AccueilLa UNETunis : Retour à la raison de l’UGTT ou retrait stratégique d’Abassi?

Tunis : Retour à la raison de l’UGTT ou retrait stratégique d’Abassi?

«L’Union générale tunisienne du travail (UGTT) n’était pas opposée à une trêve sociale à condition qu’elle soit fondée sur des principes », a indiqué Houcine Abassi en marge de sa participation au lancement du dialogue sociétal pour la réforme de l’éducation. Le secrétaire général de l’organisation syndicale a invité à cette occasion, «toutes les parties sociales, dont le gouvernement, à un dialogue clair loin des tiraillements et des intérêts étriqués».

Cette nouvelle position du SG de l’omnipotent syndicat ouvrier tunisien mérite que l’on s’y arrête, tant on a entendu ce même SG et ses seconds au BE de l’UGTT que la trêve sociale est une invention. Pour rappel, intervenant mercredi 18 décembre 2013 sur «AL-Watanyia1», Houcine Abassi répondait à Moncef Marzouki, alors président de la République provisoire qui appelait à une trêve sociale. «La trêve sociale ne peut pas porter sur les acquis de la classe ouvrière, les conventions et accords signés doivent être respectés et ne peuvent nullement être reportées sous prétexte d’observation de trêve sociale», disait-il alors. Depuis, tous ses lieutenants ont repris en chœur ce refrain.

Un contrat social UGTT-Utica-Gouvernement, a été signé depuis 2013 et qui couvrirait la période 2012-2020. Il avait pour but de promouvoir le dialogue social en tant que moyen pour résoudre tous les conflits sociaux. Ce contrat n’a jamais été, selon nos informations, mis en pratique. Depuis cette date même, les grèves, les mouvements de protestations ouvrières et les sit-in, n’ont jamais cessé. Inclus dans la nouvelle constitution en l’absence du droit au travail [sous pression de l’UGTT comme le dira plus tard Abassi lui-même], le droit à la grève a été utilisé comme le seul et unique moyen de la «négociation» sociale.

L’ère Mehdi Jomaa s’était même terminée par un bras de fer UGTT-Gouvernement et des campagnes de dénigrement à l’encontre de l’ancien chef de gouvernement tunisien. Depuis, la primature de l’actuel chef de gouvernement, Habib Essid, ne cesse de voir le droit de grève servir d’unique moyen de revendication salariale. Abassi et Essid n’étant pas d’accord sur le montant de l’augmentation salariale pour 2014 et 2015, l’UGTT déclenche grève sur grève, en commençant par les enseignants et en terminant, pour l’instant, par les agents de Tunisie Télécom, en attendant le réveil à la grève d’autres secteurs de la fonction publique. Tout cela, sans compter ce qui se passe dans le bassin minier qui a déjà fait perdre 4 milliards DT à la CPG. Les employés de cette compagnie enchaînent grèves et sit-in, sans que l’UGTT, complètement dépassée, ne puisse rien faire pour obliger ses adhérents à revenir au travail. Tout cela aussi, sans compter les énormes dégâts des grèves et des mouvements sociaux sur l’investissement direct étranger et sur le secteur de l’énergie en Tunisie.

Comme il n’est pas possible de contourner le lien direct entre les grèves et les millions de jours perdus, entre la baisse de la production et la précarité des moyens financiers de l’Etat, il est tout aussi impossible de ne pas faire le lien entre grèves et UGTT. Force est ainsi de conclure que tout cela engage la responsabilité directe de l’UGTT dans la détérioration des moyens financiers de l’Etat.

La nouvelle position de Houcine Abassi qui dit enfin qu’il n’est pas opposé à une trêve sociale, pose pourtant problème. On passera volontairement sur la condition posée par le SG de l’UGTT que cette trêve «soit fondée sur des principes». Cela relève de la tactique de négociation syndicale. Abassi revient certes sur sa position du NON pour la trêve, mais il se doit de garder la face par rapport à sa base. Il est cependant un secret de polichinelle que de dire qu’Abassi, qui n’a pas d’enjeu électoral à défendre puisqu’il ne se représentera plus au poste de SG de l’UGTT, ne maîtrise pas sa base. C’est plutôt cette dernière qui fait la loi à l’UGTT. Reste donc à savoir si cette déclaration n’est qu’un feu de paille et une simple tentative de calmer la tension entre lui et le chef du gouvernement qui aurait juré ses grands dieux de ne pas lui accorder plus de 45 DT d’augmentation salariale pour la fonction publique ?

Khaled Boumiza

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