Tout frais émoulu président qu’il était, Kais Saied ne pouvait pas avoir la hardiesse de promettre ce qu’il ne sera pas en état de tenir. Il a délivré, ce mercredi 23 octobre 2019, un discours d’investiture devant l’Assemblée des représentants du peuple, réunie, pour l’occasion, en séance plénière extraordinaire, la dernière de sa législature, où il a mis les petits plats dans les grands pour s’accommoder d’un statut auquel rien ne le destinait et jeter les bases d’un quinquennat dont personne ne sait de quoi il sera fait.
C’est à peine si on a compris qu’il forme le projet de revisiter la fonction, lui donner du sens, de l’épaisseur, sans s’appesantir sur le reste qu’il a meublé de lieux communs qu’il sait cultiver à merveille. Convenons toutefois qu’il ne s’était pas agi de désolantes rengaines débitées en de pareilles occurrences et presque en tous temps, dès lors que l’on pouvait détecter chez le nouveau président une farouche volonté de transformer les exaspérations individuelles et collectives des Tunisiens en un projet d’avenir nationalement convenu. Sans pour autant que soient évoqués les protocoles et les mécanismes propres à déterminer les plans d’action y afférents.
Des professions de foi
Faute de concret, l’hémicycle du palais du Bardo et les citoyens d’ailleurs ont eu droit à un chapelet de professions de foi, d’engagements et de promesses fermes et crédibles, telles que celles de protéger l’Etat tunisien et de garantir sa pérennité et plus encore de mettre les structures de l’Etat à l’abri de tout calcul politique.
Au rang des ardentes obligations, Kais Saied a affirmé qu’il se porte garant du peuple, de l’Etat et de la sécurité des Tunisiens, promettant de garantir la justice et de réaliser les aspirations des Tunisiens en termes d’emploi, de liberté et de dignité. « La première responsabilité d’un chef d’Etat est d’être le symbole de son unité, de veiller au respect de la Constitution et de rassembler tous les Tunisiens », a-t-il dit, tout en reconnaissant que « les défis sont immenses et la responsabilité sera très lourde », et se félicitant que « la volonté du peuple est grande pour relever les défis et surmonter les obstacles ».
Le primat de la lutte antiterroriste
De toute évidence, le président de la République a cité au nombre de ces défis, et en tout premier lieu, la lutte contre le terrorisme, exhortant le peuple tunisien à être uni dans le combat contre ce fléau et à œuvrer à en éradiquer les causes, saluant les corps de l’armée, de la sécurité et de la douane dont les membres sont confrontés à ce fléau et à tous les types de crimes.
Sur le registre des droits et des libertés, le chef de l’Etat a lancé: « Il n’y a pas lieu de toucher aux droits de la femme », appelant à la nécessité de renforcer les droits économiques et sociaux de la femme tunisienne. Personne ne peut priver le peuple tunisien de sa liberté sous quelque motif que ce soit, une liberté chèrement acquise, a lancé Kais Saied, ajoutant « se trompe celui qui croit qu’il peut faire marche arrière en matière de droits ».
Sur les relations extérieures de la Tunisie, Kais Saied s’engage à respecter tous les accords ratifiés même si certains d’entre eux peuvent être révisés sur la base d’entente entre les nations et les peuples. Le prolongement naturel de la Tunisie sont les pays du Maghreb, l’Afrique, le monde arabe, le nord de la Méditerranée et le reste des pays amis, a-t-il dit.
Le peuple tunisien, a-t-il souligné, soutiendra toutes les causes justes dont en premier lieu la cause palestinienne.
Le laïus qui fâche
Enfin, il a souligné que des Tunisiens ont proposé de faire don d’une journée de travail pendant cinq ans pour contribuer au remboursement de la dette extérieure tunisienne et pour renforcer le trésor tunisien.
Une séquence dont la portée a été vite limitée par le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi qui a cru comprendre que « le président de la République Kais Saied n’a pas proposé le don d’une journée de travail pendant 5 ans, mais a cité une campagne lancée par les jeunes qui le soutiennent exposant ainsi certaines idées innovantes ».
Mais là où le secrétaire général de l’Organisation ouvrière n’a pas fait ouvre d’exégèse, c’est lorsqu’il a répliqué à l’appel lancé, selon toute vraisemblance, par les soutiens de Kais Saied pour une trêve sociale avec suspension des grèves. Virant sa cuti, il a eu cette fin de non-recevoir où perçait quelqu’ exaspération : « s’il y a lieu de faire une ou vingt grèves, nous les ferons, point barre ! ». Une rebuffade administrée dans une déclaration à la presse en marge de la cérémonie de prestation de serment du nouveau président de la République, Kais Saied.
Taboubi a affirmé que « nous avons besoin de climats sociaux et de stabilité sociale… ce qui obéit à des conditions et des exigences propres », précisant que « la grève n’est une fin en soi mais un moyen contre la rétractation des accords et le déni des droits », sans omettre de rappeler que « la diabolisation de l’UGTT n’est pas une nouveauté ».
« L’UGTT dispose d’institutions qui décident ce qu’elle jugent juste en conformité avec les législations du travail et la loi », a-t-il dit.
L.M.








