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Tunis- Rached Ghannouchi : Vieux lion édenté ou renard fourbe et rusé ?

L’homme a déjà dépassé les 72 années d’âge. Une vie, en grande majorité passée en exil, soit volontaire, soit forcé, soit à parcourir les camps islamistes de par le monde. Toison et barbe complètement blanches, les paupières alourdies par l’âge qui déforme tout, Rached Kheriji Ghannouchi vieillit et son entourage le sait et les déclarations, officielles ou officieuses, annonçant sa mise à la retraite ne sont plus une nouveauté, mais un simple secret de polichinelle.

Ce qui est sûr, c’est que le vieux lion qui remportait haut la main le duel avec Sadok Chourou pour la présidence du parti et le Kheriji qui arrivera à garder la main haute au MTI contre un imposant Salah Karkar qui mourra dans une chaise roulante, n’est plus le même. L’âge, qu’il soit maudit, avachit !

– Jacquerie, mutinerie et régicide.

Cela s’est ainsi passé à trois reprises successives. D’abord, en août dernier, lorsque Ghannouchi s’en va voir le SG de l’UGTT, Houcine Abbassi et lui signifier l’accord de son parti à propos de son initiative de sortie de la crise politique. Sitôt faite à la télévision, sa déclaration d’acceptation de la feuille de route, de l’opposition et de toute la société civile tunisienne, la Cour du Roi d’Ennahdha rue dans les brancards et s’en va-t-en-guerre contre les déclarations du vieux chef. Presque tous se mettent à le rabrouer publiquement, même si c’est dans un langage politiquement correct. Même Ali Larayedh sortira de sa réserve de chef de gouvernement désigné par son parti et par l’ANC, pour défendre son fauteuil bec et ongles.

La seconde est la conférence de presse tenue, la semaine dernière, au siège même d’Ennahdha, mais sans l’homme « fort » d’Ennahdha. On y retrouvera Ajmi Lourimi qui prendra la place de l’ancien porte-parole, le gendre de Ghannouchi et le coordinateur enroué du mouvement, qui semblent avoir franchi le pas du régicide. Le trio ne fera que répéter, une fois encore, les thèses défendues par les faucons d’Ennahdha concernant son avenir au pouvoir.

Cela se répétera, en septembre. Sitôt déclaration faite et signature donnée, une seconde fois par Rached Kheriji-Ghannouchi, de l’initiative de sortie de crise de la centrale syndicale, le propre frère de son lieutenant sort un communiqué officiel affirmant qu’il ne démissionnera pas et qu’il compte bien terminer toute la période transitoire de Constitution, bien vissé dans son fauteuil de La Kasbah. Il enverra même, dès lundi, le plus dur des faucons d’Ennahdha, Noureddine Bhiri, affirmer sur une radio privée, que personne ne compte démissionner.

Si ce n’est pas une jacquerie, c’est en tout cas une mutinerie, en bonne et due forme, contre le vieux timonier. Son autorité se trouve désormais bien mise à mal. La signature de Kheriji ne semble avoir désormais aucune valeur, sauf peut-être pour libeller les chèques. La parole de Ghannouchi ne fait plus foi et ne vaut plus ordre et instruction, comme un seul homme derrière le chef. Le vieux lion semble avoir perdu ses dents et ne mord plus. Il laisse dire et faire, sans aucune réaction.

Une simple lecture de ces deux développements conduirait à la conclusion qu’Ennahdha serait désormais convaincue de la sénilité de son vieux chef et que, si elle ne le chasse pas encore, comme le ferait une harde de lions, cela ne saurait tarder ! Abdelfattah Mourou ne voulait peut-être pas piétiner les cadavres, mais il l’avait dit tout de même !

– Manœuvres, fourberies et double langage.

Mais la conclusion pourrait aussi être autre. Troubadour de toutes les cours islamistes, longtemps chantre d’un islamisme Jihadiste pur et dur, des années aussi passées en exil européen à forger l’image d’un apôtre de l’islam modéré, Rached Ghannouchi a eu tout le temps nécessaire pour bien fourbir ses armes, apprendre à ruser, à cacher ses réels desseins et à bien manœuvrer, quitte à développer le double langage. Le parti a en effet excellé dans cette tactique et les certificats lui en ont été donnés même à l’échelle internationale. Longtemps, le vieux lion avait dit la chose et son contraire. Longtemps, ses lieutenants avaient démontré qu’ils n’avaient cure de se démentir. La bande à Ghannouchi avait bien fourbi ses armes, lors de la première crise qui s’était terminée par la reconduction d’Ennahdha, avec, de nouveau, tous les pouvoirs en main après des semaines de discussions et dudit «dialogue national» stériles où ils ont excellé à reprendre d’une main ce qu’ils donnaient de l’autre.

Il serait ainsi presque de bon aloi de conclure que tout ce remue-ménage, politique, politicien et partisan, n’est que simple jeu de rôles entre le Timonier Kheriji et ses lieutenants, jusqu’à deux objectifs. Soit l’habitude et la lassitude, soit l’arrivée dans de bonnes conditions aux prochaines élections.

Depuis l’Indépendance, la Tunisie avait vécu la gloire de la jeunesse et la déchéance de la vieillesse de ses présidents. La Révolution n’a rien changé. Avec le nouveau «guide de la révolution », elle oubliera simplement la gloire. De Gaulle avait dit, au soir de sa vie, «la vieillesse est un naufrage » !

Ka. Bou

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