La question des conventions signées entre les banques françaises en Tunisie et leurs maisons-mères en France, revient chaque année sur le devant de l’actualité à l’occasion de leurs AGO. Dans le silence assourdissant de la BCT (Banque Centrale de Tunisie) qui voit chaque année ressortir des dizaines de millions DT en devises au nom de conventions de services, parfois vides de tout sens, les banques françaises sucrent leurs filiales tunisiennes. Dans l’une de ces banques pourtant, le Conseil d’Administration se rebelle et refuse depuis des années d’autoriser une convention, dite de «prestation de services intellectuels».
La BTK (Banque tuniso-koweitienne) qui regroupe 10 filiales en deux pôles (financier et immobilier) est, depuis 2008, à 60 % entre les mains des deux groupes français Caisse d’Epargne et Banque Populaire. Elle n’a publié aucun rapport sur son site Internet depuis 2009, mais elle reste à 20 % propriété de l’Etat tunisien, le reste étant entre les mains du Koweït.
Le 20 décembre 2013, l’agence de notation internationale «Standard & Poor’s Ratings» a attribué à la BTK la note B à long terme avec perspective d’évolution négative. Selon l’agence de notation, la note « B » attribuée à la BTK, repose sur le fait que le paiement à l’échéance présente une incertitude du fait de la vulnérabilité de l’émetteur à des conditions défavorables sur le plan économique et financier. Mais Standard & Poor’s a aussi mis à l’index des faiblesses comme la «détérioration de la capitalisation en raison de la croissance rapide des prêts (…) et un haut niveau des prêts anciens non productifs (16,3 % à la fin 2012)». Cette notation est bien sûr à relativiser par l’effet de la notation souveraine de la Tunisie qui est elle-même au plus bas. 
La BTK dont la rémunération annuelle du DG était de 605.592 DT, terminait pourtant l’exercice 2013 plutôt en bonne forme. Le Produit Net Bancaire a ainsi atteint 52,908 MDT contre 39,3 MDT en 2012. Cette hausse est expliquée par « l’augmentation respective de la marge d’intérêt bancaire et les gains sur portefeuille commercial de plus de 4 MDT et de 5,9 MDT» selon le management de la banque. La BTK a ainsi clôturé l’exercice 2013 avec un résultat net de 10,090 MDT contre un déficit de 1,073 MDT en 2012. Elle avait pourtant un stock de provisions additionnelles s’élevant à 29,490 MDT, en application de la circulaire 2012-21 de la BCT dont plus de 25 MDT ont du être imputés sur les capitaux propres pour éviter un autre exercice réellement déficitaire. En bilan comparé et après modifications comptables, 2013 se terminerait avec un déficit de plus de 14,8 MDT.
Au second trimestre de cette année 2014, la banque «franco-tuniso-koweitienne» affichait déjà un PNB de plus de 31 MDT et un portefeuille d’investissement d’une valeur de 38,474 MDT, en baisse de plus de 3,5 MDT et avec quelques casseroles comme sa participation dans le capital de la Stip (pneumatique) ou la Stia (automobile).
Le plus important dans ce bilan 2013 de la BTK, c’est cependant ce refus du Conseil d’Administration, pourtant composé de Tunisiens et de Français essentiellement, d’autoriser une des conventions, signée par la BTK avec sa maison-mère, le groupe Caisse d’Epargne-Banque populaire. Or, d’habitude, c’est le Conseil qui autorise et l’Assemblée générale qui approuve ou désapprouve, comme pour le cas de l’UBCI-BNP Paribas. Ladite convention devait rapporter au groupe français l’équivalent de 2,7 MDT en devises, dont 1,47 MDT au titre du seul exercice 2013. Une convention qui porte, il est vrai, le libellé bizarre de «prestation de services intellectuels» !!
Les 2,7 MDT sont certes provisionnés chez la banque. Mais la BTK se rebiffe et demande à éplucher cette convention et de ne la payer qu’après étude de sa réalité, selon ce que nous a indiqué le management de la banque. Une réaction qui mériterait certainement plus que les 300.000 DT reçus chaque année par les membres du Conseil d’administration de la BTK.
On ne terminera pas sans noter cette «bizarrerie» qui consiste en la présence dans le Conseil d’administration de la BTK d’un DGA de la Biat, une banque concurrente, plus est, chargé des risques dans la banque concurrente !!
Khaled Boumiza.








