AccueilLa UNEOù sont allés les milliards d’IDE ? Sont-ce vrais leurs chiffres ?

Où sont allés les milliards d’IDE ? Sont-ce vrais leurs chiffres ?

Une simple recherche de néophyte sur ChatGPT, pour savoir à quoi servent les IDE et pourquoi les Etats se vantent de leur progression, vous apprend que les IDE injectent des fonds dans l’économie locale. Cela permet de financer des projets industriels, des infrastructures, ou des entreprises locales.
Cela peut compenser un manque d’épargne ou de financement interne.

Cela peut aboutir à un transfert de technologies et de savoir-faire, les entreprises étrangères apportant souvent de nouvelles technologies, des processus de production avancés, une meilleure organisation du travail, et cela favorise la modernisation de l’économie locale.

Les IDE créent des emplois directs (dans l’entreprise implantée) et indirects (fournisseurs, services, etc.), et cela réduit le chômage et augmente le revenu des ménages.

Les IDE entrent dans le compte de capital de la balance des paiements. Ils représentent une entrée de devises, et peuvent améliorer la stabilité financière du pays.

Ils renforcent les recettes fiscales, et même si certaines entreprises bénéficient d’avantages fiscaux, les IDE génèrent des impôts sur les sociétés, des taxes sur la consommation, des cotisations sociales.
Des effets d’entraînement sur l’économie locale, en somme.

–    La Fipa, tête de pont des agrégateurs de flux des chiffres sur les IDE

Il se passe rarement une semaine sans  que, soit le Fipa ou l’un des ministères à vocation économique, n’annonce un IDE de taille avec force promesses d’emplois à créer. Le stock d’IDE en Tunisie a progressé de 30% depuis 2010, dit la CNUCED. Les investissements internationaux, à fin 2024, avaient atteint le montant de 2.956,6 MDT, en hausse de 16,7 %.

Chantre des IDE, comme si tout son avenir en dépendait, jusqu’à monopoliser presque l’information à ce propos et prendre la main sur la TIA (Tunisian Investment Authority) qui en deviendrait presque candidate au fichier des entreprises et institutions objet de l’ire présidentielle, Jalel Tebib, directeur général de l’Agence de promotion de l’investissement extérieur (FIPA Tunisie), a révélé que les investissements étrangers en Tunisie ont enregistré une nette progression en 2024, atteignant 3,2 milliards de dinars. Tebib se laisse même aller à prédire quatre milliards DT d’IDE pour 2025. Et la presse gouvernementale tunisienne de broder sur cette profusion de chiffres en les présentant comme « le pari tunisien face à la crise globale », sans parler de ce que ce « pari » a entraîné, en matière de séquestration (certains diraient même spoliation) des contenus financiers des comptes bancaires dormants, où il y a pourtant de l’argent d’orphelins, et de l’argent d’héritiers !

–    Un autre son de cloche, à la Cheikh Imam dans sa chanson « la parole est amère مر الكلام »

Tout le monde n’est cependant pas la Fipa de Tebib, et d’autres sources d’informations fiables existent bel et bien en Tunisie. Nous citons à ce propos les têtes de chapitre de la chronique du Professeur Hachemi Alaya, dans son bulletin hebdomadaire « EcoWeek » du 29 juin 2025, sous le titre  «  la Tunisie, un trou noir dans la mappemonde des investissements étrangers », illustré par le tableau ci-dessous :  

L’économiste de renom met au début « une utilisation mystificatrice de la statistique », affirme que c’est « la part la plus faible engrangée depuis plus de 25 ans ». Il pointe ensuite ce qu’il a appelé « une carence inquiétante : les IDE dans l’économie numérique », et fait le constat amer que « la Tunisie, de plus en plus shuntée dans les rapports de Benchmarking ».

Et alors que la presse locale prétend que les IDE n’ont jamais autant augmenté, sur la foi de la parole de Tebib, Hachemi Alaya soutient que « les entrées d’investissement étranger direct stagnent depuis quelques années », que la Tunisie a enregistré « un déficit d’investissement de plus de 75 milliards de Dinars entre 2010 et 2024 ». Et de constater (avec une grosse amertume comme nous) que « l’open data a cédé la place à un « closed data » fort éloquent ».

–    Où sont les milliards DT en IDE dans la croissance, le chômage ?

De notre côté de néophytes, rappelons-le à ceux qui voudraient nous accuser d’une quelconque interprétation ou nous faire un quelconque procès d’intention, nous remarquons (chiffres officiels de l’INS à l’appui) que le solde commercial de la Tunisie était négatif de 8.367,2 MDT à la fin des cinq premiers mois de l’année en cours, et que le taux de couverture était de 76,2 %. Où sont les 856 opérations d’investissement ? N’ont-ils rien produit qui améliorerait les chiffres du commerce extérieur tunisien ?

Au premier trimestre de l’année 2025, le taux de chômage diminue pour atteindre 15,7 % contre 16,0 % au troisième trimestre 2024, affirme l’INS, qui précise que « le nombre de chômeurs s’établit à 664,5 mille, en baisse de 2,7 mille par rapport au troisième trimestre 2024 (667,2 mille) ». Les IDE de fin 2024 ne devaient-il pas créer 15.681 nouveaux emplois pour les jeunes tunisiens, et participer par exemple à améliorer les recettes des caisses sociales ? Autrement, et à moins que ce ne soit de simples chiffres auxquels on peut faire dire ce qu’on veut, où sont-ils allés ?

Selon les chiffres de l’INS, le Produit Intérieur Brut (PIB) en volume, corrigé des variations saisonnières, a enregistré une croissance au taux de 1,6% sur un an au cours du premier trimestre de l’année 2025. Les 2.956,6 MDT, en hausse de 16,7 %, n’auraient-ils participé à créer même un petit demi-point de croissance économique ?

Fipa et consorts n’auraient-ils pas dû parler de simples intentions d’IDE ? Autrement, pourquoi tous ces milliards DT ne s’étaient-ils pas transformés en plus de croissance, en plus d’emplois, et en plus d’exportations ? Ces milliards DT, en devises car ce sont des IDE, ont-ils réellement été versés dans les réserves en devises à la BCT, ou ont-ils été déjà « Dinarisés » pour les salaires et les dépenses sociales, avant même de créer l’emploi et la croissance que les responsables tunisiens promettaient ? Ce ne sont là que de simples questions d’un néophyte en économie et surtout en politique !

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