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L’ISIE entre finances et performances

Le 8 décembre courant à l’ARP, le président de l’ISIE, Farouk Bouasker, a fait savoir que le budget de l’Instance  pour l’exercice 2024 est fixé à plus de 192, 469 MDT contre 74 MDT en 2023. La hausse des dépenses d’intervention s’explique notamment par l’organisation prévue des élections locales, des élections présidentielles et des élections municipales. Le coût de l’organisation de toutes les élections programmées pour 2024 est estimé à 170 MDT, soit environ 88% du budget 2024 de l’ISIE. 

Pour les seules élections locales de 2023 qui ne sont pas encore terminées, l’ISIE a dépensé la somme de 50 MDT, ce qui reviendrait à 67,5 % de son budget pour l’exercice 2023.

  • Le déficit, structurel, d’explication et de sensibilisation populaire

Ces élections ont été financées par des deniers publics, et toute dépense est susceptible de redevabilité, et au moins de critiques sur le résultat de ses dépenses, d’où notre article qui essaie de rapporter le lien, déjà fait par les Tunisiens sur les réseaux sociaux, entre le budget alloué à l’ISIE et les performances réalisées par l’organisateur des élections. Des performances, en matière notamment de pouvoir de mobilisation d’un corps électoral de plus de 9 millions de personnes et de participation effective au vote. Des performances qui ont été fortement critiquées sur les réseaux sociaux.

Manifestement conscient de ses critiques, le président Bouasker a d’ailleurs indiqué en conférence de presse, que « l’ISIE n’annonce que les résultats issus des urnes (…). Elle n’a pas le pouvoir de modifier les résultats contenus dans les urnes, et nous ne le permettrons jamais, ni pour les résultats de vote, ni pour les taux de participation ». Des chiffres qui ont certainement été impactés par l’adoption de l’inscription automatique sur les listes, un passage qui a augmenté le volume du corps électoral tunisien d’une élection à l’autre. L’abstention est certainement devenue structurelle chez un Tunisien, trop sollicité et qui ne voit pas le changement  se refléter concrètement dans son quotidien économique, et sa réluctance à cautionner tout ce qu’on lui propose sans explications, a impacté le taux de participation comparativement, par exemple, aux dernières législatives par rapport à une hausse significative du volume du corps électoral. Ce dernier n’était que de 7 millions pour les législatives et les présidentielles de 2019.

  • Et l’ISIE dans tout cela ?

Certainement sourds à cette précision, les détracteurs de l’ISIE sur les réseaux sociaux ont pourtant plusieurs fois fait le lien entre le volume de l’argent public dépensé par l’ISIE et le peu de résultats en mobilisation d’un corps électoral, déjà épuisé par les différentes consultations, et qui a perdu foi dans la politique. Et au vu du total des votants, un simple calcul mathématique, innocent et sans préjugé, aurait donné pour l’instant une dépense de 4,721 DT par votant.

Les moins critiques ont essayé d’expliquer le faible taux de participation à ces élections locales par le déficit d’explication et de sensibilisation, de la part de la présidence de la République, des « bienfaits » de cette seconde chambre, de ses prérogatives, et de tout le système bicaméral qu’elle propose aux Tunisiens, et ce qu’il va induire sur la vie courante de la population.

Le 25 décembre 2023, d’ailleurs, l’agence de presse officielle tunisienne Tap rapportait que « au lendemain des élections locales, l’Association Jeunesse Sans Frontières (présidée par Amel Ben Khoudh) a appelé à la promulgation d’une loi pour expliquer au public large, la mission, prérogatives et avantages des membres des conseils locaux. Elle a fait observer que la majorité des candidats n’ont pas une idée claire de leurs domaines de compétence et qu’un grand nombre d’électeurs ne saisissent pas la nature ni les objectifs de ces élections », ce qui aurait pu améliorer le taux de mobilisation des 9 millions d’électeurs, et partant, le taux de participation des 11,66 %. Mais force est de constater ce déficit de communication, qui a, du reste, été la marque du mandat du chef de tout l’Etat tunisien Kais Saïed.

Or, l’ISIE ne s’occupe cependant pas que de l’organisation matérielle. Ses fondateurs lui avaient aussi assigné d’autres objectifs, qu’on pourrait appeler de missions présélections. Il s’agit pour elle en effet, de « fixer les programmes de sensibilisation et d’éducation électorale et collaborer dans ce domaine avec toutes les composantes de la société civile œuvrant en matière d’élections à l’échelle nationale et internationale », dixit le Site de l’ISIE, en évoquant le 12ème point de sa mission.

Et c’est dans cette mission que l’ISIE, qui a récemment dépensé 1,172 MDT en acquisition de voitures, aurait pu mieux dépenser l’argent du contribuable tunisien, non pas seulement en inscrivant obligatoirement tous les détenteurs de carte d’identité, mais aussi et surtout en programmes de sensibilisation au devoir électoral, ce qui aurait pu améliorer le taux de participation et effacer un tant soit peu les effets de la hausse du corps électoral. Espérons, par cette analyse de néophyte en élections, que l’ISIE de Bouasker se rattrapera avant les prochaines présidentielles !

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