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samedi 28 novembre 2020
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Tunis-économie : La descente aux enfers, selon Houcine Dimasssi

Avec la recrudescence de violences en Tunisie, la situation économique se détériore davantage surtout que le rythme de croissance du PIB demeure trop faible puisqu’il se situe encore au-dessous de 3%.

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Pour l’expert économique et ex-ministre des Finances, Houcine Dimassi, on ne pouvait pas s’attendre à une moins mauvaise situation étant donné que plusieurs activités économiques clefs n’ont pas pu réussir à retrouver leur niveau de production d’avant la révolution, c’est-à-dire de 2010. Il s’agit notamment de l’extraction du gaz et du pétrole, des mines et leurs dérivés, du tourisme, du textile, habillement, cuir, des industries de matériaux de construction, du bâtiment et des travaux publics.

Il en a évidemment résulté, selon Dimassi, une grave détérioration des principaux paramètres macroéconomiques : déficit intenable des finances publiques, accentuation démesurée du déficit de la balance commerciale, effondrement de la parité du dinar par rapport aux principales monnaies étrangères de transaction, assèchement des liquidités bancaires ; etc.

« En termes d’emploi, la situation est loin d’être plus brillante », a précisé l’économiste dans une déclaration à Africanmanager. Selon l’API, rien que dans les industries manufacturières, on a perdu en net 1 860 emplois, durant le seul mois d’octobre dernier. Ce gâchis a touché toutes les activités industrielles et plus particulièrement le « textile habillement cuir » (- 1 150), les « industries agroalimentaires » (-620), les « industries de matériaux de construction » (-170) et les « industries mécaniques et électriques » (-60).

L’index boursier, auquel se réfère Cheikh Rouhou dans une déclaration récente pour signaler que l’économie tunisienne a connu une amélioration, est un indicateur qui reflète un phénomène purement spéculatif. De ce fait, il ne donne pas une image correcte de l’ossature économique du pays.

Deux mesures d’extrême urgence

Evoquant le dinar tunisien, il a constaté que sous la contrainte d’un quasi épuisement total des réserves en devises, le dinar a été dévalué de 10%. Au cours de l’année passée, le dinar s’est dégradée d’environ 10% par rapport à l’euro, et ce malgré des réserves en devises équivalentes à environ 100 jours d’importations. « Cette tendance résulte de plusieurs facteurs combinés dont notamment la forte détérioration de notre balance commerciale », a-t-il expliqué.

Pour arrêter cette descente aux enfers, Houssine Dimassi a recommandé deux mesures d’extrême urgence. Il s’agit du retour à leur fonctionnement normal de deux activités clefs en matière de devises, à savoir le tourisme et les phosphates et leurs dérivés. Notons que depuis la révolution, ces deux activités vitales piétinent sensiblement non à cause de handicaps économiques mais à cause de turbulences sociales et sécuritaires. Houcine Dimassi a, dans ce cadre, fait remarquer que le prochain gouvernement a donc en priorité à éradiquer le terrorisme, d’une part, et à mettre fin aux débrayages des pseudo-travailleurs du bassin minier, d’autre part. « Sans ces deux difficiles mesures, il ne peut y avoir ni paix sociale et politique, ni reprise économique », a-t-il affirmé.

Pour 2014, Houssine Dimassi prévoit qu’elle ne serait pas nécessairement meilleure que l’année 2013 sur le plan économique. D’après lui, trois principaux facteurs sont derrière cette projection : la persistance du flou politique et des turbulences sécuritaires, le ralentissement de l’investissement dans les secteurs productifs et l’accentuation de la crise économique européenne. C’est pour cette raison que « le taux de croissance du PIB de 4% prévu par le ministère du Développement pour l’année 2014 nous parait un peu farfelu », a-t-il dit.

Les répercussions des attentats peuvent être fatales pour le tourisme

Réagissant aux derniers incidents ayant connu Sousse et Monastir, l’économiste a remarqué que ces turbulences d’après la révolution n’ont fait qu’aggraver cette situation. Pis, ces turbulences viennent au moment où l’activité touristique souffre d’un grand nombre d’anomalies structurelles.

Jusqu’au 20 octobre dernier, les recettes touristiques ont atteint 2 665 millions de dinars contre 2 621 millions de dinars pour la même période de 2012, ce qui correspond à une progression de 1.7%.

Pour Dimassi, cette apparente progression ne reflète pas une meilleure performance du secteur mais plutôt une sensible dépréciation du dinar par rapport à l’euro. En dinars à parité constante, les ressources touristiques, a-t-il dit, se sont repliées d’environ 10%. Les répercussions de l’attentat-suicide devant un hôtel à Sousse peuvent être fatales pour le tourisme, surtout si ce genre d’attentats se multiplie. Les choses deviennent encore plus inquiétantes au cas où les terroristes prendraient désormais pour cibles les secteurs vitaux de l’économie.

Wiem Thebti

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