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Terrorisme : Des questions sans réponses

Les questions soulevées, ces derniers jours, par les observateurs concernant le traitement du dossier du terrorisme sont d’une importance capitale.

L’une d’elles se rapporte au timing des derniers succès de l’institution sécuritaire qui a coïncidé avec les passassions des pouvoirs entre le Gouvernement de la troïka présidé par Ali Lâarayedh , honni par tous, et le Gouvernement de Mehdi Jomâa , salué par tout le monde . Les derniers jours ont vu la promulgation de la Constitution, l’élection des membres de l’ISIE, et le code électoral qui doit parachever le nouveau système législatif sera adopté, cette semaine . Cette coïncidence a laissé penser que les pesanteurs de l’étape précédente, y compris le dossier du terrorisme, sont en train d’être soldées pour que les nouveaux pouvoirs retrouvent le pays comme une « page blanche « .

La deuxième question a trait à la gestion purement technique de la crise et porte sur la mort de tous les terroristes assiégés à Raouad 1 , les 3et 4 février, et l’arrestation des groupes de la cité Ennassim à Borj Al Ouazir et de Raouad 2 , samedi 8 février , tous vivants malgré la blessure grave de l’un des terroristes.

La troisième question concerne les complicités dont auraient bénéficié ces groupes surtout dans leurs déplacements et le transport d’un matériel de guerre assez lourd et difficile à manipuler.

A ces questions, qui sont posées sur un ton accusateur, et qui partent du postulat d’une conspiration qui vient de prendre fin ou qui ne fait que démarrer, les réponses doivent être données par des responsables de deux niveaux différents : les sécuritaires qui représentent le niveau technique , d’une part, et le haut niveau de l’exécutif , c’est-à-dire les politiques , anciens ou nouveaux ou bien les deux ensemble , d’autre part .

Or, jusqu’à présent, ce sont uniquement les responsables du niveau technique qui parlent , et fournissent des explications qui peuvent a priori convaincre .Ils insistent sur la reprise en main qui est en train de s’opérer et mettent en valeur le moral très élevé et la fraîcheur des unités d’élite qui sont en première ligne contre les groupes terroristes . Mais, lorsque les questions sur l’accumulation des succès après des mois d’échecs et d’hésitations , sur les éventuelles complicités intérieures et même extérieures dont bénéficiaient ces terroristes , leur sont posées, les réponses resteront incomplètes et pas très convaincantes , parce que l’opinion publique ne peut être édifiée de manière satisfaisante qu’à la condition que les politiciens qui étaient aux commandes , et la haute hiérarchie de l’administration, éclairent cette même opinion sur ce qui s’est réellement passé, durant ces trois années, au titre du terrorisme .

Mais avant cette date qui risque de tarder, il nous paraît important de présenter les éléments suivants :

Un premier élément indique que les terroristes , outre la logistique qui est mise à leur disposition par leur organisation , bénéficient de larges complicités parmi les citoyens qui leur permettent d’avoir des planques où se réfugier et cacher armement et matériel ; et on a vu, samedi dernier, à Goubellatt, des dizaines de citoyens attaquer le poste de la Garde Nationale pour libérer un terroriste qui aurait pris part aux événements du village , en octobre dernier .Des observateurs ont , également ,relevé que les protestations déclenchées dans plusieurs villes du pays, début janvier 2014, à El-Guettar à Meknassy en passant par Fériana , Kasserine , Beni Khiar et plusieurs quartiers de la capitale et dont le paroxysme a été atteint à Bouchebka , pourraient servir de couverture à un redéploiement des groupes terroristes vers les grandes villes pour préparer des attentats de grande envergure . Ce qui est un peu bizarre, c’est que ces protestations ont été agencées sous le couvert de revendications portant sur l’emploi et le développement, et ont cessé depuis, bien que rien n’ait été accompli dans ce sens dans ces mêmes régions.

Un deuxième élément se rapporte à une information donnée par des sources judiciaires et sécuritaires au sujet de l’entraînement reçu par les deux terroristes, Mohamed Nasser Dridi et Alaa Eddine Nejahi, à Gaza .Ils ont été abattus avec le groupe de Raouad 1, et Mohammed Ali Laroui porte-parole du ministère de l’Intérieur, les a qualifiés de plus dangereux que les autres du fait qu’ils étaient bien entraînés à la fabrication des explosifs. Et c’est là un très beau cadeau des islamistes de Gaza au peuple tunisien qui a n’a jamais cessé de soutenir la cause palestinienne.

Notre opinion publique, toujours sceptique au sujet de tout ce qui vient de l’institution sécuritaire , se trouve, aujourd’hui , dans l’obligation de demander aux politiciens de parler pour que les propos des sécuritaires aient tout leur sens , et doit exiger des meneurs des protestations de ne pas faire le jeu des terroristes et des ennemis du pays , et recommander aux citoyens d’être vigilants et de ne pas prêter inconsciemment , main forte aux organisations djihadistes , leur permettant, à l’instar des grands mouvements populaires, de nager comme un poisson dans l’eau .

Aboussaoud Hmidi

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