueil siciliens pour éviter le rapatriement.
« La situation est devenue ingérable », déclare le maire de Lampedusa, Totò Martello. « Si le gouvernement ne proclame pas l’état d’urgence pour Lampedusa, alors je le ferai. »

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