Rached Ghannouchi au perchoir, mais à quel prix !

Rached Ghannouchi au perchoir, mais à quel prix !

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Avec une dose homéopathique de suspense, le chef du mouvement Ennhahdha, Rached Ghannouchi, a été élu au perchoir de l’Assemblée des représentants du peuple avec une majorité dont on peut dire qu’elle est confortable et par endroits surprenante : 123 voix. Car, d’abord, il en fallait 109, c’est-à-dire la majorité absolue pour accéder à la présidence de l’ARP, et Ghannouchi est parvenu à aller au-delà de ce plein de suffrages, tant le vote s’annonçait serré , les partenaires « naturels » d’Ennahdha, Attayar et le mouvement Achaab, traînant les pieds et proposant même leur propre candidat commun en la personne de Ghazi Chaouachi, lequel finalement n’a été crédité que de 45 suffrages.

De fait, on sentait, ce mercredi matin, que quelque chose se tramait dans les coulisses du palais du Bardo, et le député nahdhaoui, Noureddine Bhiri, l’a reconnu implicitement en prenant d’extrêmes précautions et réserves et en lâchant que «  les concertations se poursuivent avec les différentes parties concernées par le processus parlementaire ». Plus explicite, Hatem Mliki, député du parti Qalb Tounès, a déclaré que « les concertations au sujet de la présidence de l’ARP et ses députés sont en cours avec le mouvement Ennahdha et le bloc parlementaire la Réforme nationale présidé par Hassouna Nasfi, député du mouvement Machrou Tounes ». Et pour compléter ce tableau, on apprenait dans les coulisses du Parlement que le président de Qalb Tounès, Nabil Karoui, s’est réuni avec le groupe parlementaire de son parti, à l’issue de la levée de la séance plénière afin de « définir leur position au sujet de l’accord avec Ennahdha et le bloc la Réforme nationale ».

Un marché synallagmatique

Le marché, jusqu’alors en négociation, était scellé, à mesure qu’approchait la date limite, le vendredi, à laquelle Ennahdha, le plus grand parti au Parlement, doit nommer son candidat au poste de chef du gouvernement, marquant le prologue d’un processus de deux mois pour que cette personnalité forme un gouvernement. Un processus au cours duquel Ennahdha a négocié avec le parti Attayar et le parti Achaab pour s’assurer de leur soutien à la candidature de Ghannouchi comme président de l’ARP avant d’entamer des pourparlers officiels sur la formation du prochain gouvernement.

Des consultations qui ont fini en eau de boudin, Attayar et Echaab ayant refusé d’apporter leur soutien à Ghannouchi à moins qu’Ennahdha ne convienne avec eux d’un candidat indépendant au poste de chef du gouvernement et Attayar présente son propre candidat, Ghazi Chaouachi, haut dirigeant du parti, pour le perchoir du Parlement.

“S’ils ne nous soutiennent pas aujourd’hui au Parlement, les partis Attayar et Achaab ne feront probablement pas partie du prochain gouvernement de coalition “, a averti Imed Khmiri, porte-parole d’Ennahdha. Et joignant l’acte au sermon, le mouvement de Ghannouchi s’est tourné alors vers d’autres partis, notamment Qalb Tounès, dirigé par Nabil Karoui, le candidat malheureux à la Présidentielle du mois dernier.

Quand Ghannouchi vire sa cuti !

C’est à l’aune de cette soudaine affinité qu’il faut entendre le score que Rached Ghannouchi a réalisé pour pouvoir accéder à la présidence du Parlement, un poste qu’il chérissait ardemment, car c’est là que loge le centre du pouvoir en Tunisie sous les contours d’un régime parlementaire, qui s’est avéré, à l’exercice, un régime d’assemblée, qui fait et défait les lois etles ministres         et détient l’essentiel de la boîte à outils du pouvoir.

De toute évidence le jeu en vaut la chandelle, Ennahdha qui vouait il y a quelques semaines aux gémonies Nabil Karoui et son parti, a vite viré sa cuti pour en faire un partenaire, probablement majeur, dans l’exercice du pouvoir, grâce à son réservoir de sièges au Parlement et ses aménités envers un parti et un chef de mouvement assez fort et adroit pour négocier des consensus, fondateurs d’un partage du pouvoir, cette foi-ci, avec plusieurs partenaires plutôt qu’un, comme ce fut le cas par le passé.

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