AccueilLa UNETunis : Mehdi Jomâa dit non, Ennahdha dans l’embarras!

Tunis : Mehdi Jomâa dit non, Ennahdha dans l’embarras!

Un ouf de soulagement dans tous les milieux démocratiques. Mehdi Jomâa que tout le monde apprécie, vient d’annoncer qu’il ne se présente pas aux présidentielles. Tout est donc rentré dans l’ordre, malgré l’ombre d’un pincement au cœur ressenti dans ces mêmes milieux lorsque Jomâa a révélé, dans son discours, qu’il a été, un moment, pris par la tentation de s’emballer dans l’offre avancée par « des parties intérieures et d’autres extérieures », le poussant à la hasardeuse candidature.

Après le soulagement général, assombri , il est vrai, par des voix qui ont vu dans la décision de Jomâa un non-évènement, lui reprochant au passage d’avoir cédé à l’idée même de se présenter, on peut analyser la situation qui a généré ce début de dérapage auquel le pays a assisté bouche bée, et l’issue heureuse qui a fini par se profiler.

Toutes les sources indiquent qu’Ennahdha était à l’origine de l’idée de candidature de Mehdi Jomâa aux présidentielles, et que le chef du gouvernement correspondait au casting proposé par le parti islamiste du président consensuel pour la magistrature suprême. Mais une fois le projet avorté, Ennahdha a voulu s’en dissocier en propageant à travers la chaîne Al Moutawasset , qui lui est proche, que c’est Ennahdha qui a convaincu Jomâa de se retirer de la compétition . Et la même source, pour accréditer sa thèse , donne moult détails portant sur l’instance qui a pris cette décision ( Majlis Choura) ,la date exacte de la décision (mercredi 17 septembre à l’aube) et la personne qui a présidé la délégation pour en informer Mehdi Jomâa (Ali Lâarayedh), soulignant que cette décision a été prise de manière démocratique et après mûre réflexion.

D’ailleurs, on a entrevu dans un article intitulé (Quel sens peut avoir la proposition d’Ennahdha à Mehdi Jomâa d’être président consensuel ?) publié le 10 septembre 2014, à l’issue de la réunion du Majlis Choura les 5 et 6 septembre, que Mehdi Jomâa pourrait être son favori comme président consensuel. Mais on a relevé que le parti islamiste n’a pas investi dans la personne de Jomâa depuis sa désignation à la tête du gouvernement fin janvier 2014, et que la mouvance islamiste lui a mis et de manière systématique les bâtons dans les roues (en sabotant ses efforts pour contrôler les postes frontières , rétablir l’autorité de l’Etat sur les mosquées , mettre hors la loi les associations qui aident le terrorisme et envoient les Tunisiens en Syrie , en Libye , en Irak et au Nord Mali, et même, les projets de loi soumis à l’ANC ont été bloqués par les députés islamistes et leurs alliés).

Donc, qu’est-ce qui a poussé le parti Ennahdha à miser sur un chef de gouvernement dont il a saboté le travail. En fait, le parti islamiste s’est trouvé depuis début 2013 et surtout depuis juillet dans une situation à laquelle il ne s’attendait pas. Il était obligé, du fait des nouveaux rapports de force, de quitter le pouvoir pour sauver ce qui pouvait l’être. Mais du fait de ses engagements islamistes internationaux, dans un climat de revers vécus par l’Organisation Mondiale des Frères Musulmans à l’échelle de la région, il a jugé qu’il est de son devoir de s’employer à préserver les acquis réalisés par l’islamisme en Tunisie.

La réussite de sa stratégie consiste, d’abord, à cacher les revers mondiaux de la nébuleuse islamiste et sa débâcle interne, et agir de manière à avoir la haute main, malgré cela, sur le prochain mandat. Donc, les appels au consensus cachent une crainte de voir le prochain scrutin donner à l’opinion nationale et internationale une idée précise sur l’audience des islamistes sur l’échiquier politique.

Ensuite, cette stratégie consiste à prendre pour cible la principale force politique qui peut lui porter préjudice, lors du scrutin, et tous les moyens sont bons pour l’isoler et semer la panique dans ses rangs. Et ce que vit actuellement Nidaa Tounès illustre cette orientation.

Et comme si ces éléments ne suffisaient pas, tout est permis pour semer la confusion sur la scène politique. Et les innombrables candidatures aux législatives et aux présidentielles donneront au parti qui a été rudement touché dans sa popularité, l’occasion de mieux valoriser ses indéfectibles adhérents qui sont de moins en moins nombreux, mais se présentant toujours comme un corps compact.

Le parti Ennahdha a toujours dit qu’il n’est intéressé que par une seule des trois présidences, laissant entendre qu’il ne brigue que celle de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP). Mais, de par leur comportement et leur démarche, les islamistes tunisiens ne peuvent cacher qu’ils veulent, en fait, mettre la main sur les trois présidences. Le fonctionnement du gouvernement dépendra largement du parlement qui vote la confiance et toutes les lois dont le gouvernement a besoin pour sa bonne marche, et contrôle son travail tout au long du mandat. Que reste-t-il donc pour avoir le dernier mot sur tout ce qui touche les affaires de l’Etat ? La présidence de la République qui doit être consensuelle, une formule qui donne à Ennahdha la latitude d’avoir son mot à dire pour tout choix la concernant.

Mais le retrait de Mehdi Jomâa indique que les plans d’Ennahdha qui marchent bien sur d’autres chapitres rencontrent des obstacles à ce niveau.

Aboussaoud Hmidi

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