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Tunis : Les ministres dont on ne donnait pas cher de leur peau

Le  gouvernement Habib Essid a presque désormais tous les torts. C’est d’abord un gouvernement qui poète plus haut que son luth. C’est aussi un gouvernement adepte de la politique des mains tremblantes, comme dans le cas des arbitrages effectués par Essid à propos de la LFC 2015. C’est encore et pas enfin, un gouvernement qui n’a toujours pas le courage des décisions qu’il prend et annonce parfois, comme dans le cas de la durée du travail des forces de sécurité où Essid se dégonfle devant la menace des syndicalistes ou encore lorsqu’il revient sur la décision du prélèvement des journées de grève.

Pour autant, ce gouvernement a fait découvrir aux Tunisiens un certains nombre de personnalités ministérielles, dont l’image trancherait presque avec celle de leur chef, tant on ne donnait pas cher de leur peau lorsqu’ils avaient été nommés. Trois ministres qui sortent, jusqu’ici, du marasme gouvernemental de la Tunisie de l’après-révolution.

  • Slim Chaker, le ministre qui ne payait pas de mine

Lorsque son nom avait commencé à circuler, aux premiers jours de la constitution du gouvernement Essid, personne ne l’imaginait au poste de ministre des Finances. Pour beaucoup de ceux qui le connaissent et qui ont suivi son parcours, l’homme n’avait pas les coudes de l’emploi et le ministère de La Kasbah semblait plus lourd que les frêles épaules de ce fragile jeune cadre qui ne voulait presque toujours pas grandir. Le temps et les évènements démontreront le contraire.

On découvrira d’ailleurs, dès les premiers jours du gouvernement Essid, un Slim Chaker qui n’a pas peur d’apprendre à nager dans le tas, lorsque son chef l’envoie discuter avec les contestataires des 80 DT de Dhehiba. On découvrira plus tard un ministre des Finances qui passait ses veillées ramadhanesques à fédérer, douaniers et fiscalistes, les deux corps de métiers phares de son ministère et les deux administrations, traditionnellement les plus réfractaires à l’idée du changement, autour d’un gigantesque projet de réforme. En moins de deux, le ministre met sur pied les deux plus grosses réformes qui devraient lutter contre la corruption et la fraude fiscale. C’est son patron qui dira non.

Le petit fils du martyr Hedi Chaker, compagnon de Bourguiba pendant la difficile lutte pour l’indépendance, remettra aussi les «visites inopinées » au goût du jour. Après sa visite surprise la semaine dernière au secrétariat permanent des biens confisqués qu’il démet d’ailleurs séance tenante, Slim Chaker semble avoir pris goût à la surprise des découvertes du réel du quotidien des administrés.

Profitant de son passage à Sfax mercredi dernier pour présider la journée d’information sur le plan quinquennal de développement 2016-2020, le  ministre a préféré, au lieu d’aller directement au siège du gouvernorat, s’arrêter tôt le matin, dans les 4 recettes des finances «Sakit Ezzit », «5 août», «Cité El Wifek » et «Colonel Bejaoui» pour s’assurer de la bonne qualité des service fournis aux usagers et la disponibilité des agents. C’est ensuite la recette municipale de la goulette, la recette des finances du Kram et celle de la Marsa. Etant un jour d’échéance pour les déclarations d’impôts, les recettes des finances, archicombles, ne désemplissant pas,  le ministre a tenu de longues discussions avec les agents des recettes et avec les usagers. Il a constaté quelques défaillances au niveau de l’accueil mais  était agréablement surpris quand, à chaque fois, ce sont les citoyens qui prennent la défense des agents. Cette série de visites devrait ainsi se poursuivre dans les endroits les plus inattendus, sans que même pas l’équipe rapprochée du ministre ne sache la prochaine recette ou la prochaine structure où se pointera le ministre Chaker.

  • Saïd Aïdi moins «poule mouillée» qu’on le croyait

Les jours du gouvernement Essid s’égrènent lentement, presque sans remède nouveau aux maux de la société. Ils nous font pourtant découvrir deux nouvelles têtes, presque bien faites, de deux ministres qui n’en donnaient pas l’air. C’est surtout le cas de Saïd Aïdi, ce gentil barbu qu’on débarque d’une société privée spécialisée RH (Ressources humaines), dans le ministère de toutes les RH où il perdra plus qu’il ne prendra du poil de la bête. Il ne marquera pas son passage au ministère de la formation professionnelle et de l’emploi. Ce n’était pourtant pas «une petite tête». Il en fera la démonstration radiophonique, lorsqu’il piquera une colère contre l’appel de BCE aux députés de Nida Tounes à ne pas briguer des postes ministériels. On le découvrira ensuite dans ses habits de ministre de la Santé. A ce poste, on découvrira par la suite un ministre, lui aussi adepte des vraies visites inopinées, un ministre qui ose (comme pour le cas de la décision prise contre l’islamiste Néjib Karoui), pas «poule mouillée» du tout en face du corporatisme des médecins, inquisiteur, incisif dans ses questions devant les auxiliaires médicaux et qui ne se laisse pas facilement démonter ou embobiner par les cadres des hôpitaux qu’il visite. L’homme remonte du coup dans l’estime de la population qui en espère désormais plus et dans le concret.

  • Néji Jalloul le résistant

L’autre personnage qui émerge, à notre avis, du lot est indéniablement le ministre de l’Education nationale. Néji Jalloul était déjà «un personnage» assez pittoresque de plateaux TV où il disait parfois tout haut ce que d’autres pensaient tout bas et où il lui arrivait aussi de faire quelques frasques.

Assis sur le fauteuil de ministre de l’Education nationale, il se révèlera pourtant être plutôt dur à cuire. Il tint en effet tête au syndicat des enseignants du secondaire, assez de temps pour asseoir un début de réputation d’un bon négociateur, grâce à son entêtement à faire prévaloir l’intérêt supérieur de l’Etat. Les syndicalistes ne devront par la suite la réussite de leurs mouvements qu’à la retraite du chef de l’Etat qui signera l’accord leur donnant toutes les augmentations qu’ils voulaient. Il ne restera par la suite à Néji  Jalloul que ses yeux pour pleurer sa défaite. Il osera pourtant dire qu’il n’avait pas été soutenu par le gouvernement et il n’en sera que plus déterminé à remporter la prochaine manche dans sa lutte anti-augmentation des salaires, contre le syndicat de l’enseignement de base. Jalloul changera de tactique de communication  et tiendra tête à l’UGTT avec l’appui inconditionnel de l’opinion publique qu’il saura mettre, avec dextérité, de son côté et symbolisera la résistance à l’UGTT au sein du gouvernement Essid.

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1 COMMENTAIRE

  1. Une réforme fiscale se fait attendre pourtant indispensable, des centres de soins et hôpitaux délabrés et un enseignement public à la dérive. Quel triste constat!! Il faudra un plan Marshall pour espérer que le pays sorte progressivement de cette spirale infernale. Certes, il faut sans doute des ministres qui mouillent leur chemise en allant sur le terrain et décider!!

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