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dimanche 12 juillet 2020
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Tunisie : Rached Ghannouchi, l’Islamiste modéré, tombe le masque.

Le quotidien tunisien Achourouk a publié, jeudi 11 octobre 2012, ce qu’il dit être un complément de la dernière vidéo de Rached Ghannouchi, en réunion dans son bureau avec des salafistes. L’article a bien sûr été repris sur la page Facebook officielle de Rached Ghannouchi, accompagnée d’une vidéo supposée être originale.

Première remarque, la vidéo reprise est tout aussi montée et même de manière grossière, ce qui laisse supposer que cette version a aussi été truquée. La deuxième remarque est que ce qui aurait été supprimé de la vidéo qui a fait scandale, n’ajoute rien et n’enlève rien à ce qui a été dit par le leader d’Ennahdha et qu’il n’a pas nié. Ce n’est, après écoute et lecture, qu’une autre interprétation du contenu de la même vidéo qui circule sur les réseaux sociaux et qui n’a pas été démentie. D’autres remarques sont, à notre sens, plus importantes à faire, surtout en cette phase où toutes les parties politiques tunisiennes se préparent à discuter l’initiative de l’UGTT et à s’engager sur une nouvelle « feuille de route politique» pour éviter le cul-de-sac du 23 octobre 2012.

– Le double langage se confirme, au moins en face du danger salafiste.

Le 21 septembre dernier, dans une interview au journal français Le Monde, Rached Ghannouchi disait des Salafistes que «ces gens-là représentent un danger, non seulement pour Ennahdha, mais pour les libertés publiques dans le pays et pour sa sécurité. »

En avril de la même année, selon la vidéo-scandale, il les recevait dans son bureau et leur tenait un autre langage. Un langage qui n’est en tout cas pas celui de la réprimande, ni celui des reproches, mais un langage d’encouragement à occuper le terrain par les «madrasas», la communication de masse et les campings idéologiques. Un discours où il leur demandait simplement de patienter. C’est ce qui fait dire à certains politiciens tunisiens, comme Béji Caïed Essebssi, que l’alliance islamistes-salafistes est un fait. Un certain nombre de faits, en relation avec les évènements d’Al Ibdilia, de l’ambassade américaine, des évènements sanglants de Rouhia ou de Bir Ali Ben Khalifa et le sort, jusque là inconnu, juridiquement réservé aux leaders de ces mouvements, accréditent cette thèse. Le double langage est ainsi devenu un fait avéré !

– Rached Ghannouchi n’est pas un islamiste modéré.

Lorsque le Congrès américain avait fait une «standing-ovation» à la Révolution tunisienne, il n’espérait pas voir une nouvelle Tunisie qui apprendrait à ses enfants à fabriquer des bombes et dédier des chansons aux Mollahs. Lorsque les Européens ont salué les élections démocratiques d’octobre 2011 qui avaient porté Ennahdha au pouvoir, ils n’espéraient pas voir naître un Etat théocratique à leurs frontières.

Fidèle à ce qu’il apprenait à ses « enfants » les salafistes, lorsqu’il leur disait de ne pas se presser pour installer la charia et imposer l’islamisme dans la Constitution, Rached Ghannouchi avait aussi compris qu’il est important pour ses desseins religieux de ne pas abattre d’emblée toutes ses cartes. Il avait compris qu’il lui était important de donner à l’Occident, dont dépend la réussite de sa prise du pouvoir, l’image qu’il attendait, celle d’un islam modéré. L’objectif étant de gagner du temps, prendre possession des articulations de toute l’administration, y mettre ses hommes jusqu’à apprendre à gouverner, comme il le conseillait aux salafistes et mettre la main sur les forces de l’ordre et l’armée comme il l’espérait dans la même –vidéo-scandale, confirmée par la seconde vidéo avec Béchir Ben Hassine. A ne plus en douter, le leader du parti Ennahdha qui tient tous les pouvoirs en Tunisie, est loin d’être un islamiste modéré, mais un islamiste radical qui se cache, pour des raisons stratégiques. Les desseins et le destin qu’il assigne à la Tunisie de l’après Ben Ali, sont ceux d’un Etat théocratique, mais qui s’installera lentement et à petits pas.

– Qu’en pense la troïka, la Constituante et Hammadi Jbali ?

Le masque est ainsi tombé. De mèche avec les islamistes, Ennahdha de Rached Ghannouchi, attend, aux aguets, de parachever son total contrôle sur tous les rouages de l’Etat tunisien, pour y installer un Etat théocratique.

Ennahdha ne gouverne cependant pas seule en Tunisie, même si elle tient seule le gouvernail. Ghannouchi semble pourtant avoir floué tout le monde, CPR, Ettakattol et toute la Constituante. S’en sont-ils enfin rendu compte ? La Constituante va-t-elle demander à Ennahdha et son président de s’expliquer sur cette vidéo ou va-t-elle laisser faire et accepter ce pour quoi le peuple ne les a pas élus ?

Qu’en pensent aussi tous les partenaires économiques de la Tunisie, qui ont signé crédits et aides avec les ministres d’Ennahdha pour aider la Tunisie à se relever et à demeurer le pays avec lequel ils ont toujours commercé et non le «Tunistan» que leur préparent Ghannouchi et les salafistes ?

Qu’en pense aussi le chef du Gouvernement, Hammadi Jbali, manifestement plus rationnel, moins réactionnaire que le chef de son parti et qui trouve de plus en plus de sympathie même auprès des détracteurs d’Ennahdha. Un chef de parti qui le sait, qui le guette, l’espionne et empêche de réussir, à sa manière et non à la manière des Talibans ?

Qu’en pense l’UGTT qui réunira, ce vendredi, son bureau élargit et qui se propose de réunir toutes les composantes de l’espace politique tunisien pour discuter de ce qu’ils veulent pour la Tunisie de demain ?

Khaled Boumiza.

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