Robocop vs Tycoon dans un «No Man’s Land» de Com autour des...

Robocop vs Tycoon dans un «No Man’s Land» de Com autour des personnages

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«Fils d’un dirigeant d’une entreprise de marbrerie et sa mère, femme au foyer, et d’origine algérienne, Nabil Karoui est natif de Bizerte. Après avoir obtenu son bac, qu’il a échoué à décrocher à plusieurs reprises, il part à Marseille pour des études de commerce. Il est formé au marketing et à la vente dans des multinationales. Après avoir sillonné les routes du sud de la France chez Colgate-Palmolive, il intègre le département vente et marketing de la multinationale Henkel. C’est là qu’il est approché par un cabinet de recrutement pour rejoindre la cellule internationale de Canal+ qui entame son implantation en Afrique du Nord. Il y entre comme premier employé de sa filiale Afrique du Nord et y assure la direction commerciale pendant deux années». C’est ce que dit de lui, en l’absence d’un CV officiel, l’encyclopédie Wikipedia

Sous le titre de «Nabil Karoui, le Rastignac des médias», le journal français Le Monde le dépeignait ainsi : «Bienfaiteur » pour les uns, « voyou » pour les autres. Le magnat de la télévision Nabil Karoui, 56 ans, cheveux gris gominés et allure d’homme pressé, déchire la Tunisie au point que son irruption dans le duo de tête du premier tour du scrutin présidentiel, dimanche 15 septembre, est grosse d’orages politiques».

Les médias anglophones utilisent généralement les mots de «Tycoo» ou Mogul. Le 1er se traduit généralement par «personne riche et puissante dans les affaires ou l’industrie, magnat de la presse et pourrait avoir pour synonymes, des termes comme «nabab, baron, prince marchand, financier, chef ou seigneur». Le second se traduit généralement par «une personne importante ou puissante, en particulier dans l’industrie du film ou des médias ». Il peut aussi avoir pour synonymes les mêmes vocables que pour Mogul. C’est dire l’image que donne Karoui aux médias étrangers où il a aussi ses entrées. L’homme d’affaires compte aussi, parmi ses partenaires à Nessma TV, des personnalités tunisiennes comme le producteur tunisien résidant à l’étranger Tarak Ben Ammar, ou encore le controversé et sulfureux magnat des médias italiens Silvio Berlusconi. La chaîne publique française France 24, parle d’un candidat populiste et l’appelle même le «Berlusconi tunisien».

En novembre 2016, Samy Ghorbal écrivait sur JA et disait du groupe de Karoui, qu’il est «né en 1996, et affiche aujourd’hui 50 millions de dollars de chiffre d’affaires (20 millions en Tunisie, autant en Algérie et le reste au Maroc), pour un peu moins de trois cents employés. Le budget de communication de Maroc Connect, le troisième opérateur de téléphonie marocain, affilié à l’ONA, vient de tomber dans l’escarcelle de K & K Advertising : 10 millions de dollars». C’est l’étendue de la fortune de Karoui, depuis 2016. Pour le reste, l’homme d’affaires reste plus que discret sur sa fortune. Il n’a d’ailleurs pas accepté d’en faire déclaration auprès de l’instance de lutte contre la corruption et traîne, depuis des années, des accusations d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent. Son dossier d’accusation est en cours d’instruction, il n’est pas encore formellement accusé, encore moins inculpé. Son mandat de dépôt vaut uniquement détention préventive. Cette dernière est fixée à un maximum de 14 mois, y compris les extensions.

  • Un CV qui ne dit presque rien

De Kais Saied, on sait peu de choses, à l’exception de son CV publié par l’agence d’information officielle Tap. Il y est dit qu’il est «né le 22 février 1958 à Tunis [Ndr : Originaire de Beni Khiyar au Cap Bon]. Il a obtenu un diplôme d’études approfondies en Droit international public de la Faculté de Droit et des sciences politiques de Tunis, d’un diplôme de l’Académie internationale du Droit constitutionnel et d’un diplôme de l’institut international de Droit humain à San Remo en Italie.

Il a commencé sa carrière professionnelle en tant que professeur à la Faculté de Droit et des sciences économiques et politiques de Sousse en 1986. Il a ensuite enseigné à la Faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis en 1999. Saied a aussi occupé le poste de Directeur du département de Droit public à la Faculté de Droit et des sciences économiques et politiques de Sousse de 1994 à 1999.

Il était membre du groupe d’experts du secrétariat général de la Ligue arabe entre 1989 et 1990 et expert auprès de l’Institut arabe des droits de l’homme de 1993 à 1995. Il a aussi occupé les postes de Secrétaire général et de vice-président de l’association tunisienne du Droit constitutionnel de 1990 jusqu’à 1995. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles traitant du Droit constitutionnel. Un CV de 188 mots, dont on ne retient que son expérience de Professeur et de Constitutionnaliste, sans plus. L’homme est peu communicant et ses aides aussi, ce qui rend impossible toute tentative d’essayer de cadrer le personnage ou d’en faire un portrait.

  • Le Danton, sans les fédérés tunisiens ?

«Nous sommes face à un choix cornélien. Kais Saïed, personne issue de la classe moyenne, universitaire, propre qui nous propose un saut dans un trou noir, allant de l’extrême gauche à l’extrême islamiste en passant par un populisme pernicieux. Il ne pourra réaliser un dixième de son programme. Nabil Karoui, entrepreneur controversé, soupçonné de blanchiment et autre, qui jusqu’ici n’est pas condamné. N. Karoui, en tant que seulement président et populiste par ailleurs, ne réalisera pas le dixième de son programme. Entre le vide et l’entrepreneur controversé, le choix devrait être clair. Sauvons notre tourisme et votons avec la raison et sans état d’âme», écrivait Khaled Fakhfakh, président de la fédération des hôteliers tunisiens. Il n’aura pas besoin de le dire, il votera Karoui. Mais il prend soin de faire noter que cette position n’engage que sa personne et non la FTH.

Le second témoignage, recueilli sur la page d’un universitaire issu de l’IHEC et qui occupe un haut poste dans une entreprise publique, compare Saïed à un «Danton, sans les fédérés marseillais, qui rêve d’achever les objectifs de la révolution pour son expérience de laborantin (…). KS n’est pas loin de l’anarchiste fort dangereux dans ses idées de pouvoir politique !».

  • L’avis de Laghmani et Jenayah

«Vous ne connaissez pas Kais Saied. Je le connais depuis 1984. Ce n’est pas un Tartour et il ne le sera pas. Il n’est réductible à aucune idéologie. Mais il est habité par une idée politique, son idée, quoi que l’on pense de cette idée et j’en pense qu’elle est à la fois utopique et dangereuse. Mais sachez que si on lui met les bâtons dans les roues, tout en étant dénué de compétences autonomes, il lui suffira d’un discours radio-télédiffusé et de sa qualité de commandant suprême des forces armées pour obtenir satisfaction».

Incompréhension, aussi chez son collègue Ridha Jenayah. «Son élection à la magistrature suprême sous le slogan « le peuple veut » a été pour moi, malgré tout, une grande surprise. Mais ce qui est le plus inquiétant dans cette promotion fulgurante, ce n’est pas tant les qualités personnelles d’honnêteté et d’intégrité de l’homme dont je peux témoigner, mais plutôt le fait qu’il se soit entouré d’une garde rapprochée composée de personnage incultes et rétrogrades et qu’il n’ait, de surcroît, si j’en crois son programme, aucune idée sur les réalités géopolitiques économiques, financières et sociales». Dixit le professeur agrégé en droit public dans un récent Post public sur sa page des réseaux sociaux.

Le seul à essayer d’expliquer le projet, qui fait peur, de Kais Saïed est un certain Kais Karoui qui ferait office de porte-parole car étant le seul à discuter avec les gens sur fb et qui se refuse à une telle fonction. Sur sa page, il explique le programme de KS, sur idée de «Lénine». Il y promet dès les premiers mots de «dire au revoir à 90 % de médiocrité, de mettre fin à la corruption, à la misère, au sous-développement, en un temps record». Trop facile à dire et très difficile, manifestement, à expliquer AVEC le public. D’ailleurs, les discussions, sur sa page, traduisent clairement cette peur qui pourrait liguer les moins jeunes et les moins utopiques contre Saïed lors du vote du second tour.

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