On a peu vu et entendu Béji Caïd Essebsi parler de lui-même comme il vient de le faire dans une interview à « Al-arabi al jadid ». Expansif, il l’a été, sans doute beaucoup, s’attardant sur sa vie privée, ses rapports avec les membres de sa famille, notamment avec son fils Hafedh qu’il jure ne pas destiner à sa succession, affirmant même qu’il lui a demandé de quitter « Nidaâ Tounès » pour retirer le tapis sous les pieds de ses contempteurs. Surtout, il s’est étendu sur un sujet qu’il affectionne particulièrement : le Leader Habib Bourguiba.
Ceux qui en feraient leur choux gras retiendront de cette interview que BCE ne passe au palais de Carthage que cinq heures par jour, de 8 heures à 13 heures, heure à laquelle il est déjà de nouveau chez lui, dans sa maison pour déjeuner et se mettre en stand-by pour toute éventualité, répondre au téléphone et si nécessaire rejoindre son bureau au palais, le soir, pour les besoins d’une question requérant sa présence. Sinon, il s’enferme chez lui pour se mettre à la disposition de ceux qui exprimeraient le désir de le rencontrer, pendant deux heures par jour, de 18 à 20 heures. Un emploi du temps auquel BCE s’astreint scrupuleusement, mais auquel il lui arrive de ne pas se conformer, lorsque, par exemple, il s’est rendu au chevet du chef du gouvernement, Habib Essid, alors hospitalisé.
On apprendra aussi que Béji Caïd Essebsi est un invétéré dévoreur de livres, depuis sa prime enfance, dit-il, révélant qu’il était en train de lire avec avidité un ouvrage sur l’ex Premier ministre britannique Winston Churchill et sur les péripéties qu’il avaient endurées, plus particulièrement l’ingratitude de ceux qu’il avaient aidés et pris sous son aile, et qui sont parvenus à l’éjecter de la scène politique. Une fin qui a fait dire à BCE qu’ « il ne fait se fait pas d’illusions sur sa situation actuelle, étant toujours prêt à toutes les éventualités ». Et il ne s’est pas fait faute de rappeler ce qu’il avait écrit à ce sujet dans son livre sur Bourguiba : « Il n’est pas de votre droit de ne pas savoir que l’ingratitude est un hommage que les grands peuples rendent aux grands hommes ».
Bourguiba, c’est du pain bénit pour son lointain successeur. « J’ai tout appris de lui », affirme BCE tout en tenant à préciser que c’est Bourguiba qui l’a choisi, et pas le contraire, et ce à travers son fils, Habib Bourguiba jr qui était son ami et son camarade de classe au collège Sadik et à l’université. Il a affirmé que sa première rencontre avec Bourguiba a changé totalement sa mentalité, découvrant en lui l’homme cultivant une qualité à nulle autre pareille chez autrui : il ne court pas derrière l’argent, allant jusqu’à ignorer combien vaut un dinar, sert-il à acheter une maison ou un paquet de cigarettes. « J’ai côtoyé Bourguiba pendant 30 années, et je ne lui ai jamais faussé compagnie, même si j’ai eu des désaccords avec lui, mais il ne m’a jamais abandonné ; et au plus fort des campagnes dirigées contre ma personne, c’était lui qui me défendait », a-t-il dit, sans omettre d’affirmer que « Bourguiba reconnaissait mes talents ».
Quand BCE se défend de tout népotisme en faveur de sa famille, surtout de son fils
Interrogé sur « l’ingérence » de sa famille dans les affaires de la Présidence et de la gestion du pays, Béji Caïd Essebsi a pris à témoin tous ses collaborateurs pour affirmer qu’il n’en est rigoureusement rien. Il a souligné que son épouse « n’est jamais intervenue dans les affaires politiques ni par le passé ni de nos jours, et ce durant 58 ans de vie conjugale, démentant « toutes les rumeurs mensongères ou délibérées » propagées à ce propos. Il a affirmé en outre qu’il n’a jamais nommé un membre de sa famille au poste de ministre, de secrétaire d’Etat, de directeur ou même de délégué, estimant que « tout ce qui est colporté sur ma famille n’est qu’une opération délibérée dirigée contre ma personne ». Evoquant surtout son fils Hafedh, il a affirmé que la succession par voie de filiation est révolue en Tunisie, ajoutant que l’accès au pouvoir ne se fait que par les urnes. « J’ai conseillé à mon fils, voire lui ai demandé de quitter le parti Nidaâ Tounès afin d’arrêter les menées de ceux qui surfent sur la question de la succession filiale pour me porter atteinte », a-t-il dit, ajoutant que « d’habitude, la succession se fait au niveau de l’Etat et non à celui du parti, et tout ce que je dis à ceux-ci : vos tentatives malveillantes ne réussiront pas, je suis l’unique président qui n’a nommé nul membre de sa famille à un poste politique. Je sais ce que je fais et ce que je ne dois pas faire ».
Au sujet des promesses qu’il avait faites à maintes reprises lors de sa campagne électorale et qui sont restées lettre morte, BCE a indiqué que depuis qu’il est président de la République, il est en train de tenir les promesses qu’il a faites aux Tunisiens, soulignant que ceux-ci doivent savoir que le président de la République n’exerce pas seul le pouvoir. « J’ai présenté au Parlement une initiative concernant le règlement du dossier des hommes d’affaires, qui a soulevé une levée de boucliers, il y a eu même ceux qui sont descendus dans la rue », a-t-il dit.
Interrogé enfin sur la « répartition des rôles entre laïques et islamistes », Béji Caïd Essebsi a affirmé qu’il « n’y croit pas », se défendant d’avoir converti Rached Ghannouchi à « l’islam tunisien », affirmant que c’est Ghannouchi qui en fait sa religion. « Et c’est alors que je lui ai souhaité la bienvenue, car s’il s’était accroché à l’islam politique, je l’aurai combattu, l’essentiel c’est que nous avons instauré la stabilité dans notre pays », a-t-il conclu.








