AccueilLa UNEUn symbole de l'industrie tunisienne vacille toujours !

Un symbole de l’industrie tunisienne vacille toujours !

La société sidérurgique El Fouledh, longtemps considérée comme un pilier de la souveraineté industrielle, affiche aujourd’hui des indicateurs financiers alarmants. Ses récents états financiers dressent le portrait d’une entreprise en déséquilibre financier profond. L’analyse du bilan révèle non seulement une dégradation conjoncturelle, mais surtout une fragilité structurelle persistante.

Le 31 mars, un jour avant le jour dit du « poisson d’avril », El Fouledh tiendra une AGO pour présenter ses états financiers pour l’exercice 2024. Ces derniers confirment une réalité brutale. Celle d’une entreprise qui ne crée plus de valeur, si ce n’est les salaires qu’elle continue de verser.

Les pertes s’accumulent, chiffrées à 42,8 millions de dinars, des capitaux propres largement négatifs (~ –380 MD), et une activité en recul continu depuis plusieurs années. Le cœur du problème est clair : l’exploitation elle-même est déficitaire. Autrement dit, même sans dette, l’entreprise perd de l’argent.

–          Une structure financière sous tension extrême

El Fouledh cumule, aujourd’hui, une dette massive (banques, fournisseurs, organismes publics), une trésorerie négative, et des engagements sociaux impayés depuis des années. En fait, l’entreprise fonctionne en équilibre artificiel, sans autonomie financière.

–          Une crise industrielle profonde

Derrière les chiffres, 4 problèmes structurels. D’abord la chute de la demande dans le bâtiment, secundo la baisse des prix du fer à béton, tertio les équipements vieillissants, et quarto la gouvernance inefficace. Le tout dans un modèle économique dépassé. Sans intervention publique, El Fouledh aurait probablement déjà cessé son activité. Aujourd’hui, sa survie repose sur des garanties étatiques, la tolérance des créanciers publics et des projets de restructuration encore incertains. Une réalité s’impose : El Fouledh est devenue une entreprise assistée.

–          Endettement : une dépendance critique aux créanciers

Le passif du bilan est dominé par un endettement élevé. Dette financière importante (banques publiques notamment), dettes fournisseurs élevées (énergie, matières premières), et arriérés sociaux (CNSS).

Le problème ne tient pas seulement au niveau de dette, mais à sa nature, avec du court terme élevé, une concentration sur des créanciers publics, et des rééchelonnements répétés. Bref, une entreprise en situation de refinancement permanent.

Avec 42,8 MDT de perte annuelle, 380 MDT de capitaux propres, et plus de 500 MD en endettement, trois scénarios sont désormais sur la table. D’abord le statu quo avec les pertes qui continuent. Ensuite, une restructuration lourde qui nécessitera une recapitalisation et des réformes, peut-être socialement douloureuses. Et enfin, au moins une privatisation partielle qui reste très improbable.  Mais une chose est sûre : le statu quo n’est plus soutenable, ni pour l’entreprise, ni pour son propriétaire.

–          Rééchelonnement de la dette Steg et un projet de prêt chez la BID

Notons par ailleurs, qu’au cours du mois de septembre 2025, la société a procédé à la signature d’un accord de rééchelonnement de sa dette envers la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz, pour un montant de 192,8 millions de dinars. En vertu de cet accord, ladite dette sera remboursée sur une période de dix ans, avec un délai de grâce de trois ans.

Et en date du 6 août 2025, la société a signé des mesures de régularisation de sa situation vis-à-vis de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, comprenant l’exonération de la société des pénalités de retard, sous réserve du règlement intégral des cotisations à partir du premier trimestre 2026.

L’exercice 2025 a aussi été marqué par le rééchelonnement des dettes de la société au titre du 4ème trimestre de l’année sur une période de 7 ans, à compter d’avril 2026, sans intérêts de retard, avec l’adoption d’un échéancier progressif durant les trois premières années, en tenant compte de la capacité financière de la société. La SCB a aussi connu l’apurement du reste de la dette sur une durée de 4 ans, avec exonération de la société de toute avance à verser au titre de ce rééchelonnement.

Face à la difficulté de financer le programme de restructuration technique de la société, le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie a présenté, le 13 décembre 2023, une demande de financement (requête de financement) au ministère de l’Économie et de la Planification, en vue de mobiliser des financements étrangers pour soutenir le programme de restructuration de la société, étant donné son importance dans le financement des grands projets tels que les centrales de production d’électricité et les stations de dessalement. Le ministère de l’Économie et de la Planification a, à son tour, soumis une demande de financement auprès de la Banque Islamique de Développement, et des discussions sont actuellement en cours avec ladite institution financière.

La phrase à retenir est que « El Fouledh ne produit plus de richesse, mais continue d’exister par décision politique. »

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1 COMMENTAIRE

  1. Aucune solution aux sociétés, usines et compagnies déficitaires en Tunisie, sauf leur privatisation ou au moins vendre des actions au privé.
    S’acharner à privilégier l’idéologie du tout étatique ne fera qu’éterniser la faillite par la dilapidation de l’argent public.

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