Le gouvernement a donné son accord pour ouvrir des négociations sociales au titre de l’année 2014 dans la fonction publique. Un accord devrait être signé durant ce mois, permettant à 750 mille fonctionnaires et salariés des entreprises et établissements publics de bénéficier d’une majoration salariale. Cette décision était dure à prendre par le gouvernement, notamment en cette période de crise et de déséquilibre budgétaire.
Dans une note récente rendue publique par l’Institut Tunisien des Études Stratégiques (ITES), il a été indiqué qu’une majoration salariale demeure difficile, notamment dans un contexte où la croissance est à peine perceptible et l’inflation est fortement élevée même si elle est en légère baisse. Une situation qui risque de perdurer et faire planer beaucoup de doute sur les perspectives à court et moyen terme, souligne l’étude.
Partant de ce constat, certains prônent l’idée d’une augmentation des salaires , faisant valoir qu’une telle action aurait un impact positif sur la demande et donc la croissance et le pouvoir d’achat. Mais cette politique a déjà été testée depuis 2011 et les résultats n’étaient pas au rendez vous.
Toujours selon cette nouvelle publication de l’ITES, l’augmentation des salaires peut ne pas être une bonne réponse aux problèmes auxquels se heurte actuellement l’économie tunisienne. « Un soutien de la demande via une hausse des salaires serait perçu comme une tentative avortée. L’économie tunisienne aurait plus besoin de l’investissement dans cette période. Dans cette perspective et compte tenu de la structure de la consommation en vigueur, une nouvelle augmentation des salaires risquerait de favoriser beaucoup plus la composante importée. Ceci est d’autant plus vrai que la Tunisie souffre d’un problème d’offre et se trouve dans l’impossibilité de répondre à la demande qui lui serait adressée », lit-on dans cette étude
Ainsi une hausse des salaires est de nature à augmenter les coûts pour les entreprises. Habituellement, les entreprises répercutent toute hausse des coûts sur les prix. En outre, l’accroissement des salaires exercerait une pression directe sur les prix et une pression indirecte sur les intrants qui entrent dans le processus de production.
« Une hausse de 5% des salaires augmentera l’inflation de 1,5% »
S’agissant de l’impact de l’augmentation des salaires sur l’inflation, les résultats de l’étude montrent qu’une hausse de 5% des salaires fera augmenter l’inflation d’environ 1,5%.
La hausse du salaire aura, aussi, un impact négatif sur l’emploi et serait un frein à l’embauche. Naturellement et dans le cadre d’un marché en concurrence parfaite œuvrant à l’abri de toute sorte d’imperfection, toute hausse de salaire, en obligeant les employeurs à payer certains salariés au-delà de leur productivité marginale, priverait les nouveaux actifs de toute chance de trouver un emploi puisqu’il serait absurde pour un employeur de payer un salarié plus que ce qu’il ne rapporte, lit-t-on dans cette note. « Augmenter le salaire n’est donc ni une bonne idée pour faire de la redistribution, ni pour créer de l’emploi. De plus, l’état de notre économie ne laisse pas présager une envolée des rémunérations. Le bon sens économique voudrait que les salariés soient rémunérés en fonction de leur productivité. Les entreprises n’ont pas généralement pour objectif de faire du social mais ont pour fonction de créer de la richesse et donc de l’emploi tout en réalisant des bénéfices ».
Egalement selon l’étude, la hausse des salaires élargirait le déficit budgétaire. La masse salariale ne cesse d’augmenter, aujourd’hui, pour atteindre environ 40% du budget de l’Etat et 13% du PIB.
« Une hausse de 5% des salaires relève le déficit budgétaire de 0,6 points »
Bien plus, une nouvelle hausse des salaires alourdirait encore plus un fardeau accablant. En effet selon les simulations de l’étude, une hausse de 5% des salaires dans la fonction publique relève le déficit budgétaire de 0,6 point de pourcentage et amplifia la rigidité du budget. De plus, une hausse des salaires se fera aux dépens des dépenses de développement déjà trop faibles pour répondre au défi du développement régional. « A terme, si l’équivalent de la hausse des salaires n’est pas compensé par une augmentation de la production et donc des recettes fiscales, les Tunisiens devraient accepter un ajustement vers la baisse des salaires. En tout état de cause, la contrainte budgétaire pèsera de plus en plus lourd sur les équilibres macroéconomiques », souligne l’étude.
Il faut chercher, selon cette nouvelle publication de l’ITES à instaurer un système d’augmentation salariale modéré sur plusieurs années, de sorte que les augmentations de salaires n’excèdent plus, comme par le passé, les gains de productivité. « Le pays ne peut pas distribuer aux Tunisiens plus que le taux de croissance économique annuel ».
Khadija Taboubi








