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Tunisie : 2011, une année économique à oublier !

Au risque d’être accusés par le parti au pouvoir Ennahdha dans son dernier assaut contre la citadelle de l’information qu’elle voudrait mettre au pas, nous continuons à relater les informations sur le réel économique tunisien.

Les informations publiées récemment sur la situation économique du pays sont en effet des plus préoccupantes. Non seulement les objectifs de croissance et d’emploi ne pourront pas être réalisés à court terme par le nouveau gouvernement provisoire [Le Chef du gouvernement n’aime pas ce mot et a même essayé de le rayer du vocabulaire journalistique], mais l’avenir économique même semble désormais  sérieusement hypothéqué. Des risquent existent, en effet, désormais, selon les économistes, d’implosion de pans entiers de l’économie tunisienne, de perte des grands équilibres et surtout l’équilibre extérieur, point fort de la Tunisie. En moins d’un an, selon l’un des spécialistes tunisiens que nous avons rencontré, «les acquis de plus de 30 ans d’ajustement sont partis en fumée». Décryptage :

          Implosion de pans entiers de l’économie.

Premier secteur concerné, celui des phosphates et dérivés. Dans une récente communication, le PDG Kais Dali évalue le manque à gagner, en termes de bénéfices pour 2011, à 800 millions de Dinars. Ce chiffre est l’équivalent du coût d’une autoroute reliant Tunis à Kairouan. La production de la CPG (Compagnie de Phosphate de Gafsa) en 2011, n’aura été que de 30 % celle de 2010 et celle du Groupe Chimique de Tunisie n’a pas dépassé les 45 % de la production de 2010. Quant aux exportations de phosphates, elles n’ont représenté que 45 % de celles de 2010 en volume et 65 % en valeur. Pire encore, l’impossibilité de satisfaire ses clients traditionnels et notamment l’Inde, a fait perdre à la CPG la confiance des marchés pour 3 ans et lui a fait même supporter des pénalités financières.

Quant au secteur touristique, il ne risque pas, de l’avis de tous ceux qui s’y connaissent, de reprendre de sitôt. Il devra même s’accommoder, à moyen terme, de niveaux d’activité de 30 à 35 % de moins, le temps que l’infrastructure de ce secteur s’adapte à la nouvelle clientèle visée par les nouvelles autorités en place.

Autre secteur sinistré, celui des investissements directs étrangers (IDE). Après le départ de Yazaki d’Om Laarayes, des informations circulent sur les risques qui pèseraient du côté d’autres groupes comme Benetton, Leoni (1000 emplois étaient prévus à Sidi Bouzid) qui emploie près de 17 mille personnes et même British Gas, le plus gros IDE de l’histoire de la Tunisie.

          Risques majeurs sur les équilibres.

L’impact de ces secteurs sur les équilibres globaux de la Tunisie et particulièrement sur les équilibres extérieur, est jugé «catastrophique» par plus d’un économiste tunisien. Pour 2011, les évaluations les plus récentes pointent une croissance nulle sinon négative. Le déficit courant atteindra les 7,5 %. Un record historique pour la Tunisie. Le déficit budgétaire devrait avoisiner les 5 % (en fait de 7 % si l’on tient compte de l’augmentation réelle des prix des produits de base), compte tenu du report de 1,4 milliard DT de recettes fiscales de 2010 à 2011. La dette extérieure et la dette publique augmenteraient de 5 à 6 points entre 2010 et 2011.

Les données de 2012 ne seraient pas meilleures. Le déficit budgétaire serait de 6 % et le déficit courant  d’autant, si les secteurs du tourisme et des phosphates ne reprenaient pas. A la fin 2012, la dette tunisienne aura augmenté de 10 points en deux ans (2010-2012), le chômage aura atteint 20 % et le revenu moyen du Tunisien aura baissé de 20 à 25 %, compte toujours tenu de l’augmentation réelle des prix.

          Risques sur le secteur bancaire.

Les retombées de ces évolutions sur le secteur bancaire commencent déjà à apparaître, comme l’atteste l’absence de liquidité dont souffre actuellement le marché interbancaire tunisien. La baisse des réserves  en devises, de 13 milliards DT à fin 2010 à 10,2 milliards actuellement (sans tenir compte du crédit de 972,2 MDT que devra rembourser la Tunisie en avril prochain), l’impossibilité de compter sur une amélioration de recouvrement des crédits particulièrement dans le secteur touristique, la nécessité de classer les crédits rééchelonnés en 2011, les problèmes de gestion des entreprises confisquées qui entraînera sans nul doute une augmentation des actifs accrochés du secteur bancaire, remettant ainsi à plat les efforts de plusieurs années en baisses enregistrées de ce ratio pendant les années 2005 à 2010 de 25 % à 12 %. Les banques tunisiennes redeviendraient ainsi plus strictes en matière d’octroi de crédits et d’autres secteurs pourraient en souffrir. Les agences de rating ne seraient d’ailleurs pas insensibles à cette inflexion.

          Une année 2012, plus difficile.

La mauvaise conjoncture internationale (particulièrement en Europe) et l’instabilité de toute la région ne permettent pas d’envisager une reprise de la croissance. L’objectif de 4,5 % sur lequel s’est basé le budget et même celui des 4 % déclaré à mi-voix par le nouveau Chef de gouvernement, semble ainsi être déjà hors de portée. Ce n’est pas de l’éco-pessimisme, c’est juste du réalisme. Plus réalistes, d’autres sources évoquent un taux de croissance de 2,5 % seulement pour 2012 et cela rejoint les prévisions de la Banque Mondiale. Le déficit budgétaire sera alors de plus de 6 %, la dette augmenterait davantage et la situation des paiements courants ne serait pas meilleure.

La Tunisie, faut-il le rappeler, devra rembourser les 650 MUD. Si, à Dieu ne plaise [pour être dans le ton du langage déjà en vogue comme la barbe], le rating de la Tunisie vient à être baissé, le pays perdra alors son «Investment Grade» et derrière, toute possibilité d’accès à des financements extérieurs à des taux raisonnables. Faut-il rappeler encore que le spread (écart de crédit ou la somme du risque de défaut et de la prime de liquidité) appliqué à la Tunisie, est déjà en constante augmentation depuis le début 2011. Et ceux qui croient toujours à des soutiens financiers massifs de la part de «pays amis » et particulièrement des pays du Golfe sous forme de crédit à 0%, risquent d’être déçus (le proverbe tunisien dit que ما فماش قطوس يصطاد لربي  ou «Chat qui gratte, gratte pour lui» en proverbe russe), car le coût politique de ces soutiens serait inacceptable pour la Tunisie de la Révolution.

          Les responsabilités pour la redevabilité.

La responsabilité de cette situation est collective entre gouvernements provisoires successifs, partis politiques et même la presse, qui n’ont pas su ou eu le courage de combattre les revendications, les sit-in et les grèves qui n’en finissent pas toujours et n’ont pas toujours réussi à remettre le pays au travail.
Les inquisitions dont ont été l’objet les hommes d’affaires et les banquiers de la part de la Commission de la Corruption et de la part de la justice révolutionnaire, parfois pour des affaires futiles, n’ont rien arrangé. Investissement et financement des projets en pâtissent.

Il importe, à notre sens, d’arrêter au plus vite l’inquisition et de limiter les procès à ceux qui ont réellement détourné des fonds et porté réellement atteinte aux finances publics par des procès équitables et dans le souci d’une justice dont les prochaines générations pourront être fières. La sortie de crise exige la mise en place d’un nouveau programme d’ajustement, économique et social, à l’élaboration duquel devront participer toutes les forces du pays. Elle exige déjà un effort de réconciliation nationale capable de remettre la Tunisie au travail pour dépasser les effets pervers, de 2011 cette année (économiquement et financièrement s’entend) à oublier et bien entamer cette année 2012 qui reste quand même porteuse d’espoirs dont le plus important est celui de la réconciliation nationale !

Khaled Boumiza

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