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Radhi Meddeb : Merci Mme Lagarde, si vous êtes satisfaite du 1,5 %, les Tunisiens le sont moins !

L’économie nationale se débat toujours. La Banque Centrale de Tunisie a déjà tiré la sonnette d’alarme. Notre économie est en récession technique. Le FMI conditionne chèrement son soutien à un pays en perte de performance et navigant à vue.

Le FMI presse la Tunisie pour la mise en place des réformes urgentes pour le déblocage d’une nouvelle tranche de prêt avec un ultimatum fixé à fin décembre 2015.

En visite en Tunisie, Madame Christine Lagarde, Directrice générale de cette institution a livré sa recette pour la Tunisie. Elle nous a reproché la lourdeur administrative et la masse salariale qu’elle trouve énorme en Tunisie.

Pour revenir aux réformes, notre bailleur de fond exige une meilleure maîtrise des dépenses publiques. Comment peut-on contrôler nos dépenses publiques ? Quelles sont les pistes de sortie de la crise ? Enfin comment relancer l’investissement ?

Invité hier à une émission économique à la RTCI, l’économiste et financier, président de l’association Action et Développement Solidaire, Radhi Meddeb, a décortiqué la situation et mis en exergue les véritables questions qui se posent, aujourd’hui pour la relance de l’économie tunisienne.

«Nous avons eu au mois de septembre 2015 la visite de la directrice générale du fonds monétaire international, Christine Lagarde. C’est pour la deuxième fois qu’elle vient nous rendre visite. Cette fois–ci son discours était de dire « vous avez accompli un chemin remarquable en matière de transition politique. Vos performances économiques ont été honorables. La croissance a été sur les quatre dernières années de de 1,5 %. »

Merci Mme Lagarde, a-t-il ironisé, mais nous les tunisiens nous ne sommes pas satisfaits car ce n’est pas le 1,5 % qui va nous permettre de répondre aux exigences de la population, aux exigences des jeunes, aux exigences des régions intérieures.

Et de poursuivre : «La révolution a eu lieu à défaut des réponses adéquates à des exigences économiques et sociales fondamentales, et ce n’est pas avec le 1.5% de croissance en moyenne sur les quatre dernières années et des perspectives de croissance en berne. Et pour cause, le gouvernement a révisé sa prévision pour 2015 pour la ramener à 1 %, ce qui, à mon avis, est optimiste. »

 D’ailleurs les années 2016 et 2017 s’annoncent difficiles, selon M. Meddeb, à défaut d’une véritable relance. « Ce ne sont pas donc ces conditions qui vont nous permettre de répondre aux exigences de nos jeunes, de répondre à la demande additionnelle de 90 000 nouveaux demandeurs d’emploi chaque année, et d’entamer le stock de chômeurs qui aujourd’hui s’élève à 650 000 dont 230 000 diplômés de l’enseignement supérieur, à qui nous avons dit pendant longtemps faites des études et votre avenir sera radieux. Ils ont accompli leurs études et on leur a dit l’ascenseur est en panne. »

À la question de savoir ce qu’il faut retenir de la visite de la directrice générale du fonds monétaire international, Christine Lagarde, M. Meddeb a répondu :

«D’une part, J’ai eu le privilège de rencontrer en privé Mme Lagarde et personnellement, j’ai pu retenir de ses discours un certain nombre de leçons. Premièrement elle est venue nous dire que les réformes sur lesquelles nous nous sommes mis d’accord sont les vôtres, le Fonds ne vous impose rien.  La Tunisie en a besoin de ces réformes. »

«D’autre part, en avril 2013, j’ai interpelé le ministre des finances et le gouverneur de la Banque Centrale, pour leur demander avec quelle légitimité allaient-ils signer avec le Fonds monétaire. Je rappelle qu’à l’époque du gouvernement de transition était mandaté pour assurer les affaires courantes et l’ANC pour rédiger la constitution afin de sortir de cet état transitoire qui n’a que trop duré. »

Le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque Centrale venaient d’écrire au Fonds monétaire pour dire voilà notre feuille de route sur les trois prochaines années, et qu’au nom de cette feuille de route de cette politique économique et financière que nous vous déclinons, nous sollicitons votre soutien par une facilité, qu’on appelle standby facility, de 1.7 MD pour accompagner un certain nombre de réformes sur lesquels le gouvernement tunisien de l’époque s’était engagé, a confié Radhi Meddeb.

Revenant à la croissance, l’expert en économie a rappelé qu’avant la Révolution, la croissance annuelle était de 4 à 4,5% sur une base relativement de longue durée et c’était doublement insuffisant tant sur le plan qualitatif que quantitatif.

Quantitativement, parce que toutes les études montrent que pour répondre à la demande additionnelle d’emploi, 90 000 nouveaux demandeurs d’emplois tous les ans, la croissance s’élève à 6%. Qualitativement, c’est strictement insuffisant parce que comme je le dis toujours, il y a une différence entre croissance et développement.

Et d’enchainer : «La croissance c’est la création des richesses, mais à qui vont-elles profiter ces nouvelles richesses créées. Si les richesses continuent à être accaparées par un nombre réduit de personnes, eh bien la création des richesses peut aboutir à un effet inverse. Elle approfondira le gap, le fossé social entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas, les nantis et les démunis, et l’approfondissement de ce fossé social peut conduire à plus de haine, à plus de tensions. Et pour cause, nous avons découvert après la Révolution ce que l’on appelle ‘’l’Indice de génie’’, qui permet de mesurer la différence de consommation entre les riches et les pauvres. »

À la question de savoir comment changer la règle du jeu avec un taux de croissance de 1% voire 0%, avec l’augmentation du taux de chômage, avec les conflits régionaux et avec les conflits sociaux, M. Meddeb a répondu :

Tout cela est une même alchimie qui doit avancer et nous permettre ensemble de sortir par le haut. La question n’est pas impossible à résoudre. Comment faire cela ? il est important de rationaliser les dépenses publiques pour les orienter plus vers l’investissement, vers la création d’infrastructures dans les régions qui en ont besoin, vers la création d’emploi et vers l’amélioration du climat des affaires qui permettent au secteur privé d’investir et d’intervenir.

Il est également important que l’État mette en place le cadre, ce qu’on appelle le tiers-secteur,  c’est-à-dire l’économie sociale et solidaire de pouvoir s’épanouir et de pouvoir accompagner aussi bien le secteur privé que le secteur public dans leurs démarches de création de richesse, de création d’emplois et des satisfactions des uns et des autres.

L’équation n’est pas impossible à résoudre ; parce que dans la réalité nous sommes en train de dépenser ce qu’on n’a pas créé comme richesses.  Nous sommes en train de distribuer ce qu’on n’a pas créé comme richesses. Et cela risque d’aboutir à un surendettement du pays et à une très faible performance du secteur public.

La masse salariale de la Tunisie avoisine les 13% du PIB, ce qui en fait une des plus élevées au monde. À cet égard, Radhi Meddeb a expliqué que la Tunisie n’a pas pu bénéficier de la baisse du cours pétrolier, parce que la masse salariale est trop importante mais aussi parce que la Tunisie a privilégié de diminuer le budget de l’État. La manne que nous avons reçu du ciel de la baisse du prix du pétrole et qui se répercute sur le budget de l’État par des dépenses d’au moins de 1,7 MD on l’a répercuté tel quel sur le budget révisé de la Loi des Finances du mois d’Août dernier.

«Nous n’avons pas cherché à impulser la croissance et à définir un cadre qui permet d’impulser la croissance. La variable d’ajustement depuis plusieurs années, aujourd’hui, est l’investissement public. Pour maitriser les dépenses, on maitrise tout et le plus facile à maitriser c’est les projets, parce qu’il est plus difficile de maitriser l’évolution de la masse salariale que de maitriser les projets d’investissement, hélas on n’en fait pas des projets d’investissement et cela se répercute par une dégradation encore plus forte de la condition et de l’attractivité des régions intérieures.», a-t-il regretté.

Enfin, pour conclure, l’économiste et financier, Radhi Meddeb, a suggéré :

«Il est important que nous rompions ce cercle vicieux et que nous trouvions les modalités de plus de création de richesses par conséquent de plus de création d’emplois.  Et cela passera par ‘’l’inclusion’’. Aujourd’hui, 50% de l’économie serait informelle, dit-on. Ce qui veut dire que les gens ne bénéficient et ne participent pas à la création de la richesse formelle. Mais d’un autre côté ils ne bénéficient pas de la protection sociale formelle. Ils ne bénéficient pas de retraites. Ils ne bénéficient de protection sanitaire. Il faut donc mettre en place des mécanismes qui permettent à chacun, porteur de la plus petite initiative de participer de manière formelle à la création de richesses. La microfinance peut y participer sérieusement. Nous constatons que 25% des gens financés par la microfinance de l’économie informelle à l’économie formelle et donc leur contribution va être mesurée au niveau du PIB et ça va permettre au PIB de dépasser son niveau actuel de 1,5% tout en donnant la chance à tous ces jeunes pleins d’initiatives, pleins d’imagination, pleins d’innovations de mettre en activité leurs idées et de se sentir réellement citoyens et partie prenante dans le processus de développement en Tunisie. »

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