AccueilLa UNEQue préparerait Saied après «Chaouel»? Serions-nous aux portes d'une 3ème République?

Que préparerait Saied après «Chaouel»? Serions-nous aux portes d’une 3ème République?

Le « Sphinx » tunisien a encore parlé pour ne pas se faire comprendre. Quelques mots, manifestement d’importance capitale dans l’agenda politique du chef de tout l’Etat tunisien, ont échappé à l’attention lors de sa dernière allocution  de présentation des vœux pour le mois saint du Ramadan.

Vendredi soir 1er avril 2022, et ce n’est pas un poisson d’avril, Kais Saied disait que « le croissant lunaire de ce mois saint de Ramadan est apparu. Il sera suivi par le mois béni de Chaouel [Ndlr : mois de mai dans le calendrier de l’hégire]. Apparaîtra alors, pour le peuple tunisien, une nouvelle lune qui arrivera à son terme. S’illumine alors l’aube d’une ère nouvelle pour la Tunisie. Dieu fasse que tout ce qui a été détruit par les jours sombres, soit réparé par votre saint mois qui a vu la naissance du saint Coran ».

A bien interpréter les paroles du chef de tout l’Etat tunisien, prononcées à la manière du film « Le Messager » de Mustapha Akkad sur la vie du prophète Mohamed, il devrait se passer quelque chose, ou Kais Saïed devrait annoncer quelque chose à la fin du mois de mai 2022 ou en juin de la même année. L’annonce n’est pas explicite et directe, mais elle existe, présentée comme dans un agenda hégirien du chef de tout l’Etat après les annonces faites pour l’ancien agenda grégorien donné en décembre 2021 (ar).

Des observateurs de la scène politique tunisienne n’excluent pas que le chef de tout l’Etat tunisien annonce à cette occasion la 3ème République, après avoir concocté une nouvelle constitution à la lumière et à la mesure des résultats de son « Istichara ». Une consultation virtuelle qu’il serait en train de jumeler à une consultation publique, en recevant les représentants de ceux qu’il considère être consultables, selon sa propre vision du dialogue national. L’homme a toujours été atypique et antisystème en matière de dialogue, et en avait donné des exemples, lors de ses anciennes consultations pour former les gouvernements de l’après Caïed Essebssi. Des consultations qu’il faisait à travers des notes écrites, et jamais de manière directe et présentielle.

Le projet de la constitution de la 3ème République à la Saïed devrait donc être prêt d’ici fin « Chaouel », ou mai 2022 ou en juin prochain, et pourrait être soumis à  referendum, déjà par lui annoncé pour le 25 juillet 2022, selon l’agenda grégorien de Saïed.  

  • Où allons-nous ? Même son « conseiller » Sadok Belaïd ne le sait pas !

Dans l’attente de savoir à quelle sauce le chef de tout l’Etat tunisien compte manger ce qui en reste, c’est stoïquement et placidement que Kais Saïed essuie les critiques de toutes parts, en continuant son projet à son propre rythme, et avec ses propres erreurs. « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort », disait Nietzsche qui l’écrit en 1888. Non anéanti, comme le voulait et le demandait la population tunisienne sortie en juillet 2021 dans les rues, l’islamisme tunisien a depuis, rassemblé ses forces, rameuté ses soutiens, locaux et étrangers, outre-Atlantique, et sur les rives du Bosphore, où même Erdogan se permet le luxe de réagir comme l’ont déjà fait les Américains et les Européens. L’image de la Tunisie est ainsi jetée en pâture à tous ceux qui se prennent pour des pays d’un quelconque poids sur l’échiquier des luttes, idéologiques et économiques, internationales. L’ARP a certes été dissoute après quelques mois de gel. Mais ceux qui auraient ourdi le complot pour le dégeler, ne sont pas allés en prison. On ne sait pas ce qu’il y avait dans le dossier, mais le Procureur du tribunal de Tunis ne semble pas pressé de déférer les accusés (ar).

Les hésitations du chef de tout l’Etat à terminer à temps son « œuvre » du 25 juillet, ne lui coûte pour l’instant rien, se limitant à faire survivre son peuple par le populisme. Et même l’ami du chef de l’Etat et son conseiller constitutionnel, lorsqu’il sent qu’il doit en avoir en image pour confirmer ses propres lectures de la Constitution, ne sait pas où va la Tunisie.

En effet, dans une interview accordée à notre confrère l’Economiste maghrébin qui lui demandait où allons-nous, le doyen Sadok Belaïd répond que « nous sommes condamnés à subir cet état de fait, et pour longtemps (…). Le pire a succédé au mauvais, en quelque sorte. La situation est devenue dramatique et désespérée. Personne ne sait, aujourd’hui, où on doit mener notre barque (…) »   

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