Après une hibernation de moins de quatre mois où il ne s’est signalé que par quelques rares apparitions et prises de position, l’ex président de la République provisoire , Moncef Marzouki monte au créneau pour esquisser sa vision pour la Tunisie, flétrir ce qui n’y va pas, mais aussi pour faire son mea culpa pour quelques actes qu’il aurait dû faire , par exemple démissionner.
C’était à l’occasion de la tenue samedi du congrès préparatoire de la « Mouvance de peuple des citoyens », qui, a-t-il annoncé, tiendra son congrès constitutif l’automne prochain et participera aux prochaines échéances électorales.
« Nous sommes dans une architecture qui ambitionne de mener une action politique multidimensionnelle où se conjuguent tous les efforts de ses composantes pour la réalisation d’objectifs connexes qu’il n’est plus possible de fragmenter », a-t-il dit avant d’appeler le gouvernement et l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) à organiser les élections municipales avant fin 2015, jugeant ce scrutin d’une extrême importance, car, souligne-t-il, la démocratie se bâtit de bas en haut.
Il a à ce propos mis l’accent sur la nécessité pour son mouvement de « se préparer aux prochaines élections et d’œuvrer en vue d’arriver au pouvoir », indiquant que l’idée de la Mouvance est plus large et touche aux volets social et économique.
L’ex président provisoire a joué sur une autre corde, celle de la classe moyenne et celle pauvre dont il s’est fait le défenseur, accusant le « modèle libéral » d’être à l’origine de l’émergence d’une minorité détenant une exponentielle richesse, de la paupérisation de la classe moyenne et de la prolifération de la misère dans la plupart des régions de l’intérieur, ce qui a , selon lui, dans une large mesure, déclenché la Révolution. Il a, au demeurant, exigé l’adoption de politiques économiques courageuses qui fassent barrage à la corruption, plaidant pour une économie solidaire pour lutter contre la pauvreté et venir au secours de la classe moyenne.
Le retentissant mea culpa de Marzouki
Mais là où était attendu Moncef Marzouki, c’était sa gestion de la magistrature suprême du pays et le bilan dont il a dressé à peine quelques mois après son départ du palais de Carthage. Ce fut un mea culpa en bonne et due forme pour « ses échecs » sans complexes. « J’assume seul le résultat des dernières élections […]. J’ai parfois commis des erreurs de jugement, je me suis trompé dans le choix de certains de mes collaborateurs et lorsque je n’ai pas démissionné face au constat de la généralisation de la corruption et les entraves faites à la justice transitionnelle, ayant gardé foi en un renversement du rapport de force … Je présente donc mes excuses au peuple tunisien pour chaque erreur et chaque négligence », a confessé Marzouki. Néanmoins, l’interrogation vaut d’être posée de savoir pourquoi l’ex président de la République provisoire balayait d’un revers de mains et systématiquement tous les griefs de quelque nature que ce soit, surtout ceux visant ses décisions, ses actes et gestes à la tête de l’Etat, et ils ne sont pas du petit nombre. Surtout, son irrépressible et tyrannique propension à se scotcher à son maroquin de président de la République si provisoire fût-il au prix d’ententes avec ses partenaires de la troïka, notamment Ennahdha, que certains allaient jusqu’à regarder comme des « compromissions ».
Guère en reste de confessions, Marzouki en a fait une autre. « Oui, nous pouvons être fiers de notre révolution et de ce que nous avons accompli durant la période transitoire, mais nous devons reconnaître que nous n’avons pas réussi jusqu’ici à réaliser les objectifs de la révolution à cause de la férocité de la contre-révolution, mais surtout par manque de courage politique », a-t-il dit sans autre forme de procès, sans regretter ses « hauts faits » diplomatiques, très précisément la rupture des relations diplomatiques avec le régime syrien qui, a-t-il affirmé « est le moins que l’on puisse faire en comparaison avec les crimes sans précédent commis contre le peuple syrien ». « Ces crimes sont les plus horribles de l’histoire arabo-musulmane », a-t-il encore martelé.








