AccueilLa UNEPiqûres de rappel et coup de gueule de Nafaa Ennaifer

Piqûres de rappel et coup de gueule de Nafaa Ennaifer

C’est un tableau en tous points sombre que vient de brosser de la situation économique et financière de LA Tunisie , une figure  bien en vue du monde des affaires, nommément Nafaâ Ennaifer, auquel on doit des analyses  bien pertinentes, qu’il livre en sa qualité de membre du bureau exécutif de l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE), de Directeur général du Groupe TFCE, et de  président de la Fédération Tunisienne du Textile et de l’Habillement (FTTH).

Dans deux Posts séparés sur sa page officielle Facebook, il a abordé dans une approche qui   participe beaucoup moins de la rhétorique que d’un pragmatisme de bon aloi,  une variété de sujets où il constate  que la production et l’exportation de phosphates et d’engrais se sont effondrées, et les bénéfices du Groupe chimique se sont transformés en pertes au point qu’il ne fait plus que payer les salaires. Que la circulation des trains se soit arrêtée sur de nombreuses lignes et qu’elle ait  causé d’énormes pertes à la compagnie nationale, cela ne pose  pas problème, a-t-il dit sur un ton subrepticement ironique, dès lors, explique-t-il, à l’avenant,  que les camions privés sont là pour transporter le phosphate !

Les services de Tunisair se sont détériorés. L’inaction et l’impunité ont prévalu, et les pertes se sont multipliées, nuisant à l’image et à l’économie de la Tunisie ? Ce n’est pas non plus un problème ; répète-t-il ce refrain. Idem pour le port de Radès « devenu quasiment le pire port au monde, avec des rendements honteux, des pots-de-vin rampants, et des répercussions catastrophiques sur la compétitivité et l’attractivité de notre pays ». Les rapports de contrôle qui ont révélé l’énorme foultitude d’actes  de corruption, de vol et de mauvaise gestion de la RNTA se poursuivent, et l’État continue de perdre d’énormes ressources fiscales. Là non plus, il n’ya pas de problème, « les lignes rouges et les intérêts de nos frères les syndicalistes et contrebandiers sont plus importants » !

On ne paie pas les fournisseurs des entreprises publiques, ni les entrepreneurs qui ont construit les infrastructures et on les laisse faire faillite, leurs employés au chômage leurs propriétaires en prison ? Pourquoi s’en plaindre ? Le plus important est qu’on paye les salaires de la fonction publique à temps. Les entrepreneurs et leurs entreprises, on les fera venir de Turquie ou d’Égypte !

Ne pas rembourser les dépenses de la compensation aux entreprises agro-alimentaires (lait, pâtes…), mettre des entreprises et leurs fournisseurs en difficulté financière et en faillite, dévaster les troupeaux de vaches laitières et tout le système agricole derrière ? Ce n’est pas un problème. Nous avons juste importé du lait à deux fois le prix !

Et  la litanie s’égrène de plus belle

Harceler les propriétaires d’entrepôts frigorifiques et détruire la production agricole (comme les pommes de terre), et l’on s’étonne ensuite de la pénurie et des prix élevés ? Ce n’est pas un problème, nous avons juste importé des pommes de terre de l’Egypte sœur !

Nous empêchons les agriculteurs de planter des légumes (tomates…) afin de préserver les ressources en eau des barrages, je peux comprendre cela, concède Nafaa Ennaifer ; mais « ne pas dire la vérité à la population à propos de la situation très dangereuse que nous vivons, et laisser les gens arroser  leurs gazons, laver leurs voitures à grande eau sur les trottoirs, tout en laissant les réseaux de distribution d’eau sans entretien gaspiller 50 % des ressources » ? Ce n’est pas un problème !

Les administrations humilient les citoyens, alors que 70% des fonctionnaires ne font rien et que ceux qui travaillent sont sans possibilité d’améliorer leur situation financière et pousser les meilleures compétences à quitter l’administration ? Ce n’est pas un problème !

Laisser s’effondrer l’enseignement public et priver les enfants des familles à faible revenu, qui ne peuvent pas se permettre l’enseignement privé, de l’ascenseur social, et augmenter le ressentiment, la frustration et l’inégalité sociale ? Ce n’est pas un problème !

Alimenter la peur des  investisseurs face à l’avenir, aux procédures, aux lois, aux conséquences attendues et inattendues, et s’abstenir d’investir, face  au risque et au développement pour créer l’emploi et les ressources fiscales pour l’Etat ? Ce n’est pas un problème ! Le plus important, c’est que nous obtenions un prêt du FMI et que nous continuions à perdre du temps et à hypothéquer l’avenir des générations futures ! Nous perdons chaque jour un peu plus notre pays et son avenir d’entre nos mains, conclut Ennaifer!

Funestes témoignages !

Autres néfastes écueils auxquels s’est attaqué l’homme d’affaires dans un Post distinct : la destruction systématique des systèmes de production, des institutions et des filières, dans l’indifférence totale des autorités de tutelle. Citant un sien ami, propriétaire d’une entreprise ayant pignon sur rue, spécialisée  dans la confection de vêtements de travail, il a précisé  que « tous ses clients, des établissements publics, ne lui ont pas payé ce qu’ils lui devaient depuis de nombreux mois, en raison de la détérioration de leur situation financière.

Et de poursuivre : «  Les cliniques privées sont également dans l’impossibilité de régler leurs achats, car la CNAM n’a pas payé ces cliniques. De nombreuses entreprises privées opérant dans l’industrie alimentaire, ne sont pas en mesure de payer leurs factures, car elles n’ont pas perçu les fonds de soutien de l’Etat.

L’entreprise reste pourtant tenue et obligée de payer les salaires et ses fournisseurs, et de remplir ses obligations fiscales et sociales. Mais pour combien de temps ???? Et quel est le sort de l’entreprise, qui était en bonne santé ?

Nafaa Ennaifer cite le témoignage d’un autre sien ami, celui-ci  actif dans le domaine de la promotion immobilière, qui lui a indiqué  qu’il a construit 290 logements sociaux à Enfidha pour le compte du ministère de l’Equipement, ajoutant que ces logements sont prêts depuis 2019, mais le ministère refuse d’en prendre livraison et de payer le reste du prix (30 % du montant du contrat). Explication : la liste des bénéficiaires, des familles nécessiteuses, n’a pas encore été finalisée. Et les autorités concernées n’osent pas prendre la décision, de peur de la réaction des non-bénéficiaires !

Le résultat est que cela fait plus de 3 ans que l’entreprise supporte les charges financières et les suites  judiciaires de la part de ses fournisseurs, et prend en charge le paiement des salaires de 15 gardiens des logements construits, pour les protéger contre les assauts des familles nécessiteuses. Mais pour combien de temps ? Et quel est le sort d’une entreprise qui n’a aucune responsabilité dans ce qui lui arrive, s’interroge Nafaa Ennaifer.

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