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Tunis : On prend les mêmes et on recommence, avec 3 indépendants et 2 technocrates pour le décor.

Les Tunisiens auront attendu deux semaines, après la démission de Hammadi Jbali, pour se rendre compte que rien n’a changé, ou presque, dans le gouvernement proposé en lieu et place de son initiative d’un gouvernement de technocrates et après des tentatives, qui ont échoué de manière volontaire ou involontaire, à élargir la base politique gouvernante. Il y avait plus de 80 personnes, il n’y en a plus que 37 (Voir la liste complète et les photos), il y avait seulement deux femmes, il n’y aura toujours que 2 femmes dans un gouvernement annoncé, le jour de la fête de la femme. Il y avait la Troïka (Ennahdha, le CPR et Ettakattol) et il y aura encore la Troïka, avec quelques «indépendants», beaucoup d’apparentés à Ennahdha. Il y avait 3 ministres rejetés par tout le monde, il y aura toujours 3 ministres rejetés par tout le monde. Il y avait Ennahdha qui contrôlait les articulations de l’Etat, il y aura toujours Ennahdha qui contrôle l’Etat.

– 10 ministre ou SE, sans compter les apparentés.

En effet, sur les 37 nouveaux portefeuilles, Ennahdha en contrôle désormais directement 8 dont un secrétaire d’Etat. Il faut y ajouter Noureddine Bhiri qui collera au nouveau chef du Gouvernement comme son ombre et jouera probablement le rôle d’œil de Moscou que jouait Lotfi Zitoun pour Hammadi Jbali, un Nahdhaoui, ancien de la justice et qui devrait continuer à gérer, indirectement, ce dossier, de l’avis de plus d’un observateur. Ridha Saïdi s’occupera toujours des dossiers économiques.

Il faudra cependant ajouter d’autres personnalités, considérées par toute la place politique tunisienne comme proches d’Ennahdha ou dont les positions, prises au cours des deux années de révolution, les y rapproche.

C’est dans ce cadre, par exemple, qu’on pourrait mettre Salem Labiadh. Professeur de sociologie politique, il s’était illustré par un accrochage avec la chaîne Wataniya 2, le 9 février 2012, qui l’avait empêché à la dernière minute, de participer à un débat. Selon un statut qu’il a publié sur son profil Facebook, Salem Labiadh avait déclaré que son exclusion viendrait de l’invité principal de l’émission, Béji Caïd Essebsi, ennemi juré d’Ennahdha, et où il a accusé les médias publics de partialité et ceux qui se sont alliés à Caïd Essebsi dans cette décision. Manifestement anti Nida Tounes, donc, le nouveau ministre de l’Education, le disait presque, comme lors du séminaire Assad Ibn Fourat à Medjaz El Bab, en octobre 2012 (Voir la vidéo). On le voit aussi, dans une autre intervention analytique sur France 24, où il défend les projets d’Ennahdha (Voir la vidéo). On comprendrait presque sa nomination. Et il y a aussi les cas de Mehdi Mabrouk, de Tarak Dhiab, de Mongi Marzouk et de Mohamed Salman, tous considérés comme proches du parti au pouvoir. La même chose pourrait être dite à propos du nouveau ministre du tourisme. Il était, en effet, jusque là PDG de la CTN, nommé par le Nahdhaoui Karim Harouni qui reste toujours à la tête du transport.

– 3 ministres, dont 2 gaffeurs à souhait et fortement controversés et un ultra.

Dans cette nouvelle composition du gouvernement d’Ali Larayedh, trois ministres s’incrustent toujours, deux du CPR et un d’Ettakattol. Il s’agit d’Abdelwaheb Maatar, de Salim Ben Hamidane et d’Abderrahmen Ladgham. Ces trois ministres resteront sans doute le fer de lance de la politique du gouvernement d’Ennahdha, de lutte contre la corruption, sans qu’on sache s’ils iront jusqu’à fouiller dans la nouvelle corruption que dénonçait Abou Yaarib Marzouki, dans sa lettre de démission d’Ennahdha !

Le premier s’était fait connaître par les accusations d’usurier que lui avait portées Abderraouf Ayadi et s’était illustré par une défense acharnée de son fauteuil, en arrivant pour ce faire, jusqu’à dénigrer son chef, l’ancien chef de Gouvernement Hammadi Jbali, ainsi que par ses annonces d’offres mirobolantes de postes d’emploi.

Ancien Nahdhaoui lorsqu’il était dans l’opposition, le second, Salim Ben Hamidane, s’était illustré par la vidéo d’El Jazeera où il demandait la clémence des autorités de Ben Ali et par sa demande rejetée d’endosser la robe noire (Le barreau des avocats a refusé de l’intégrer). Le toujours ministre des domaines de l’Etat, est connu par ses positions radicales en faveur de la confiscation de tout et de rien, allant jusqu’à quitter son bureau de ministre pour aller confisquer une voiture administrative qui était mise à la disposition d’un ancien RCDiste. Véritable disciple de son chef au CPR, Mohamed Abbou, il était derrière l’extension de la liste des confisqués, par simple lecture extensive de la loi sur la confiscation, il traitera Hammadi Jbali, qui lui avait un temps bloqué une liste de confiscation, de contre-révolutionnaire, lorsque l’ancien chef du Gouvernement avait lancé son initiative de gouvernement de technocrates.

Le dernier, Abderrahmane Ladgham, est aussi un ultra de la lutte contre le Fassed ou la corruption. Une journée avant le remaniement, il prenait toujours de dures positions, contre des hommes d’affaires que la justice avait fini par mettre à l’abri de la confiscation et contre ceux qui sont simplement soupçonnés de corruption au sein de l’administration tunisienne. Membre d’Ettakattol qui avait mal encaissé le renvoi de sa sœur Zohra de l’ambassade tunisienne en Finlande, certains observateurs y voient un esprit plus CPRiste que Takattol, parti généralement connu pour ses positions moins dures concernant l’épuration de l’administration.

– Deux technocrates et des indépendants qui seront sacrifiés dans un gouvernement dont le mandat ne dépassera pas 9 mois.

En fait de technocrates, il n’y en a véritablement que deux. Le premier, est Mehdi Ben Jomaa. A 49 ans, il vient d’être nommé ministre de l’Industrie. Il était jusque-là directeur de Division Hutchinson à Aerospace, filiale du groupe Total (France) et partenaire des grands constructeurs. Il est aussi Ingénieur diplômé de l’ENIT et titulaire d’un DEA en mécanique. Le second, Lamine Doghri qui vient d’être désigné à la tête du ministère du Développement et de la Coopération internationale, avait jusque là, rang de Directeur à la Banque d’Investissement de Développement (BID à Jeddah).

Le reste, comme le diplomate Othman Jirandi qui est un ancien de l’IPSI (Institut de Presse et des Sciences de l’Information), originaire de Hammam-Lif et diplomate de carrière et qui remplace Rafik Abdessalem Bouchlaka, Rachid Sabbagh placé à la tête du ministère de la Défense ou enfin le juge Lotfi Ben Jeddou qui prendra le ministère de l’Intérieur, semblent être tous des personnes à la réputation immaculée et dont personne ne doute de l’intégrité, cela même si le nouveau ministre de la Défense est président du Haut conseil islamique, depuis 2011..

Reste cependant à se demander que pourraient faire toutes ces personnes, dans un gouvernement qui devrait présenter sa démission d’ici le 31 décembre 2013, selon ce que toute la classe politique s’était entendue, lors de ses discussions marathoniennes avec Ali Larayedh. Un gouvernement qui devra, donc, se limiter à gérer les affaires courantes, dans l’attente de ce que toute la Tunisie et ses partenaires internationaux attendent : l’écriture de la nouvelle Constitution et l’organisation des prochaines élections, législatives et présidentielles, d’ici novembre ou décembre prochains. On ne sait pas encore si ces technocrates et ces indépendants, se présenteront aux prochaines élections comme en avaient pris l’initiative ceux du gouvernement Caïed Essebssi et ceux qui devaient composer le second gouvernement Jbali, mais les observateurs s’accordent à dire qu’ils seront sacrifiés, politiquement, sur l’autel d’un gouvernement à forte consonance politicienne et que leur marge de manœuvre, de technocrates ou d’indépendants, sera très limitée dans un gouvernement de politiciens, qui sent toujours fort la Nahdha et la Troïka dont le but ultime, celui de rester le plus longtemps possible au pouvoir, est désormais connu, sinon public.

Khaled Boumiza.

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