AccueilLa UNETunis : Ennahdha a-t-il lâché Marzouki ?

Tunis : Ennahdha a-t-il lâché Marzouki ?

En analysant aussi bien les humeurs que les comportements politiques, on se rend compte que le climat politique a vraiment changé en Tunisie, ces dernières 48 heures.

Côté humeurs, l’irritation perceptible contre Ennahdha chez Béji Caïd Essebsi (BCE) et les attaques des dirigeants islamistes contre Nidaa Tounès, faisant miroiter les épouvantails d’ettagaouel (hégémonisme) et du retour imminent de l’ancien régime, symbole de la tyrannie et de la corruption, sont en train de céder la place à des sentiments plus positifs et à un langage déférent du vis-à-vis et faisant moins peur à l’électeur. Cependant, il y a des islamistes qui n’ont pas encore accordé leurs violons avec les nouvelles réalités, peut-être sous l’effet de convictions radicales ou par manque de coordination avec les décideurs sur place. Le plus illustre d’entre eux est Radhouane Masmoudi qui fait comme si de rien n’était.

Il n’est pas difficile de déceler, côté attitudes politiques, que l’esprit belliqueux a été remplacé par un esprit de coopération entre les deux importantes formations politiques, donnant lieu à des tractations fructueuses qui se sont poursuivies ces deux derniers jours et se sont soldées par des accords sur l’élection du président de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) et de ses adjoints. Plusieurs observateurs ont décelé dans ces accords les bases d’une alliance qui devrait durer 5 ans. Les pourparlers ont abouti à faire émerger un bloc de plus de 170 sièges et permis à Mohamed Ennaceur, candidat de Nidaa Tounès, de postuler seul au perchoir de la présidence de l’ARP, recueillant 176 voix sur 217, alors que la représentante de l’Union Patriotique Libérale (UPL) qui s’est présentée seule elle aussi en a obtenu 150 voix, et Mourou, représentant d’Ennahdha 157.

Ces derniers jours, on a senti que les trois premières forces politiques du pays (Nidaa Tounès, Ennahdha et l’UPL) ont chacun de sa part lancé une stratégie visant à valoriser leurs acquis électoraux respectifs et à s’insérer dans une équation politique qui fait de chacun d’eux un élément essentiel de la nouvelle étape. Les trois forces reconnaissent également leurs limites et la marge réduite qui est la leur. Cette nouvelle conscience chacun l’a acquise en empruntant sa propre voie. Le premier qui en était vraiment convaincu et l’a érigée comme règle de gouvernance, c’est Nidaa Tounès. Il a accueilli les résultats avec modestie et dit tout haut dès les premières heures qu’il ne gouvernera pas seul. Le parti Ennahdha, pour sa part, a pris les choses autrement. Il s’est cramponné aux acquis des dernières années et misé sur les présidentielles pour inverser la tendance de la nouvelle réalité. Seulement, l’orientation dangereuse prise par le cours des évènements (les manifestations anti-BCE au sud du pays et la jonction entre la campagne de Marzouki et les éléments les moins fréquentables, les Ligues de Protection de la Révolution(LPR) et les salafistes, les écarts du discours (Taghout et autres) ont alerté l’opinion publique nationale et même internationale sur les risques de division du pays, mettant dans l’embarras le parti islamiste qui se présente comme modéré. C’est à ce moment-là que les offres de BCE ont commencé à intéresser Ennahdha et à mettre Marzouki hors de ses gonds. Les appels faits des recours auprès du tribunal administratif(TA) introduits par le staff électoral du candidat au deuxième tour, malgré un engagement solennel de sa part de ne pas le faire (annoncé par Rached Ghannouchi lui-même à la Nation et au Quartet) ont fait le reste en consommant la rupture entre les reliques de la troïka.

L’UPL, lui, connaît mieux que les autres ses points forts et ses limites, mais il a l’air d’exploiter (jusque-là, judicieusement) la marginalisation des anciens partis lors des deux derniers scrutins pour revendiquer le leadership d’une jeunesse apolitique qui aspire au bien-être et à la réussite personnelle.

Le Front Populaire (FP) semble se placer en dehors de l’équation du moment. Veut-il préserver son unité ? Ou compte-t-il jouer la carte de l’opposition radicale, en prévision d’un virage libéral qui se dessine à l’horizon ? Le problème de la gauche en général et du FP en particulier, c’est qu’ils ont toujours misé depuis les années 1960, sur la « force d’inertie » d’une opposition radicale au moment où l’énergie générée par des opportunités qui s’ouvrent réellement à eux, les associant au pouvoir et leur permettant de s’initier à la chose publique, et de loin plus enrichissante et galvanisante.

L’équation du moment se résume donc en trois éléments, primo, l’émergence d’un bloc parlementaire regroupant plus de 170 députés, qui sera la base des alliances parlementaires et gouvernementales ; secundo, la marginalisation de Moncef Marzouki non pas comme symbole politique, mais comme mode de pensée et d’action ; tertio, le FP choisit de ne pas s’impliquer dans la conjoncture. Tout semble indiquer que cette situation peut durer encore longtemps, mais les revirements sont toujours possibles.

Aboussaoud Hmidi

- Publicité-

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Réseaux Sociaux

108,654FansJ'aime
480,852SuiveursSuivre
5,135SuiveursSuivre
624AbonnésS'abonner
- Publicité -