Un chef de gouvernement surgi de nulle part mais proche d’Ennahdha !

Un chef de gouvernement surgi de nulle part mais proche d’Ennahdha !

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Sous des dehors sans tache, le processus de formation du gouvernement semble avoir démarré comme du papier à musique. Sitôt le perchoir du Parlement pourvu avec l’élection du président de l’Assemblée des représentants du peuple, et des deux vice-présidents, on est passé allégrement au choix du futur chef du gouvernement dans le strict respect de la Constitution. Le chef du parti ayant remporté le plus grand nombre de sièges à la Représentation nationale, en l’occurrence Rached Ghannouchi, a communiqué ce vendredi au président de la République, Kais Saied, le nom de son candidat, dont le communiqué de la présidence de la République n’a pas pipé mot, mais dont on sait qu’il s’agit de Habib Jemli, qui a émergé du lot de sept puis de trois profils sur lesquels s’est porté le choix du conseil de la Choura d’Ennahdha. D’ailleurs, le président de la République a remis un peu plus tard ce vendredi au candidat au poste de chef du gouvernement Habib Jomli une lettre de mission pour former le nouveau gouvernement.

Le nouveau locataire de la Kasbah est comme deux de ses prédécesseurs, issu de la sphère du génie agronomique, Habib Essid et Youssef Chahed. Ingénieur de son état, il a été aussi secrétaire d’Etat au ministère de l’Agriculture sous la houlette du dirigeant nahdhaoui Mohamed Ben Salem qui l’a présenté sous les traits d’une « personnalité indépendante, technocrate et économique, probablement proche d’Ennahdha mais n’y appartenant pas ». Surtout, et comme l’a souligné le président du conseil de la Choura, Abdelkrim Harouni, « il assumera sa mission conformément au programme et à la vision d’Ennahdha concernant l’organisation du prochain gouvernement ». Au demeurant, il a pris soin de préciser que ce choix a été opéré sur la base d’autres critères, en tête desquels la compétence et la probité outre la disposition à œuvre dans le cadre des choix d’Ennahdha et de concert avec les organisations nationales majeures, nommément l’UGTT et l’UTICA.

Participation et non alliance !

La voie est ainsi pavée pour les consultations en vue de la constitution du nouvel attelage gouvernemental qui, insiste Ennahdha, doit être fort et à même de répondre aux attentes du peuple tunisien en coordination avec les différentes parties concernées par le processus gouvernemental y compris le parti « Qalb Tounès », mais fondamentalement à l’enseigne de la participation et guère de l’alliance. Autres grandes tâches assignées au prochain gouvernement, toujours selon Ennahdha, la lutte contre la corruption et la recherche de la stabilité gouvernementale sans que n’en soient exclus Ettayar et le mouvement Echaab, appelés, l’un et l’autre, à revoir leur position au sujet de la participation à la formation du gouvernement.

Reste le parti Qalb Tounès dont l’apport a été conséquent dans l’élection de Rached Ghannouchi au perchoir du Parlement. Le parti de Nabil Karoui semble avoir pris le parti de la « Realpolitik » en lâchant du lest sur ses « dogmes » anti-Ennahdha, et pour dire les choses autrement, en négociant des volte-face dictées par des considérations qui lui sont propres, ayant peu de liens avec les programmes de gouvernement. Sauf peut-être s’agissant de portefeuilles ministériels qu’il serait en droit de convoiter en contrepartie de son soutien soudain à son ennemi d’hier.

Calculs tactiques

Au rang des calculs tactiques au titre des consultations qui vont cesser d’être informelles pour entrer dans le vif du sujet, il y a lieu d’évoquer un autre soutien substantiel au mouvement Ennahdha et à son président, la Coalition al-Karama, qui semble, cependant, changer son fusil d’épaule. L’un de ses dirigeants, Abdellatif Aloui, vient d’annoncer que son parti a pris la « décision de principe et collective de ne participer à aucun gouvernement comprenant Qalb Tounès quel qu’en soit le programme ». Il a ajouté que sa formation politique « ne commettra pas le suicide d’avoir partie liée avec ceux sur lesquels pèsent des soupçons de corruption », rappelant que « le programme de la Coalition est fondé essentiellement sur la lutte contre la corruption et les corrompus qui ont pillé le pays et appauvri les gens ». Est-ce le dernier mot d’al- Karama ?

Il y a encore le parti Attayar et le mouvement Echaab, lesquels, comme martyrisés par les coups de boutoir d’Ennahdha, cultiveraient la vocation d’une force d’opposition parlementaire de 37 sièges qui pourraient grimper à quarante pour peu que s’y joignent quelques indépendants. Mais face à un conglomérat pouvant englober une centaine de députés, les deux partis dont il s’agit ne pourront occuper leur temps qu’à ruminer leur amertume et semer le trouble sous les lambris de l’hémicycle, vraisemblablement en jouant la même partition qui sera à coup sûr celle du parti Destourien Libre, dont l’élue et la présidente, Abir Moussi avait donné le la aux premiers commencements de la présente législature.

LM

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