L’année 2015 a été diversement commentée par les experts en maints domaines dont Africanmanager a sollicité les avis. Mais, ils ont été quasi unanimes pour affirmer que l’année qui s’achève a été très difficile et pour certains, carrément catastrophique. Florilège :
Sécurité : Année sanglante par excellence…
L’expert en sécurité stratégique et ex-Colonel de la Garde Nationale, Ali Zeramdini a déclaré que 2015 s’est distingué par deux spécificités.
« C’est une année sanglante étant donné qu’elle a touché au plus profond l’élément humain. D’ailleurs, le nombre des victimes ( agents de sécurité/citoyens) vient confirmer cette équation », a-t-il dit.
Pour le deuxième caractéristique, il a mis l’accent sur le volet économique et social qui s’est aggravé surtout après l’attentat de Sousse en juin dernier qui a fait au moins 37 morts et 36 blessés.
Malgré cet incident tragique, l’appareil sécuritaire a bien joué son rôle en réalisant des résultats positifs, a ajouté Ali Zeramdini citant le démantèlement d’un grand nombre des cellules dormantes qui ont planifié l’exécution de maints attentats terroristes, à savoir le démantèlement de la cellule terroriste Katibat El Forqan et l’arrestation de 31 de ses membres ainsi que la découverte d’un grand nombre de caches d’armes dans plusieurs régions.
« C’est une année de réussite pour le corps sécuritaire malgré les frappes dures portés au pays », a encore noté l’expert en sécurité stratégique relevant la réussite de ce corps à éliminer de nombreux chefs terroristes algériens et tunisiens comme Lokmane Abou Sakhr.
Ali Zeramdini a indiqué qu’une grande mobilisation de tous les acteurs a forcé le gouvernement à considérer la lutte contre le terrorisme comme une priorité absolue. C’est une démarche stratégique, selon ses dires, car, la guerre est longue dans l’espace et dans le temps.
Fayçal Cherif, analyste militaire et expert en politiques sécuritaires partage la même position affirmant que « l’année 2015 a été très difficile en raison de la recrudescence des attaques terroristes».
Ces attentats ont fortement nui au pays surtout à son économie.
Malgré la gravité de la situation, l’expert en sécurité a appelé les autorités en place à s’engager au cours de l’année prochaine à améliorer la situation financière, sociale des agents de la sûreté ( la construction des logements, augmentation des salaires…).
C’est important, a-t-il noté, pointant du doigt l’absence d’une volonté politique pour la réalisation de cet objectif.
Politique : Année difficile
C’est une année difficile, selon l’analyste en politique, Jomâa Guesmi, affirmant que la classe politique n’a pas réussi à traiter les répercussions de la Troika au pouvoir tout en choisissant de renvoyer ce dossier à l’année prochaine.
« 2015 était considéré comme une passerelle pour entamer une nouvelle étape en 2016 qui sera plus difficile, si les efforts ne sont pas déployés pour relever l’ensemble des défis confrontés », a noté Jomâa Guesmi rappelant que l’année 2015 a été marquée par une série d’ événements à commencer par le volet économique en passant par la politique, le social et surtout la sécurité étant donné qu’elle était une année sanglante par excellence .
Social : Une année décevante
Abderrahmane Hedhili, président du Forum Tunisien des Droits Economiques (FTDS) a, pour sa part qualifié cette année de « décevante »..
Il a dans ce cadre précisé que le gouvernement en place n’a pas réussi à dépasser cette étape transitoire d’autant moins l’ensemble de projet- lois relatifs au budget de l’Etat n’étaient pas à la hauteur.
Ces lois n’ont pas pris inclus une série de réformes de manière à promouvoir l’emploi, le développement et l’égalité régionale.
Economie : l’année de toutes les polémiques !
L’expert en économie , Mourad Hattab a dressé le bilan de 2015 en indiquant qu’il s’agit d’une exercice un peu délicat pour plusieurs raisons à commencer par l’entrée de la Tunisie dans une économie de guerre.
Il a dans ce cadre remarqué un certain changement en termes de paramètres relatifs à l’épargne nationale, à la consommation et l’investissement de manière générale.
« Le coût de frappes terroristes varie entre 3 et 4 milliards de dinars, si on considère le manque à gagner du secteur extérieur », a dit l’économiste mettant l’accent sur la facture consacrée pour éradiquer le fléau terroriste. D’ailleurs, le budget consacré à la sécurité qui n’a pas cessé de grimper d’une année à une autre contre un manque flagrant en termes d’attractivité des investisseurs.
2015 était aussi une année de toutes les polémiques sur l’endettement public du pays. C’est une autre caractéristique dévoilée par Mourad Hattab expliquant que l’endettement de la Tunisie s’est élevé à 43 millions de dinars fin septembre 2015, ce qui représente le coût de 300 airbus 320, de 20 mille logements moyens et de 1.6 millions de voitures moyennes.
D’après lui, l’endettement est toujours non productif et il est devenu insoutenable au vu du colossal et immense service de la dette et par rapport aussi à des questions qui se posent en matière des stratégies de la gestion des dettes. Comme justification, l’économiste a fait savoir que la Tunisie est l’un des rares pays au monde qui ne dispose pas d’une agence du financement et de la gestion de la dette.
En outre, , Mourad Hattab a pointé du doigt la pauvreté notamment dans son sens général.D’après lui, c’est un phénomène enraciné et difficile à combattre. « Les Tunisiens ont été choqués par la découverte de la réalité des conditions de vie de plusieurs franges de la population, et ce, dans plusieurs zones de la Tunisie », a-t-il remarqué.
Selon les statistiques, 1.5 millions de Tunisiens souffrent directement de la pauvreté suivant l’approche monétaire du terme.Ajoutons à cela qu’on commence à enregistrer des nouveaux pauvres selon plusieurs études crédibles également parmi les salariés.
Outre ces caractéristiques, Mourad Hattab a relevé que « 2015 était une année d’asphyxie financière pour les PMEs tunisiennes en raison de l’insuffisance de liquidité financière qui s’est aggravée pour frôler les 5 millions de dinars.
A la lumière de cette situation socio-économique complexe, l’économiste a estimé qu’ « il est plus au moins difficile de prévoir ce que sera la situation en 2016, mais on est certain que la Tunisie ne peut pas attendre de miracle d’ici quelques mois ».
De son côté, Adel Grar, président de l’Association des intermédiaires en Bourse a déclaré que l’année 2015 était une année de challenge sur tous les niveaux essentiellement l’économie et la politique.
« Nous avons vécu des périodes assez difficiles dont les impacts ont été lourds sur l’économie, l’investissement et le pouvoir d’achat des citoyens», a constaté Grar signalant par ailleurs que des signaux positifs ont été affichés ces derniers mois de cette année touchant principalement le volet macro-économique S’y ajoute une légère amélioration du taux de l’inflation.
Pour 2016, l’économiste s’est dit optimiste surtout que la Tunisie abritera bientôt la conférence internationale sur l’investissement.
Pas de volonté de mettre fin à la corruption
L’année 2015 a été aussi marquée par l’absence d’une volonté concrète de la part du gouvernement et des parties concernées pour lutter contre la corruption, a signalé Mouheb Karoui, président de l’organisation « I Watch » précisant que « rien n’a changé au cours de cette année et l’ensemble des intervenants attendent encore l’application de la loi anti-blanchiment d’argent ».
Pour Mouheb Karoui, le gouvernement devrait donner l’exemple et inciter le citoyen à dénoncer le recours à la corruption.
Interrogé sur ses estimations par rapport à 2016, le président de « I Watch » a déclaré qu’ « on a reçu des promesses de la présidence du gouvernement pour la mise en place des nouvelles mesures en la matière ».
Justice : Pas de changement
Pour l’ex présidente de l’Association des magistrats tunisiens, Raoudha Labidi, 2015 était une année difficile et chaque partie est appelée à faire une lecture critique de son rendement pour pouvoir dépasser l’étape actuelle.
Pour le corps judiciaire, Raoudha Labidi a fait savoir que le rendement de l’ensemble des juges a connu une amélioration par rapport aux années précédentes.
« Le rendement s’est amélioré également au niveau de la question de lutte contre le terrorisme, et ce, loin des tiraillements politiques », a noté la juge avant de relever l’absence d’un climat favorable pour accomplir l’administration de la justice .Les difficultés financières du pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme en demeurent l’une des raisons…
D’après elle, beaucoup reste à faire étant donné que la Tunisie fait encore face à une multiplicité des défis. « On devrait passer à l’action et activer les lois promulguées pour qu’on puisse réaliser les objectifs fixés depuis la révolution », a-t-elle estimé.
Diplomatie : Un nouveau départ pour la Tunisie
Pour Ahmed Ounaies, ex ambassadeur à la mission permanente de Tunisie auprès de l’ONU à New York, on n’a pas perdu du temps. Au contraire, on a convaincu nos principaux partenaires du bien fondé de la nouvelle Tunisie ainsi que de sa nouvelle identité et de son nouveau régime politique.
La Tunisie a, selon lui, gagné sur tous les plans et partout dans le monde : en Europe, en Amérique, en Chine et même dans le monde arabe
C’est logique, a-t-il enchaîné en citant le travail diplomatique de fond réalisé depuis quelques temps. « La Tunisie traverse certes une crise économique et sociale, mais nous allons repartir du bon pied en 2016 surtout qu’on a reçu des promesses de la part de plusieurs parties de renommée ».
Wiem Thebti/Nadia Ben Tamansourt








