Le coordonnateur du programme de finances et de politiques publiques à Bawsala, Firas Zakraoui, a estimé que les mesures d’austérité prises par le gouvernement tunisien au cours des dernières années ont conduit à une détérioration de la qualité des services dans le secteur de la santé, notant que tous les indicateurs et chiffres depuis l’année 2011 apportent la preuve que l’État n’a pas réalisé de projets d’investissement dans les infrastructures, notamment les infrastructures des établissements de santé publique.
Dans une déclaration à « African Manager », en marge d’un colloque organisé par l’Observatoire tunisien de l’économie sous le titre « Dettes et impact des institutions financières internationales : Explorer les voies de compensation et de changement », il a affirmé qu’il existe une grande disparité entre les services du secteur public et du secteur privé, soulignant à cet égard la politique d’austérité budgétaire qui a eu un impact sur les soins de santé.
Le « diktat » des institutions financières internationales
Zakraoui a souligné que les institutions financières internationales dictent les conditions des prêts qu’elles accordent aux pays, notant que le Fonds monétaire international a conclu 3 accords avec la Tunisie, le premier en 2013, le deuxième en 2016 et le troisième était destiné à aider le pays à faire face à la pandémie de Covid-19. Sous l’effet de ces accords, la Tunisie a été contrainte de mettre en œuvre un ensemble de politiques : principalement pour contrôler les salaires, réduire les subventions, mettre fin aux détachements dans le secteur de la fonction publique, encourager la retraite volontaire et réduire le montant des allocations financières allouées aux investissements publics.
Bien que l’État tunisien ne soit pas encore parvenu à un accord avec le Fonds monétaire international pour l’octroi d’un prêt d’un montant de 1,9 milliard de dollars, les gouvernements successifs de ces dernières années ont insisté sur l’adoption de mesures d’austérité dans les budgets et ont continué d’encourager la retraite volontaire sans exclure les prestations sociales majeures , comme celles de la santé et l’éducation.
Zakraouia, en outre, fait observer que le budget alloué au ministère de la Santé n’a pas enregistré d’évolution significative depuis 2011, le taux n’ayant pas dépassé 6,5 %, alors que les fonds approuvés au profit des ministères de l’Intérieur et de la Défense ont enregistré une augmentation notable.
Le secteur de la santé souffre d’une pénurie sur tous les plans
Il a, d’autre part, affirmé que le budget du ministère de la Santé, dans le cadre du budget de l’État pour l’année 2024, est d’environ 6,5%, ce qui est un faible pourcentage. Ceci , alors que le secteur est aux prises avec ‘une grave pénurie de médecins, d’infirmiers. Les centres de santé de base, largement répartis dans les régions, se plaignent également d’un manque important, tant en termes de capacités que de médecins, dont 20 % travaillent en moyenne 6 jours par semaine, tandis que le pourcentage restant travaille en moyenne d’un à deux jours seulement.
Par ailleurs, Zakraoui a indiqué que le budget alloué à l’investissement dans la santé de base ne permet d’accorder aux centres de santé que 3000 dinars par an, précisant que le périmètre de leur intervention inclura les infrastructures et la vaccination.
Il estime que l’amélioration de la situation du secteur de la santé passe d’abord par la rupture avec la politique d’austérité, affirmant la nécessité de revoir le système fiscal, dont les principales recettes sont basées sur celles provenant des revenus des personnes physiques.








