L’affaire du viol de la fillette à l’âge de 3ans par le gardien d’un jardin d’enfants de la Marsa, s’est déplacée, ce vendredi, dans les environs du ministère de la Femme et de la Famille, avec un rassemblement des différentes composantes de la société civile tunisienne armées de milliers de chaussures avec lesquelles ont été inondés les locaux qui abritent la ministre Sihem Badi.
Ce mouvement pour lequel a été choisie la devise « Ensemble pour lancer un million des chaussures devant le ministère de la femme », a réuni des milliers d’hommes et de femmes, épouvantés par le crime odieux de la Marsa, venus crier leur indignation au sujet des déclarations faites par la ministre, en réaction à cet insoutenable drame autant que de la façon dont elle a géré l’affaire qui a pourtant jeté l’effroi parmi l’opinion publique en Tunisie.
Sihem Badi qui se devait de monter au créneau pour stigmatiser ce crime, a fait preuve d’une inexplicable et tout aussi condamnable passivité, alors qu’il lui revient, au premier chef, de défendre l’enfance et de voler à son secours.
Ce vendredi 29 mars, un grand nombre des citoyens se sont donc rassemblés pour la deuxième fois devant le ministère de la femme, en réponse à l’appel lancé, ces derniers temps par les activistes, sur les réseaux sociaux.
Paradoxalement, il s’est trouvé parmi la foule des groupuscules venus défendre la ministre en multipliant les provocations et en s’en prenant à ceux et à celles qui étaient là pour exprimer leur écœurement envers et le crime lui-même et la ministre dont ils ont réclamé en chœur le départ séance tenante, pour que l’enfance du pays soit placée entre de bonnes mains. Il est vrai que les contre-manifestants n’entendaient pas ce rassemblement de cette oreille, étant visiblement des supplétifs des partis au pouvoir et surtout des membres des Ligues de protection de la révolution.
Lancer de chaussures et vives protestations
Les manifestants dont le nombre est estimé à 2000, ont accompagné leur cri de colère par des jets de chaussures pour signaler à la ministre qu’il est temps de plier bagages, car, ont-ils clamé, elle n’est nullement digne de ce poste.
Ces chaussures ont été jetées devant le siège du ministère pour que Sihem Badi soit consciente que c’est le temps de partir. « Ces chaussures constituent un signe important que Sihem Badi se doit de comprendre. C’est une femme incompétente, et elle ferait mieux de quitter son poste pour le bien du pays, de la femme et de l’enfance. Si elle refuse, il est clair que le pouvoir l’obnubile », a précisé la bloggeuse Lina Ben Mheni.
Tension entre partisans et opposants
Les manifestants ont scandé plusieurs slogans : Sihem Dégage, Badi ne représente pas la femme tunisienne, Ni Etats-Unis ni Qatar, le peuple tunisien est un peuple libre.
Un avis partagé par l’ensemble des participants. Mounira, citoyenne affirme que c’est le moment opportun pour que Sihem Badi démissionne. D’après elle, la ministre n’a rien fait et même ses déclarations ne pourraient jamais apaiser les tensions suscitées par ce crime odieux. La ministre, a-t-elle soutenu, s’est occupée de ses affaires personnelles, ses voyages avec le président, Moncef Marzouki, et elle a oublié totalement les problèmes de la femme tunisienne, l’enfance en particulier.
Une autre participante considère que Sihem Bedi veut tout simplement détruire l’image de la femme tunisienne. « Les enfants de Sihem Badi poursuivent leurs études dans les écoles françaises. Cependant, elle veut que la femme soit soumise ».
D’autres groupes appartenant à la troika, aux ligues de protection de la révolution, opposés à ce sit-in, ont soutenu Sihem Badi affirmant qu’elle est compétente et mérite d’être félicitée. Plusieurs slogans ont été scandés comme « Sihem et Maherzia, exemples de la femme tunisienne, on est fidèle à notre pays sans RCD et sans Nida. »
« On est là pour défendre Sihem Badi, cette femme qui, malgré les campagnes de dénigrement, a réussi à accomplir sa mission avec dignité », nous a déclaré Abdessalem Kouimij, de l’association Tounessna pour la lutte contre la corruption.
Plainte pour la démission de Sihem Bedi
Ce sit-in a été marqué aussi par une pétition exigeant la démission de la ministre de la femme. Plus de 400 signatures ont été réunies.
Wiem Thebti








