AccueilLa UNEPain, Pluie et Pétrole ou le calvaire apprivoisé

Pain, Pluie et Pétrole ou le calvaire apprivoisé

Beaucoup de Tunisiens auraient aimé accueillir avec plus d’allégresse, vendredi dernier  8 décembre, les pluies bénéfiques qui ont daigné, enfin, venir arroser copieusement, des jours durant, le sol assoiffé de leur pays.

Le plaisir, du moins dans le Grand Tunis, a été gâché par la persistance des pénuries des produits de base auxquels est venue s’ajouter, ce jour-là, comme par hasard, l’essence. Des rumeurs avaient circulé sur une grève de deux jours dans la distribution des produits pétroliers, suscitant l’affolement général chez les automobilistes. Les réserves des stations- service avaient été vite épuisées, dès jeudi. Ceux qui s’étaient précipités les premiers les avaient raflées, en faisant tous le plein. Vendredi matin, les stations-service n’avaient rien à offrir et il avait fallu attendre jusqu’à 16 heures de l’après-midi pour qu’elles soient réapprovisionnées et puissent servir de nouveau leurs clients qui devaient comme à l’accoutumée attendre, chacun son tour, en longues files, au risque de se voir remercier, au dernier moment, pour rupture du stock.

Mais, alors que nos automobilistes se démenaient avec leur fichu carburant, les ménages tunisiens, eux, avaient la tête ailleurs. Depuis une vingtaine de jours, le lait, abondant pendant l’été, a commencé à se raréfier sérieusement. Le peu qui en était distribué, notamment aux grandes surfaces, était rationné et il fallait être sur les lieux, tôt le matin, à l’ouverture des portes pour avoir droit à sa ration (deux paquets par personne).
Puis commence, pour eux, la ruée vers les boulangeries avec ses bousculades et ses chamailleries dans de longues files d’attente avant d’être servi.
Vendredi 8 décembre, African Manager en a pu suivre quelques-unes devant certaines boulangeries du Bardo, sous la pluie.

Pour le reste, c’est le statu quo ! Le sucre est toujours absent des rayons, sauf, parfois, quelques paquets de sucre glacé vendus à 5 dinars le kilo. Idem pour la farine, le couscous et le riz. Le café ordinaire dont le prix est encadré, est disponible par moments chez quelques torréfacteurs, à raison de 250 grammes par personne. Par contre, le café libre, comme le café soluble vendu à des prix très élevés remplit les rayons.

La situation est éprouvante mais les citoyens s’y étaient acclimatés, maintenant qu’ils l’endurent depuis plus d’une année. Ils savent, désormais, ses causes directes et indirectes : les difficultés des finances publiques conjuguées à la spéculation cupide des profiteurs de tout bord.

Justement, comme l’a souligné un citoyen à African Manager, le discours officiel est tout juste consolant de sorte qu’il y a à craindre que le calvaire, quoique apprivoisé psychologiquement, ne perdure plus longtemps et devienne une maladie chronique qu’il faudra vivre avec.

Justement, les deux principales raisons à l’origine des perturbations de l’approvisionnement, les difficultés de trésorerie et la spéculation, persistent toujours.
Dans un récent rapport, le Système mondial d’information et d’alerte sur l’alimentation et l’agriculture (SMIAR), a écrit, à propos de la situation en Tunisie : « Les difficultés de mobilisation de financements extérieurs ont limité la disponibilité des devises étrangères pour financer les importations alimentaires, ce qui a entraîné des pénuries des produits de base en dépit de la baisse des cours internationaux des matières premières alimentaires ».
Redondance

Les responsables ont longtemps attendu des sorties miraculeuses venues d’ailleurs, avant d’en chercher  à l’intérieur les véritables solutions, a ajouté le même citoyen, signalant la bonne décision prise récemment concernant la relance de la raffinerie de sucre de Béja (après la ruine de Malte comme dit un adage égyptien).
Analystes, commentateurs, députés et citoyens avertis n’ont pas cessé d’émettre des réserves concernant la tendance à se contenter de gérer le quotidien et de s’occuper davantage de la réalisation de l’équilibre des finances publiques.
Les mêmes explications sont souvent invoquées, et quand même elles seraient fondées, par cette redondance, elles perdent leur effet.

S’exprimant dernièrement devant la 37ème édition des Journées de l’Entreprise, à Sousse, la ministre du Commerce et du développement des exportations, Kalthoum Ben Rejeb, a assuré que l’approvisionnement en lait reviendra à la normale sur le marché dans les deux prochaines semaines à mesure que la production de ce produit reprend, ce qui a été déjà dit et répété lors des précédentes pénuries

Or, la Centrale laitière de Sidi Bou Ali est fermée depuis plus de cinq ans tandis que ses 500 travailleurs ont organisé, il y a près d’un mois un mouvement de protestation pour sa réouverture et la reprise de son activité.

Puis, il y a les problèmes liés au manque de fourrages qui a entrainé une sous-alimentation des vaches et une baisse notable de leur productivité (de 30 litres à 10 par jour).
Les solutions alternatives comme l’encouragement de la production du lait en poudre ou lait déshydrate, longtemps avancées, n’ont pas été sérieusement retenues, à part une levée des taxes sur l’importation du lait en poudre dans la loi de finances de 2023.

En ce qui concerne la pénurie de sucre, la ministre a expliqué que bien que les quantités nécessaires soient disponibles, les différences de prix entre le sucre subventionné destiné aux citoyens et celui destiné à des usages industriels ont entraîné des infractions dans certains circuits de distribution. Cela a conduit à une migration vers le secteur informel, exacerbant les problèmes d’approvisionnement.

Il s’agit alors, tout bonnement, de chercher à  rétablir l’équilibre. Le diagnostic n’est que la moitié du traitement s’il n’est pas suivi d’intervention.
Devenues un aspect du vécu quotidien, avec tous ses stress éreintants, ces perturbations quotidiennes de l’approvisionnement sont venues aggraver les difficultés liées à la cherté continue de la vie.

Le prix du litre de l’huile d’olive dont la Tunisie est un gros producteur mondial a atteint 26 et 27 dinars, tandis que le kilo de viandes rouges, atteignant actuellement entre 35 et 40 dinars, risque de monter bientôt à 50 dinars, selon des déclarations faites dernièrement par le président de la chambre nationale des bouchers, en raison de l’arrêt des importations de viande réfrigérée pour réguler le marché.
Et ce ne sont là que deux exemples parmi des milliers d’autres.
S.B.H

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