Les implants médicaux comme les stimulateurs cardiaques peuvent être altérés de façon à entraîner la mort de ceux qui les portent sans laisser de trace. Mais la course est lancée pour trouver des moyens de démasquer le crime
C’est le crime parfait: pirater le stimulateur de quelqu’un par une connexion sans fil assez longtemps pour entraîner son arrêt. Une fois le mal est fait, les signaux radio auront déjà disparu depuis longtemps et les soupçons sur la cause du décès sont exceptionnellement difficiles à prouver.
Maintenant, une équipe de spécialistes en médecine légale, en collaboration avec leurs collègues de la sécurité numérique, travaille sur un logiciel qui prouverait qu’un piratage mortel d’un implant a été commis.
Les inventeurs en sont deux Tunisiens, le cryptographe Noureddine Boudriga, de l’Université de Carthage et le médecin légiste Mohamed Allouche, de l’Université de Tunis El Manar qui ont développé des logiciels qui peuvent informer un pathologiste pratiquant une autopsie si un implant cardiaque a été entaché avant la mort, rapporte la revue médicale « New Scientist ». S’il est signalé comme suspect, une enquête pourrait alors être ouverte alors qu’auparavant l’attaque serait passée inaperçue.
Pour mettre au point le logiciel, l’équipe a d’abord demandé à un pathologiste d’établir la séquence des événements médicaux qui pourraient conduire à la mort d’une personne par un défibrillateur implanté, un dispositif qui émet un choc au niveau du cœur qui bat de manière anarchique pour le ramener à un rythme normal. Ils ont ensuite travaillé sur tous les scénarios potentiellement mortels, que l’appareil peut effectuer. Ces scénarios comprennent l’envoi d’une série de chocs courts au défibrillateur en vue d’accélérer le rythme cardiaque d’un patient et provoquer une arythmie fatale, ou de changer le seuil à partir duquel il commence de sorte que le dispositif soit inopérant pour sauver une vie. Tous ces événements laissent des traces numériques dans les informations enregistrées sur le défibrillateur.
Puis, durant l’autopsie, le logiciel va automatiquement chercher des traces pour voir si l’appareil a effectué une série d’actions qui suggèrent une attaque mortelle. Dans l’affirmative, le décès est considéré comme suspect. Le logiciel peut être personnalisé pour une utilisation sur tout dispositif médical.
En outre, l’équipe propose une nouvelle classe d’implants où les données sont protégées. « Ce serait une technique à toute épreuve», a affirmé Noureddine Boudriga, qui espère maintenant que les fabricants d’équipements médico-légaux s’intéresseront à cette nouvelle technologie.








