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Magistral de franchise, El Abassi dit ce qui ne va pas, et le pourquoi

Pour la seconde fois, après Moody’s, la Tunisie essuyait une nouvelle dégradation de sa note souveraine, et toujours dans le silence, l’ignorance et l’insouciance de la classe politique qui s’auto-clochardise et des dirigeants du pays où chacun a ses propres « chats à fouetter », comme dirait le dicton local « كل فول لاهي في نوارو».

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Or, pourtant chez les experts, et chez ceux qui se préoccupent réellement de la situation économique et financière, qui se dégrade sous les pleurs des morts du Covid-19 d’un côté, et sous le «hallelujah » de ceux qui s’assurent un nouveau mandat à Sousse de l’autre, ce nouveau revers économique fait grincer les dents, mais dans un sentiment de forte frustration, car ne maîtrisant pas les tenants et les aboutissants de ce qui devrait être fait pour sortir de l’ornière de la crise.

Commentant la dernière dégradation de la note souveraine de la Tunisie par « Fitch Rating », le gouverneur de la BCT, Marouane El Abassi, a estimé sur la radio privée Express fm, que « ce n’est pas une bonne nouvelle, mais nous devons aussi nous estimer heureux de rester dans le B, et non plus bas », précisant cependant, que « la non prise de décision a un coût, et la dernière dégradation en est un, surtout en l’absence de réformes et de manque de visibilité en cette année Covid et de crise économique ». Et d’indiquer aussi, que les agences de notation « sont au courant que nous discutons avec le FMI, mais nous ne sommes pas encore entrés dans la discussion du programme (d’assistance financière) ».

–          Le Gouverneur de la BCT met le doigt sur les plaies

Le gouverneur de la BCT ne botte ensuite pas en touche sur les difficultés à entamer les discussions directement sur la question du programme d’assistance financière. « Il ne faut donc faire plus vite et discuter de ce programme. Il nous faut d’abord nous entendre, en interne chez la partie tunisienne, car nous n’avons toujours pas pris des décisions claires concernant certains dossiers, comme l’épineuse question pour le FMI de la masse salariale qu’il voient toujours en progression. Notre mésentente aussi, sur la question des entreprises publiques, pour savoir et décider comment les mettre à niveau. Mais encore la question de la compensation, pour savoir si on doit immédiatement commencer la levée de cette compensation, la renvoyer, ou l’entamer de manière graduelle. Toutes des questions, encore en discussion, avec un FMI qui a toujours dit que sans cette assistance, les choses pourraient se dégrader encore plus en Tunisie. De mon côté, je reste convaincu que l’instabilité politique constitue un des plus graves problèmes en Tunisie ».

Ainsi résumait le Gouverneur de la BCT l’état des négociations avec le FMI, et le nœud gordien de ces négociations qu’est la masse salariale, alors que le SG de l’UGTT appelait, jeudi, à de nouvelles augmentations. Mais surtout, comme il le dira un peu plus tard chez Express fm, « l’absence de consensus politique autour des réformes à faire ».

Et de s’interroger ensuite, comme l’avait fait avant lui le FMI, « comment voulez-vous négocier avec un pays qui a eu 10 ministres des Finances en dix ans (…). De notre côté, nous n’avons aucune vision, même pour le budget et le financement du budget pour la fin de 2021. Alors, mettons-nous autour de la table et négocions ces réformes, et mettons en place un programme digérable et facile d’implémentation », suppliait presque le 1er responsable de la BCT.  

–          De l’audace pour le gouvernement, et du report de ses demandes pour l’UGTT

Réagissant à ce que disait le gouverneur de la BCT, Ahmed El Karam, membre du bureau exécutif de l’IACE, a estimé que « les études montrent que le déficit budgétaire doit être ramené entre 5 et 7 % pour être soutenable, alors que le budget 2021 n’a rapporté qu’un déficit de 6,6 % et qui tend vers l’aggravation, car construit sur de mauvaises hypothèses, et qui pourrait ramener un déficit de 9, et même de 11 %, ce qui rend encore plus urgent de faire les réformes. Et notre opinion est que le gouvernement doit avoir l’audace de mettre ces réformes en exécution, que le secteur privé investit dans les secteurs porteurs. Nous estimons ensuite que la BCT continue sa politique financière prudente, tout en mettant l’entreprise au centre de la création de la croissance, et que l’UGTT accepte la nécessité de reporter certaines demandes, dont les augmentations salariales ».

–          On risque de longues files d’attente, pour cause de pénuries

Moez Laabidi professeur d’économie, qui était conseiller économique d’Elyes Fakhfakh, estime que la nouvelle dégradation de la note souveraine par Fitch est « un non évènement », au vu surtout du « phénomène de clochardisation de la vie politique, qui n’encourage point à l’investissement ». Et l’expert de faire noter que « ce cycle de dégradation (de la note souveraine), si on ne l’arrête pas, sera accompagné par un autre, avec de longues queues d’attente devant les magasins pour s’approvisionner en denrées nécessaires qu’on ne pourra plus importer, et une forte hausse des prix, comme on l’avait vu dans le cas libanais ».

Et de dire ensuite, comme s’il commentait la dernière loi de finance rectificative du « super » ministre Ali Kooli, que « ce qui dérange, c’est toujours le recours aux solutions de facilité, comme celle d’arrêter les importations, alors que le parallèle pourra la détourner, ou encore de faire fonctionner la planche à billets, ou même de recourir au marché local pour combler le besoin en financements, ce qui n’aura qu’un effet d’éviction et de resserrement ».

–          Les vœux pieux d’El Abbassi

Concernant le FMI et le déblocage des négociations, Laabidi a estimé que « pour le FMI, il y a une balance de risques. Soit ne rien donner à la Tunisie pour manque de réformes. Soit de dire oui. Et le risque pour le FMI de donner, après l’échec de trois programmes, de perdre sa crédibilité. Donc, pour moi, il sera difficile pour le FMI de dire oui, sans imposer des conditions préalables, qui seront certes douloureuses. Et il faudrait s’y préparer ».

Plus tard dans la discussion, le Gouverneur de la BCT renchérira sur Laabidi, en lançant que « faisons-nous mal pour quelques temps, pour être mieux après, mieux que de rester dans cette situation à la libanaise, où personne ne bouge ». Et d’appeler enfin, comme d’un vœu qui risque d’être pieux, que « s’il n’y a pas de trêve politique, sociale, et une visibilité économique, on ne sortira pas de la crise. Et on n’est plus loin de la situation libanaise ».

1 COMMENTAIRE

  1. Masse salariale, entreprises publiques, compensation ,constituent le boulet que traine notre economie dans le cadre d’une situation politique fragile, l’absence d’ une vision globale pour le développement socio-économique et les conflis patents au sein de la Haute Administration.

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