Quand l’incertitude fait la paire avec l’indécision!

Quand l’incertitude fait la paire avec l’indécision!

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Le nouveau président de la République, Kais Saied, vient de constituer le noyau de l’attelage avec lequel il compte démarrer effectivement son mandat à la magistrature suprême. En vérité, il s’agit d’un cabinet avec des conseillers qui officient, chacun à son échelle et dans sa spécialité, sous la férule d’un directeur de cabinet. Un architecture reprise à l’identique de l’organigramme qui a toujours été celui de la présidence de la République depuis qu’elle a vu le jour voici 62 ans. Aurait-on affaire à un cercle du pouvoir dont les prérogatives déborderaient du moule dans lequel elles sont censées se déployer ? On le verra à l’exercice, mais, pour l’heure, et dans l’incertitude ambiance qui caractérise les intentions et les projets du nouveau chef de l’Etat, les plans politiques et économiques du nouveau locataire (diurne) du palais de Carthage ne brillent pas par une clarté et une limpidité cristallines.

“On ne sait pas encore clairement ce que représente et porte le nouveau président tunisien “, a déclaré, analyste principal chez le cabinet américain leader d’analyse de risques, Verisk Maplecroft, Hamish Kinnear, au site Energy Voice. “Il est conservateur, en ce sens qu’il croit en des institutions fortes et qu’il est socialement conservateur” et qu’il croit en “donnant aux municipalités plus de pouvoir démocratique et en renforçant les organes anti-corruption”, qui étaient les objectifs clés de la révolution 2011. “Au moins une partie de l’attrait de Saied réside dans ce flou sur ce qu’il veut ; il une ardoise blanche sur laquelle les gens peuvent formuler leurs espoirs et leurs attentes.”

Le défi énergétique

C’est surtout valable pour la situation économique de la Tunisie dont le site Energy Voice a retenu le volet énergétique. Tout en notant que la Tunisie dispose de réserves modestes et qu’elle s’est employée ces dernières années à attirer les investissements en amont, il met l’accent sur le, fait que « pour y remédier, elle doit revoir son cadre juridique ». « La géologie est difficile et le risque politique est accru. Il est peu probable que l’investissement se concrétise à moins que des conditions plus clémentes ne soient prévues pour relever les défis “, estime Carole Nakhle du cabinet d’étude des marchés pétroliers Crystol Energy.

Bien qu’il y ait des défis à relever, certaines activités sont en cours en Tunisie. Mazarine Energy et ETAP ont annoncé une découverte de pétrole dans le centre de la Tunisie, le Sidi Marzoug-1 produisant plus de 2 000 barils par jour de pétrole, après deux découvertes forées sur le permis en 2015. En particulier, les arrangements contractuels et la participation détenue par l’Entreprise Tunisienne d’Activités Pétrolières (ETAP) ont été identifiés par Nakhle, qui a récemment achevé une révision du régime fiscal du pays, comme les plus grands problèmes pour les investisseurs en Tunisie. « Des termes épars et incohérents exigent beaucoup de travail pour être attractifs pour les entreprises – mais ces réformes faciliteront également l’administration pour le gouvernement », souligne-telle.

En attendant le nouveau gouvernement

Il est généralement admis que les lois sur le secteur doivent être modifiées, mais il existe des divergences d’opinion. L’expert Kinnear a fait remarquer que des changements seraient susceptibles d’attirer les investissements, mais que des progrès ne seraient possibles qu’une fois qu’un nouveau gouvernement serait en place. Aucun parti n’a une majorité absolue, de sorte qu’il faudra un certain doigté politique pour former une coalition, le parti Ennahdha ayant le plus grand nombre de sièges.

“L’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) s’opposera vraisemblablement aux changements qui faciliteront l’accès des entreprises étrangères aux réserves nationales de pétrole et de gaz ou leur donneront des avantages fiscaux “, a poursuivi Kinnear. Il y a également des divisions au sein du Parlement sur la question de savoir si trop ou pas assez d’argent a été donné aux entreprises. D’un point de vue extérieur, il est clair que la Tunisie manque des investissements potentiels au moment où d’autres pays prennent des mesures pour devenir plus attractifs.

Les divisions entre les politiciens reflètent des préoccupations plus larges au sein de la population. La transparence est inscrite dans la constitution tunisienne, mais cela ne suffit pas. “Il faut une éducation qui va au-delà de la transparence, mais ce n’est pas suffisant pour pouvoir lire les contrats, il faut que les gens les comprennent “, a déclaré le directeur de Crystol.

Le sentiment que les compagnies d’hydrocarbures ont profité de la Tunisie a alimenté le mécontentement populaire, en particulier dans le Sud du pays, qui est économiquement défavorisé.

Le projet Nawara, mais encore !

Le projet gazier Nawara d’OMV a commencé à produire en août à partir d’un champ dans le Sud. Après une découverte en 2006, les travaux de développement ont débuté en 2008. Le projet comprend une installation centrale de traitement (CPF) de 2,7 millions de mètres cubes par jour et un gazoduc de 370 km, allant jusqu’à Gabès, où se trouve une usine de traitement du gaz. Selon l’entreprise autrichienne, Nawara représentera environ 11 % de la consommation de gaz de la Tunisie pendant sa durée de vie.

Nawara devait commencer à produire en 2016, mais les retards, y compris les troubles sociaux dans le sud de la Tunisie, ont repoussé cette date. Le coût total du projet est d’environ 1,1 milliard de dollars. L’achèvement de ce développement constitue un succès important pour la Tunisie. Bien qu’il existe un potentiel d’expansion et de découvertes supplémentaires, les investisseurs resteront les bras croisés et attendront l’émergence d’une certitude réglementaire avant de s’engager.

Traduction et synthèse LM

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