Que reproche-t-on à la loi des finances complémentaire 2015 pour être si vivement décriée ? Le gouvernement pensait cependant dur comme fer qu’on ne pouvait pas faire mieux dans une conjoncture que tout le monde s’accorde à trouver difficile. Le fait est que les critiques fusent de toute part et même de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) qui s’apprête à lui consacrer une séance plénière, le mardi 4 août.
Ces critiques ou pour employer un euphémisme, ces « réserves » de la représentation nationale tournent autour de maintes « omissions », notamment l’absence de mesures radicales pour s’attaquer aux problèmes qui hypothèquent l’activité économique et sociale. Ces griefs émanent de la commission des finances, de la planification et de développement dont les membres veulent « approfondir l’examen des articles de la LFC et lui apporter les amendements nécessaires ».
C’est le cas du député Slim Besbes qui a estimé que la version actuelle du texte ne reflète pas un projet élaboré par un gouvernement stable qui a pris ses fonctions dans le cadre d’une conjoncture difficile, laquelle s’est aggravée avec les dernières attaques terroristes. Au demeurant, il a exigé que soit accordé à l’ARP le temps nécessaire pour examiner ce projet. Il a rappelé que le budget pour l’exercice 2015 a été adopté sous la pression, une pression liée notamment à un engagement constitutionnel visant à garantir un cadre financier légal facilitant le travail du gouvernement actuel.
Pour son collègue de l’UPL, Mohsen Hassan, ce projet est une déception alors qu’il s’est basé sur des hypothèses objectives liées à la régression du taux de change de dinar, la baisse des prix du carburant et du taux de croissance. Vu cette conjoncture exceptionnelle, ledit projet devrait comporter des mesures et des réformes structurelles visant à impulser l’investissement privé.
Il s’agit, précise-t-il, de l’amnistie fiscale, la conciliation fiscale, l’amnistie pour les crimes de change et la réconciliation avec la douane et la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) afin de fournir un climat favorable à la dynamisation de l’investissement, ne s’exceptant pas, par ailleurs, de flétrir « l’absence de mesures radicales visant à lutter contre la contrebande et d’une politique claire dans ce domaine ».
Autre grief, celui formulé par l’élu Sami Fatnassi qui a souligné qu’une grande partie de ce projet a été réservée au tourisme, alors que les autres secteurs n’ont pas bénéficié de l’intérêt requis, tel que le secteur agricole qui a été touché à cause de la crise du tourisme.
Il a appelé dans ce cadre à l’adoption de mesures urgentes au profit de l’agriculture, un secteur sinistré soulignant le repli de la récolte céréalière qui a atteint 5 millions de quintaux contre 23 millions de quintaux en 2014.
Déception, le mot est revenu aussi dans la bouche du président même de la commission des finances, de planification et de Développement, Mongi Rahoui. C’est, a-t-il dit, une déception pour les Tunisiens au motif que la LFC ne comporte pas de réformes et des mesures à même de les rassurer sur leur présent et leur futur. Il trouve encore que le texte ne prévoit pas de dispositions qui concernent l’évasion fiscale ou la lutte contre la contrebande, le renforcement de la croissance et de l’emploi, l’impulsion de l’investissement, la lutte contre la pauvreté et les disparités régionales.
Du côté des experts, des lacunes sont repérées dans le projet de la LFC. L’économiste Moez Joudi, dans une déclaration à Africanmanager, s’est dit inquiet de l’absence d’une forte volonté et du courage qu’il faut pour assurer la relance économique. « La Tunisie est plus que jamais dans l’alternance. La politique de rigueur ne pourrait jamais réaliser une vraie relance en l’absence de mesures fortes et rigoureuses ».
Toutefois, il a reconnu que « le projet de la loi des finances complémentaire pour l’exercice 2015 démontre un bon état d’esprit chez le gouvernement en place ». Il a précisé que cet état d’esprit se traduit par la batterie de mesures prises en conformité avec la conjoncture actuelle, et avec une forte volonté d’assurer la stabilité.
« Le projet LFC a montré la concentration des autorités sur le dossier sécuritaire, et c’est important, car on ne pourrait jamais parler de développement ni d’économie si on n’arrive pas à assurer la stabilité », a-t-il souligné tout en se félicitant la récente mesure relative à la mise en place d’un budget complémentaire de 306MD au profit des institutions militaires et sécuritaires.
« Ce sont des mesures importantes pour le domaine sécuritaire, économique et social », a encore poursuivi l’économiste affirmant que cette démarche vise à booster l’activité économique à travers à la promotion des PMEs et de l’emploi, mais aussi à lutter contre la contrebande pour donner plus d’avantages aux entreprises.
Dans le même contexte, il a fait savoir que ce projet de LFC semble plus réaliste avec la révision à la baisse du taux de croissance du pays de 3 à 1% et la réduction des dépenses de l’État de 29 milliards de dinars à 27.9 milliards de dinars. ” Cette démarche est une reconnaissance de la part des autorités de la gravité de la situation” affirme-t-il, précisant qu’elle reflète une forme de transparence qui aiderait l’économie du pays à sortir de l’ornière.








