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Les pays arabes, à qui mieux mieux, se livrent une bataille vaccinale par procuration en Tunisie

La guerre que la Tunisie est en train de mener contre la pandémie du coronavirus en a enfanté une autre, celle-là d’influence, opposant par procuration maints Etats arabes  au travers  d’une spectaculaire démonstration diplomatique  pour rentrer dans les bonnes grâces d’un pays dont le système de santé est, de son propre aveu, au bord de l’effondrement.

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 Dans un de ses rares articles consacrés à la Tunisie, l’influent quotidien « Washington Post » y voit « un inusuel degré de solidarité régionale, mais permet également à certaines puissances du Moyen-Orient de montrer leurs capacités » que résume Sarah Yerkes, chercheuse au Carnegie Endowment for International Peace en ces termes : « On a là la bataille par procuration du monde arabe qui se joue dans le cadre de la diplomatie vaccinale, mais aussi dans l’arène générale de l’aide étrangère en Tunisie »

Pour l’Arabie saoudite, la crise en Tunisie offre une occasion « de réaffirmer son rôle, notamment dans le secteur de l’aide caritative, dont elle a toujours été traditionnellement fière », a déclaré Elham Fakhro, analyste principal sur les États du golfe Persique à l’International Crisis Group. Maintenant que l’Arabie saoudite a fait des progrès dans la vaccination de sa propre population, « je pense que nous pouvons la voir étendre son aide à une diplomatie plus covid », a-t-elle ajouté, citée par le quotidien washingtonien.

Youssef Cherif, analyste politique et directeur du Columbia Global Centers à Tunis, a, pour sa part, estimé  que « l’aide importante de l’Arabie saoudite dans  la crise tunisienne pourrait également aider le royaume à redorer son image à l’étranger. L’Arabie saoudite a été vivement critiquée ces dernières années pour le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi par des agents saoudiens et pour le bilan humain de son implication dans la guerre au Yémen ».

« Excellente opération PR pour les Saoudiens » !

« Maintenant, il y a cette diplomatie massive du vaccin qui rend tout à coup les Saoudiens et les Emiratis assez populaires en Tunisie, ce qui n’est pas toujours le cas », a ajouté l’analyste, ajoutant qu’il est trop tôt pour dire quel type d’impact à long terme les dons de vaccins auront sur l’opinion publique ou les relations avec la Tunisie. Quoi qu’il en soit, « c’est une excellente opération de relations publiques de la part des Saoudiens ».

Le royaume envoie les doses alors que la majeure partie de sa propre population n’a pas encore reçu deux doses de vaccin. Les Émirats arabes unis, en revanche, ont entièrement vacciné les deux tiers de leur population.

La Tunisie enregistre l’un des taux de mortalité les plus élevés d’Afrique et illustre l’énorme menace à laquelle les pays sont confrontés lorsqu’ils ne peuvent fournir suffisamment de doses de vaccin, d’autant plus que la variante delta continue de se propager. À la mi-juillet, 6 % seulement des plus de 11 millions de Tunisiens avaient été entièrement vaccinés.

Mais la semaine dernière, la Tunisie s’était vu promettre un total de près de 4 millions de doses de vaccin, « grâce à la solidarité internationale et à l’aide de pays amis et frères », a déclaré le ministre de la Santé Faouzi Mehdi au Parlement.

La Tunisie a également obtenu des doses de vaccin de la part de  la France, avec laquelle elle entretient toujours des liens étroits. La France s’est engagée à fournir environ 800 000 doses, auxquelles s’ajoutent plus de 300 000 doses AstraZeneca obtenues par le biais de Covax, une initiative soutenue par l’Organisation mondiale de la santé. Les États-Unis fourniront également 500 000 doses par le biais de Covax, a confirmé un responsable de la Maison Blanche.

La Banque mondiale a approuvé en mars un financement de 100 millions de dollars pour soutenir les efforts de la Tunisie en matière d’acquisition et d’administration de vaccins. La Tunisie a déclaré au début du mois qu’elle achèterait 3,5 millions de doses directement à Johnson & Johnson ; elle a également acheté quelques doses du vaccin Pfizer.

Le rivaux politiques ont chacun un mandant !

Le pays assiste à « tout un mouvement de solidarité » à travers la région, a déclaré l’analyste tunisien Mohamed-Dhia Hammami. « Aucun des pays arabes n’a d’intérêt stratégique important en Tunisie, mais ils ne veulent pas être considérés comme ceux qui n’aident pas », a-t-il déclaré.

La Tunisie est actuellement plongée dans une crise politique – le président et le premier ministre du pays sont « fondamentalement en guerre l’un contre l’autre », a déclaré  Yerkes – et les camps rivaux se sont généralement tournés vers différentes puissances étrangères pour obtenir de l’aide.

Alors que d’autres révoltes du printemps arabe ont échoué, la Tunisie a montré comment la démocratie pouvait prévaloir. Le principal parti islamiste tunisien, Ennahdha, qui soutient le chef du gouvernement  et constitue le bloc le plus important au Parlement, a sollicité le soutien du Qatar et de son allié, la Turquie. Les factions anti-islamistes, quant à elles, se sont déjà efforcées de bloquer l’aide qatarie dans d’autres domaines.

Alors que le pays est en crise et que les systèmes médicaux sont débordés, les motivations politiques derrière les dons de vaccins n’ont aucune importance à ses yeux. « Les présidents non islamistes de la Tunisie ont été plus enclins à rechercher le soutien de l’Arabie saoudite, le rival régional du Qatar, qui a accordé à la Tunisie un prêt de 500 millions de dollars en 2019.

En plus d’être confronté à des défis partagés par une grande partie du monde en développement, y compris un système de santé faible et une hésitation généralisée sur les vaccins, le gouvernement tunisien a « fondamentalement échoué à fonctionner efficacement » dans la gestion de la pandémie, a ajouté Yerkes.

Alors même que la vie reprend son cours normal dans certaines régions du monde où les vaccins sont facilement disponibles, les médecins tunisiens décrivent des conditions cauchemardesques ces dernières semaines.

Le WP conclut par cette poignante et caractéristique scène où « un  médecin de 26 ans travaillant à l’hôpital Mongi Slim dans la capitale, Tunis,  déclare  que des dizaines de personnes ont parfois attendu dans la salle d’urgence, assises sur des chaises qu’elles avaient apportées de chez elles. À un moment donné, la fille d’un patient a interpellé le médecin pour lui dire qu’elle pensait que son père était mort alors qu’il était allongé parmi plusieurs autres personnes ».

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