Les élections sont un moment important du système démocratique. Leur périodicité, le climat dans lequel elles se déroulent et le comportement des participants envers les résultats qui les sanctionnent sont un indice de la maturité des peuples et des élites. Ce grand rendez-vous constitue un signe révélateur de la disposition des peuples à se conformer aux règles démocratiques et de leur adhésion à la démocratie comme mode d’organisation de la vie publique.
La retenue et parfois la modestie affichée par les cinq principaux partis qui ont remporté le scrutin (Nidaa Tounès, Ennahdha, l’UPL, le Front Populaire et Afaq Tounès), se sont ajoutées au bon déroulement du scrutin pour montrer que le peuple et une partie des élites sont mûrs pour le jeu démocratique. Mais, ce qui a fait un peu peur, c’est le comportement des partis qui ont tourné en eau de boudin.
D’ailleurs, le président de la République et celui de l’ANC n’ont pas pris l’initiative à la fin du scrutin de féliciter le peuple tunisien et rendre hommage aux forces armées et de sécurité pour le bon déroulement de la consultation électorale. Les observateurs ont vu dans ce ratage une attitude politique envers le scrutin qui n’a pas été favorable à leurs partis et à leur vision de la Tunisie de demain.
Mustapha Ben Jaafar a félicité le peuple et les gagnants dans une conférence de presse, tenue mercredi, qui a revêtu un caractère polémique, et ce n’est que le vendredi que la présidence de la République a publié un communiqué de félicitations.
On peut comprendre l’émotion ressentie par ces partis qui ont recueilli peu de suffrages, justement parce qu’ils ont toujours pensé qu’ils pèsent beaucoup sur la scène politique. D’ailleurs, la plupart d’entre eux ont présenté un candidat aux présidentielles, et chacun d’eux imagine devenir le pivot de la vie politique après la période transitoire. Et pour confirmer cette présomption, ils ont presque tous réagi négativement à la proposition faite par Ennahdha de choisir un président consensuel. Ni Mohamed Hamdi de l’Alliance démocratique, ni Néjib Chebbi d’Al Joumhouri, ni encore Mustapha Ben Jaafar d’Ettakattol ou Moncef Marzouki du CPR n’ont admis cette idée. Ils sont allés jusqu’à dire qu’elle recèle des arrière-pensées non démocratiques. Mais beaucoup d’entre eux reviennent à la proposition qui est censée cette fois juguler l’avancée de Nidaa Tounès et barrer la route au retour des Rcédistes.
L’échec cuisant des partis qui se sont alliés à Ennahdha depuis mars 2011 (Ettakattol et le CPR avec ses variantes dissidentes : Wafa et le Courant démocratique) ou ont rejoint le parti islamiste en 2013 (l’Alliance démocratique, Al Joumhouri et le Mouvement Chaab,) dans les élections législatives, a poussé ces formations politiques à intensifier les concertations pour imposer un candidat aux présidentielles. Ces partis ont choisi de prendre pour cible Béji Caïd Essebsi (BCE), mettant tout en œuvre pour lui barrer la route de Carthage, et agitant l’épouvantail du retour de l’ancien régime.
En fait, c’est Mustapha Ben Jaafar qui a donné le coup d’envoi de cette campagne, mercredi. Il a confectionné une nouvelle bannière qui doit réunir tous les perdants « la famille social-démocrate » et cherché la légitimité historique en appelant à la rescousse Ahmed Mestiri et Ahmed Ben Salah. Ben Jaafar qui a reconnu que les résultats des élections législatives étaient « un choc » pour son parti et pour le reste des partis sociaux-démocrates, a recommandé aux dirigeants politiques appartenant à cette famille politique de mener un dialogue dans les plus brefs délais pour convenir d’un candidat commun à l’élection présidentielle.
« Les sociaux-démocrates qui ont échoué aux législatives et les personnalités nationales, comme Ahmed Mestiri et Ahmed Ben Salah, n’ont pas le droit de ne pas agir pour rééquilibrer la scène politique, lors des prochaines élections et pour la suite, en unifiant leurs partis », préconise-t-il.
Mercredi et jeudi, des informations ont fait état de rencontres entre des dirigeants d’Al Joumhouri et ceux d’Ettakatol dans l’objectif de se mettre d’accord sur un candidat unique de cette « famille de centre-gauche », jugeant que l’éparpillement des voix favorisera BCE. Ils ne veulent pas que le parti gagnant des législatives soit le même qui remporte la présidentielle.
Néjib Chebbi s’est entretenu, jeudi, avec Moncef Marzouki au palais de Carthage et chacun des deux a voulu convaincre l’autre de se retirer.
Des quatre candidats proposés à se retirer des présidentielles, deux uniquement (Mohamed Hamdi et Mustapha Ben Jaâfar) ont accepté de retirer leur candidature s’il y a un candidat unique et consensuel.Quant à Néjib Chebbi et Moncef Marzouki, ils refusent apparemment la proposition et se voient déjà gagnants. Néjib Chebbi a fait valoir vendredi matin son passé de militant et ses exploits de leader incontournable de cette famille de centre-gauche. Et tous les observateurs ont vu dans son discours une anticipation sur la réunion qui devait se tenir vendredi soir et à laquelle assistera Maya Jéribi.
Ne cachant pas sa fierté de voir son ancienne proposition ressuscitée, et son soutien sollicité par ceux-là mêmes qui l’avaient déclinée auparavant, le parti Ennahdha garde toujours une position neutre, recommandant aux quatre dirigeants de se mettre d’accord pour donner au Conseil de la Choura l’occasion de trancher.
Aboussaoud Hmidi








