L’agriculture joue un rôle central dans l’économie tunisienne, contribuant à hauteur d’environ 10 à 14 % au PIB et employant 13 à 16 % de la population active. Composée principalement de petites exploitations agricoles, dont 62 % couvrent moins de 10 hectares, l’agriculture tunisienne est axée sur la production d’huile d’olive, de dattes et de céréales. Si la Tunisie est mondialement reconnue comme un important producteur d’huile d’olive, sa production de blé et d’orge demeure essentielle pour le secteur meunier national.
Sa production céréalière est dominée par le blé dur, le blé tendre et l’orge, et est très sensible aux fluctuations climatiques annuelles. Le secteur est toutefois confronté à d’importantes contraintes dues à la sécheresse, qui affecte les rendements, la disponibilité en eau et la sécurité alimentaire. Le pays a connu trois années consécutives de sécheresse, entraînant une baisse du niveau des réservoirs à 25 % de leur capacité et contraignant les autorités à rationner l’eau. Les récoltes de céréales ont diminué de 60 %, la production nationale tombant à 250 000 tonnes. Cependant, l’amélioration des précipitations hivernales a considérablement amélioré les perspectives de production. Pour la campagne de commercialisation 2025/26, les autorités tunisiennes prévoient une production de blé de 1,35 million de tonnes et d’orge de 500 000 tonnes, soit des augmentations respectives d’environ 14 % et 80 % par rapport à l’année précédente.
Le blé dur, indispensable à la production de semoule et de pâtes, est largement cultivé dans les régions du centre et du sud du pays, tandis que le blé tendre est principalement utilisé pour la panification. Malgré les programmes gouvernementaux en cours, la Tunisie reste dépendante des importations pour satisfaire la demande intérieure.
L’orge, bien qu’étant une céréale secondaire, joue un rôle essentiel dans l’alimentation animale et l’industrie brassicole tunisiennes. Les prévisions pour la campagne 2025-2026 indiquent une consommation d’orge atteignant 940 000 tonnes, soit une croissance annuelle régulière d’environ 2 %. La production d’orge a augmenté, passant de 395 000 hectares lors de la campagne 2024-2025 à 412 000 hectares. Cette culture alimente principalement les parcs d’engraissement et l’alimentation complémentaire du bétail dans les régions où les pâturages sont dégradés.
Des goulots d’étranglement structurels
La filière céréalière tunisienne est confrontée à de graves contraintes d’infrastructure, note une analyse du site Milling Middle East & Africa. La capacité de stockage est insuffisante : le réseau de silos ne peut contenir que 508 000 tonnes, soit un déficit d’environ 300 000 tonnes. Cette insuffisance contraint les agriculteurs à recourir au stockage à ciel ouvert, ce qui accroît les risques de contamination par l’aflatoxine. Les pertes après récolte, de l’ordre de 10 à 15 %, réduisent les revenus des agriculteurs et renforcent leur dépendance aux importations. Dans les régions intérieures, les agriculteurs transportent souvent leurs céréales sur plus de 150 km par des routes en mauvais état pour atteindre des installations de stockage certifiées, ce qui engendre des coûts importants.
205 millions DT pour la construction de silos
Pour remédier à ces lacunes, le gouvernement prévoit d’investir 66 millions de dollars américains (205 millions de dinars) dans la construction de nouveaux silos d’ici 2027, ce qui permettra d’augmenter la capacité de stockage de 24 % pour atteindre 628 000 tonnes. Ces nouvelles installations seront stratégiquement situées à Radès (40 000 tonnes), Sousse (58 000 tonnes) et Sfax (38 000 tonnes). Par ailleurs, 45 millions de dollars (143 millions de dinars) seront alloués à la rénovation des silos existants, modernisant ainsi une capacité de stockage de 206 000 tonnes. Un investissement supplémentaire de 1,9 million de dollars (6 millions de dinars) permettra de numériser les processus de collecte des céréales, améliorant ainsi l’efficacité et la transparence dans 200 centres de collecte.
Selon une analyse de la Banque mondiale, la résolution de ces contraintes de stockage et de logistique pourrait réduire les volumes d’importation de blé de 7 à 10 %, renforçant ainsi la résilience globale du secteur. Malgré ces investissements, la Tunisie a importé 4,1 millions de tonnes de céréales en 2024, dont 36,5 % de blé tendre, soulignant sa dépendance persistante aux approvisionnements étrangers.
Politiques et dynamique du marché
La Tunisie est confrontée à un ensemble complexe de défis et d’opportunités dans ses secteurs céréalier et meunier. La variabilité climatique, l’insuffisance des capacités de stockage et les difficultés de transport constituent des contraintes majeures qui accentuent la dépendance aux importations. Les politiques gouvernementales influencent fortement les secteurs des céréales et de la meunerie. Les programmes de subventions pour le blé et la farine garantissent l’accessibilité alimentaire, mais exercent une pression budgétaire. Les institutions internationales, notamment la Banque mondiale et la FAO, ont préconisé une libéralisation progressive, des investissements dans les infrastructures et la numérisation pour améliorer l’efficacité et réduire les coûts, rappelle le site Millng MEA .







