La décision du gouvernement de Mehdi Jomaâ de geler lactivité de 150 associations, illégales ou soupçonnés de liens avec le terrorisme a soulevé une cascade de réactions et une polémique sans précédent. Parmi les réactions les plus virulentes enregistrées après la décision de fermeture des mosquées hors la loi et les associations, émerge celle dun site salafiste sur facebook qui compare Mehdi Jomaâ à lancien président déchu, Ben Ali tout en le vouant aux gémonies et en implorant Dieu de « châtier ceux qui ont pris cette décision de fermeture des lieux de culte ».
Dans cette vidéo qui circule, actuellement, sur les réseaux sociaux, on peut voir des photos de forces de sécurité et une bannière où il a été écrit : « Les noms ont changé, mais l’injustice est la même ». On voir aussi à travers cette vidéo la photo dun véhicule de police où est inscrit en surimpression : « Brigade de fermeture des lieux de culte ».
Une réaction attendue de la part des salafsites. Quelques heures après lannonce de cette décision, le président de l’Association zeitounienne de la genèse du Prophète, Férid Béji, a averti, dans une déclaration à Africanmanager, contre la décision de Mehdi Jomaâ de fermer les mosquées anarchiques, soulignant quil sagit dune décision « très indulgente » et « témoigne de la faiblesse de lEtat ».
« Décision non démocratique »
Sagissant des associations, lactiviste au sein de lobservatoire tunisien des droits et libertés, Rafik El Ghak a mis le gouvernement au défi de pouvoir présenter des documents prouvant limplication de associations suspendues dans des activités présumées de financement du terrorisme, soulignant que la cellule de crise a gelé les activités des associations qui sont déjà fermées ou qui nont pas encore été créées.
Rafik Ghak a dénoncé la fermeture dun certain nombre dassociations alors que leurs propriétaires sont toujours en liberté et a annoncé que des unités spéciales et la justice sont plus aptes à soccuper de ce genre daffaire.
Quant à Habib Ellouz, membre dirigeant du mouvement islamiste Ennahdha, il a déclaré que les décisions de suspendre lactivité de plus de 150 associations sont illégales et contraires à la loi. Selon lui, certaines de ces associations quil connaît en personne, nont absolument rien à se reprocher du point de vue légal.
Habib Ellouz a qualifié le comportement du gouvernement dans ce sens de « non démocratique » et a expliqué quil nest pas de son ressort de décider la suspension ou non de lactivité de ces associations, soulignant quil sagit de laffaire du pouvoir judiciaire.
« Une décision disproportionnée et arbitraire »
Pour sa part, lorganisation internationale, Human Rights Watch a fortement critiqué la suspension d’activité imposée par le gouvernement tunisien à plus de 150 organisations, précisant quil sagit dune décision disproportionnée et arbitraire. « Les autorités tunisiennes ont de bonnes raisons de combattre le terrorisme mais elles ne devraient pas agir en dehors du système judiciaire et bafouer des droits protégés par la Constitution et par la loi», a déclaré Eric Goldstein, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.
« Aux termes de la loi de 2011, les associations sont tenues de « respecter les principes de l’État de droit, de la démocratie, de la pluralité, de la transparence, de l’égalité et des droits de l’Homme » tels que définis par les conventions internationales ratifiées par la Tunisie, et il leur est interdit d’inciter à la violence, à la haine, à l’intolérance et à la discrimination fondée sur la religion, le sexe ou la région », souligne HRW.
La loi stipule également que seuls les tribunaux sont habilités à déterminer si une association doit être suspendue ou dissoute. Ceci implique un processus en trois étapes, dans lequel l’association reçoit d’abord une mise en demeure de remédier à l’infraction commise, suivie le cas échéant par une suspension d’activité de trente jours décidée par le tribunal de première instance de Tunis sur requête du gouvernement. À l’expiration de cette période, si l’association n’a pas remédié aux infractions, le même tribunal peut ordonner sa dissolution.
Khadija Taboubi








