AccueilLa UNERached Ghannouchi égal à lui-même

Rached Ghannouchi égal à lui-même

Rached Ghannouchi a réitéré, dans la conférence de presse, tenue par Ennahdha jeudi , les propos tenus , quelques mois auparavant , selon lesquels les salafistes qui n’usent pas de la violence sont bien « ses enfants  » . Il a insisté sur le fait que les salafistes non violents ont leur place dans la Tunisie d’aujourd’hui ; par contre, ceux qui utilisent la violence, qui menacent le pays et qui s’attaquent aux forces de l’ordre et à l’armée tunisienne, doivent être punis conformément à la loi.»Il faut les éradiquer parce qu’ils sont armés et menacent le pays », a-t-il souligné.

Il a , toutefois , affirmé, qu’il nourrit l’espoir de voir un dialogue s’établir avec les groupes armés en Tunisie , comme en Egypte dans les années 1990 , et en Algérie , à la même époque , avec l’AIS , le bras armé du FIS .

Il est aisé de décéler , en filigrane de ce discours , le schéma classique de la pensée Ghannouchi : Les salafistes ont leur place dans le projet démocratique tunisien , les djihadistes , quant à eux , on attend d’eux un geste, même symbolique , pour être admis aussi comme membres à part entière au club démocratique de Rached Ghannouchi . Les prédicateurs étrangers sont les bienvenus parce que la Tunisie manque de cheiks compétents.

Les critiques adressées au gouvernement sur les évènements de Chaambi , l’isolement d’Ennahdha à l’ANC , au sujet de la constitution , et du projet de loi sur l’immunisation de la Révolution , les dernières menaces des ligues de la protection de la révolution (LPR) à l’encontre de l’UGTT et l’attaque perpétrée contre un membre de la direction syndicale , n’ont pas amené Rached Ghannouchi à revoir sa vision des choses .

Ce sont là les convictions fondamentales du leader d’Ennahdha : acharnement contre le projet de société tunisien , et déploiement des forces locales et internationales pour en venir à bout , position équivoque sur la violence , qu’il dit bannir si elle émane des djihadistes tant qu’ils portent les armes , et la tolérer , et même la soutenir , si elle est l’œuvre des LPR qui prennent pour cible les forces centristes , et les syndicalistes .

Ces thèses sont l’aboutissement de tant de tergiversations du parti islamiste au pouvoir. La violence n’est pas le seul danger que représente le salafisme . Même sa version non-violente, dite scientifique, prend le contre-pied du projet de société tunisien, et l’image de la société qu’il préconise ne correspond pas à l’idéal social tunisien. A titre d’exemple le statut qu’il confère à la femme est dégradant , lui impose le niqab , ou tout au moins un hijab et la destine aux occupations ménagères .La société est organisée autrement , le contenu et la méthodologie de l’enseignement , seront fondamentalement revus ,et ainsi de suite .

Faire passer les salafistes pour un courant compatible avec les idéaux de la Tunisie postrévolutionnaire est une supercherie que les gens sensés ne peuvent admettre.

Le dossier de la violence n’a pas été , lui non plus , traité par le parti islamiste au pouvoir , de manière correcte .Toutes les informations qui concernent les groupes djihadistes , leurs objectifs réels , menées , projets de se doter d’un armement , et leurs affrontements avec les forces de sécurité ont été soit démentis , soit banalisés soit encore expliquées comme des réactions légitimes et naturelles aux provocations policières et des forces modernistes et laïques , généralement présentées en liaison avec la contre-révolution , et l’ancien régime .

L’Emirat de Sejnane , les mosquées occupées et les quartiers investis et considérés comme des territoires « libérés » où sont pratiqués les houdouds et imposés les comportements et les habits recommandés par la Charia , bien que dénoncés par les citoyens de ces régions , ont été démentis conjointement par le gouvernement et le parti au pouvoir.

Les caches d’armes ont été niées aussi systématiquement , les réseaux de recrutement de jeunes Tunisiens pour être envoyés en Syrie ou au Nord Mali qui agissent à découvert ,ne sont jamais inquiétés ,les incendies contre les mausolées , et les saints lieux , bien que dénoncés par l’UNESCO , ont été expliqués, le plus souvent, par des courts-circuits , et seul un groupe de pyromanes a été arrêté parce qu’il a été identifié de manière claire .

Les camps d’entraînement des djihadistes dénoncés par plusieurs observateurs, ont été eux aussi niés jusqu’à tout récemment . Même l’attaque contre l’Ambassade américaine a eu une couverture médiatique et politique sans précédent , avec la sortie sur la scène de Rached Ghannouchi et de Abdellatif Mekki sur les plateaux de télévision pour « expliquer  » les violences par publication sur internet d’un film , véritable navet sans saveur , censé provoquer les sentiments des musulmans , en diffamant l’islam , et son prophète .

Le stratagème d’Ennahdha , pour faire taire ,banaliser , expliquer , introduire des nuances aux menées salafistes et djihadistes , est , maintenant , tombé à l’eau . Les djihadistes sont là , ils s’attaquent à l’Etat tunisien . Cet élément n’est pas nouveau, car ces extrémistes ont toujours pris pour cibles les institutions de l’Etat , les forces de sécurité et les forces politiques modernistes . Mais ce qui est nouveau, c’est que ces forces ont décidé de s’unir pour défendre l’Etat tunisien, et la République. En réaction , Rached Ghannouchi fait semblant de changer de cap , mais, en fait , il demeure attaché à ses convictions fondamentalistes , pour maintenir son vieux découpage de la société tunisienne qui se divise en musulmans et non musulmans .

Aoussaoud Hmidi

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