AccueilLa UNEUne rentabilité en trompe-l'œil portée par les placements

Une rentabilité en trompe-l’œil portée par les placements

La Société Tunisienne d’Assurances et de Réassurances, première compagnie du marché constituée en décembre 1958, ne publiait que ses états financiers du 1er semestre 23025 à 10 jours de sa communication financière annuelle. Des comptes semestriels d’apparence solide.

Le résultat net atteint 21,317 millions de dinars tunisiens (MDT) contre 14,730 MDT au 30 juin 2024, soit une progression de 44,7 pour cent. Mais cette embellie résiste mal à l’examen. Elle révèle une compagnie dont le métier d’assureur dégage des marges très étroites, dont le résultat repose sur le rendement du portefeuille financier, et dont plusieurs postes de bilan restent fragilisés par une migration informatique non soldée.

–          Un résultat qui doit presque tout aux placements

La décomposition du résultat est édifiante. Le résultat technique non-vie ressort à seulement 0,935 MDT, après une perte de 5,488 MDT un an plus tôt. Le métier non-vie, qui concentre l’essentiel de l’activité avec 193,975 MDT de primes nettes, reste donc à peine à l’équilibre. Le résultat technique vie atteint 11,609 MDT. À eux deux, les comptes techniques produisent 12,543 MDT.

Or le résultat avant impôt des activités ordinaires s’établit à 31,731 MDT. L’écart, soit 19,188 MDT, provient presque intégralement du résultat financier. Les produits de placements nets totalisent 64,220 MDT contre 55,342 MDT, en hausse de 16 pour cent. C’est cette ligne, et non la souscription, qui porte le bénéfice. La STAR gagne de l’argent en plaçant la trésorerie issue des primes et des provisions, pas en assurant des risques. Un retournement du marché obligataire ou actions tunisien suffirait à effacer la quasi-totalité du résultat.

La progression du résultat net mérite aussi une nuance fiscale. Le taux d’impôt apparent passe de 11 pour cent en 2024, anormalement faible, à 27,2 pour cent en 2025. La comparaison brute des résultats nets, nous semble surestimer donc la dynamique réelle, d’autant que la base 2024 était plombée par un technique non-vie déficitaire.

–          La migration ERP, l’anomalie majeure

C’est le point sur lequel toute analyse critique doit le plus s’arrêter. La STAR a basculé au 1er janvier 2025 sur un nouvel ERP comptable, Sage 1000, et cette clôture est la première réalisée avec le nouvel outil de gestion. La société reconnaît que plusieurs postes ont été mouvementés par la modification des interfaces, et cite nommément les créances, les comptes d’attente et les comptes bancaires.

Les commissaires aux comptes ont d’ailleurs inséré dans leur rapport du 2 septembre 2025 un paragraphe d’observation, attirant l’attention sur les travaux d’apurement des suspens liés à la migration. Ce n’est pas une réserve, mais dans le langage des commissaires, un signal sérieux, qui invite à considérer que certains soldes ne sont pas stabilisés.

Or les postes cités sont précisément les plus « suspects ». Les avoirs en banque, CCP et caisse, doublent, de 30,880 à 62,811 MDT. Le détail révèle un solde CCP négatif de 1,612 million de dinars. Une anomalie technique, car un CCP ne devrait pas être créditeur. Surtout, la société a constitué une provision de 2,299 millions de dinars sur ses comptes de trésorerie, ce qui est très inhabituel. On ne provisionne pas des avoirs en banque, sauf à reconnaître que certains soldes ne sont pas justifiés. Cette provision est l’empreinte directe des suspens de migration. Le management affirme que la poursuite des travaux ne devrait pas avoir d’impact net matériel négatif. C’est une assertion de direction, non auditée, à traiter donc comme telle.

–          Une qualité de créances qui se dégrade

Les créances d’assurance directe atteignent 280,860 MDT bruts, provisionnées à 24,4 %. Les créances sur assurés et intermédiaires, en valeur nette, passent de 120,571 à 150,190 MDT en un an, soit une hausse de 24,6 %, près de quatre fois supérieure à la croissance des primes de 6,4 %. Une telle divergence est un signal d’alerte classique. La dotation aux provisions des créances bondit d’ailleurs de 3,206 à 8,487 MDT, confirmant une détérioration de la recouvrabilité.

Le barème de la décision 01/2021 provisionne à 100 % les créances de 2023 et antérieures, 20 % celles de 2024 et zéro celles de 2025. Une compagnie qui laisse gonfler ses créances récentes, affiche donc un taux de provisionnement flatteur tout en accumulant un risque latent qui ne se matérialisera qu’aux exercices suivants. La forte hausse des créances 2025 non provisionnées appelle la vigilance.

–          Une rentabilité non-vie suspendue à la seule automobile

L’annexe 13 révèle des disparités fortes derrière le résultat non-vie de 0,935 MDT. La branche groupe et maladie affiche un déficit technique de 12,378 MDT, point noir du portefeuille. Incendie et risques divers sont aussi déficitaires, à moins 4,713 et moins 2,817 MDT, et les branches accidents de travail, transport et aviation présentent toutes de petits déficits.

La somme des 6 branches détaillées, ressort à environ moins 20,5 MDT. L’écart avec le résultat positif d’ensemble ne peut s’expliquer que par l’automobile, non isolée dans le tableau, qui porte par solde un résultat de l’ordre de 21 MDT.

Presque toute la rentabilité non-vie de la STAR repose donc sur la seule automobile, ligne la plus exposée à l’inflation des coûts de réparation. Sa dégradation ferait basculer l’ensemble du non-vie dans le rouge.

–          Un coussin réel sur les placements

L’annexe 9 montre une réserve latente considérable. Les actions hors OPCVM figurent au bilan pour 65,613 MDT alors que leur juste valeur atteint 251,296 MDT, soit plus de 185 MDT de plus-value latente. Sur l’ensemble du portefeuille, l’écart entre valeur nette comptable de 1 108,319 MDT et juste valeur de 1 333,080 MDT atteint 224,761 MDT. Le principe de prudence sectoriel provisionne les moins-values mais ne constate jamais les plus-values. Ce matelas est un point fort réel, mais il donne aussi à la direction un levier discrétionnaire de pilotage du résultat. Les profits de cession bondissent justement de 1,153 à 6,357 MDT, preuve que ce levier a été actionné.

–          Synthèse

La STAR présente des comptes dont la solidité apparente cache trois fragilités. La rentabilité dépend des placements bien plus que du métier d’assureur, dont le résultat non-vie n’est sauvé que par l’automobile. La migration Sage n’est pas soldée et a généré une provision anormale sur la trésorerie et un paragraphe d’observation des commissaires. Enfin, la qualité des créances se dégrade nettement. On relèvera au passage que la société annonce une hausse du bilan de 5,4 pour cent, alors que le calcul exact donne 5,72 pour cent, coquille mineure mais révélatrice d’un manque de relecture.

Les points forts existent, réserve latente de près de 225 MDT, renforcement des provisions techniques, conclusion sans réserve des commissaires. Mais le résultat de 21,317 MDT reste un chiffre à fiabiliser, dont la traduction dépendra de l’apurement des suspens au second semestre. La progression de 44,7 pour cent relève davantage de l’effet de base et du pilotage financier que d’un redressement structurel du métier d’assurance.

- Publicité-

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Réseaux Sociaux

108,654FansJ'aime
480,852SuiveursSuivre
5,135SuiveursSuivre
624AbonnésS'abonner
- Publicité -