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Tunisie-Chute des réserves en devises : Inquiétant mais pas irrémédiable, disent les experts

Les réserves en devises de la Tunisie fondent comme beurre au soleil pour ne couvrir à la date du 23 janvier 2018 que 89 jours d’importation pour un stock de 12,3 milliards de dinars. La nouvelle rendue publique par la Banque centrale de Tunisie sur son site officiel, sans surprendre outre mesure la communauté des experts financiers du pays, n’en a pas moins été comprise comme une sonnette d’alarme en ce sens que le matelas de devises a dégringolé en deçà de la barre de 90 jours.

« Ce niveau de devises étrangères est très critique », a jugé l’expert financier Ezzeddine Saidane, dans une déclaration à Reuters, ajoutant qu’il met en péril les importations de produits alimentaires, énergétiques et médicamenteux de la Tunisie autant que sa capacité à rembourser sa dette. C’est un message négatif alors que le gouvernement s’apprête à émettre, cette année, un emprunt obligataire sur le marché international, y voit-il.

Cette inquiétude est partagée par l’expert bancaire et financier, Achraf Ayadi, qui rappelle, cité par TAP, que les réserves en devises « ne servent pas qu’à importer des biens et services, mais aussi, et surtout, à payer nos dettes et autres engagements internationaux ». Tout en pointant la «  demande de plus en plus forte sur les devises », il explique que le glissement continu du dinar pousse les investisseurs à importer aujourd’hui et tout de suite, des biens dont ils auront besoin bien plus tard. Au demeurant, les anticipations de glissement futur additionnel du dinar face aux principales devises accélèrent la chute de la monnaie nationale, et donc la pression sur les réserves de change.

Sa recette pour y remédier tient à la nécessité d’agir sur le déficit commercial pour réduire la pression sur les réserves de devises. « C’est une décision éminemment politique », a-t-il estimé, étant rappelé à cet égard que le déficit de la balance commerciale en Tunisie s’est aggravé à 15,5 milliards de dinars, à fin 2017, un niveau record jamais atteint auparavant par le pays.

On en a vu d’autres !

Pour le professeur d’économie Moez Labidi, ce n’est pas une première, la Tunisie ayant connu des niveaux encore plus bas, soulignant que les réserves de change sont « une sorte d’airbag, permettant de surmonter les périodes de pénuries de devises étrangères ». Cité par TAP, il a expliqué les pressions baissières sur les réserves en devises « essentiellement, par le creusement du déficit courant ». Un phénomène qui tend à s’amplifier ces derniers temps à cause de la forte hausse du prix du baril, qui retrouve des niveaux proches des 70 dollars, mais également, à cause du fléchissement des recettes en devises du tourisme, étant en période de basse saison, a-t-il souligné.

Il a préconisé de freiner cette tendance baissière des avoirs en devises, qui pourrait « alimenter une dynamique spéculative sur le dinar », estimant que « l’inversion de cette tendance est étroitement liée à notre capacité d’inverser la tendance haussière du déficit courant ».

Cela nécessite, selon lui, « plus de détermination du côté du gouvernement, pour débloquer la situation de certaines entreprises exportatrices, car le blocage de l’appareil productif dans ces entreprises nous prive de recettes en devises et nous pousse vers davantage d’endettement. Il s’agit d’imposer l’ancrage aux normes de bonne gouvernance, afin de restituer la discipline et le respect de la loi dans l’administration et d’accompagner les entreprises tunisiennes sur les marchés étrangers. A ce niveau, il faut mettre en place une véritable politique commerciale agressive de prospection des marchés étrangers, à travers notamment la rénovation du cadre consulaire (surtout les attachés commerciaux) « .

Tout dépendra des fondamentaux de l’économie

Labidi plaide aussi, pour « plus de dialogue et de concertation afin d’apaiser les revendications démesurées de hausse des salaires qui pèsent sur le budget, creusent le déficit budgétaire et gonflent la dette », appelant à  » rationaliser les importations, sans succomber à la pression de certains lobbys et de contenir la croissance du secteur informel « . De telles mesures permettront, toujours selon lui, de rendre « le Site Tunisie » plus attractif pour les investisseurs étrangers, et partant généreront plus de réserves en devises, ce qui réduira les pressions baissières sur le dinar ».

« Bien que gérées par la Banque Centrale de Tunisie à laquelle on a souvent tendance à attribuer injustement, la responsabilité de la détérioration des réserves en devises, la santé de ces réserves dépend, plutôt, de l’état des fondamentaux de l’économie « , a-t-il conclu.

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