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Les réfugiés syriens, une arme pour la Turquie dans la réalisation de son rêve européen

Cela fait des jours que des dizaines de milliers de Syriens sont massés à la frontière ave la Turquie, malmenés par le froid et la faim, mais Ankara refuse de leur ouvrir la porte. Jusqu’à ce week-end où le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a enfin daigné se saisir de la question après les cris de Médecins sans frontière et des autres organisations humanitaires. Si les réfugiés syriens « sont à nos portes et n’ont pas d’autre choix, nous devons laisser entrer nos frères et nous le ferons », a déclaré Erdogan. Mais il n’a donné aucun calendrier, donc le calvaire des Syriens continue…

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On parle souvent de l’énorme fardeau sur le dos des Turcs avec les Syriens qu’ils accueillent sur leur sol. C’est très louable, il faut le souligner. Mais il faut également rappeler que l’Union européenne va payer le prix fort pour que la Turquie éloigne le spectre traumatisant d’une invasion massive de migrants. 3 milliards d’euros, c’est ce que l’UE va verser à Ankara pour l’aider à fixer sur son sol les 2,5 millions de réfugiés syriens qui y vivent, des migrants de moins en moins désirés en Europe. Et le mot est faible. Il est important de rappeler les éléments sous-jacents pour éclairer l’opinion sur les motivations profondes des uns et des autres.

La Turquie manœuvre très habilement !

Plus édifiant encore, la Turquie se sert de cette actualité brûlante pour arracher des concessions aux Européens quant à l’adhésion des Turcs à l’Union européenne (UE). Il faut dire que les pourparlers sont en panne depuis des années, les opinions publiques européennes étant de moins en moins alléchées par cette perspective. La montée des partis populistes, nationalistes et islamophobes en Europe a braqué une bonne part des pays européens contre cette hypothétique adhésion. Mais il n’y pas que ça, les autorités turques se sabordent également avec leurs entorses régulières aux droits de l’Homme. Cela noircit le tableau, même si pour faire du business avec la Chine, l’Arabie saoudite ou l’Iran, pour ne citer que ceux-là, les Européens sont moins regardants sur ces dérives…

Erdogan, qui a fait de cette question une priorité, fait feu de tout bois pour tordre le bras aux Européens. Plus on lui demande d’ouvrir ses frontières aux réfugiés, plus il est en droit d’attendre des Européens, effrayés par cet afflux massif de Syriens, de la souplesse et surtout de la diligence dans les négociations d’adhésion. Ce n’est pas un hasard si le cycle du dialogue a été relancé en automne 2015, en pleine crise des réfugiés, après un gel de… 10 ans ! Et première chose que demande l’Europe à la Turquie dès qu’on s’assoit à la table des négociations : Un « plan d’action » concret pour enrayer le flot sans précédent de migrants syriens et irakiens qui essayent de forcer les portes des pays européens mais aussi de rapatrier les migrants économiques vers leurs pays d’origine. C’est un boulot colossal… et ingrat mais également du pain béni pour les Turcs qui désespéraient de figurer sur les petits papiers de l’UE.

L’adhésion à l’EU est l’horizon indépassable pour la Turquie. C’est la promesse d’un développement, qui certes a été amorcé mais peine à attendre la vitesse de croisière des nations européennes. L’entrée dans cette Europe florissante est synonyme d’une avalanche de dizaines de milliards d’euros d’aide, sans beaucoup d’efforts finalement, ou très peu, et étalés dans le temps qui plus est. Regardez la Grèce, ou avant elle l’Espagne, le Portugal… Et la Turquie voit déjà la couleur de cette pluie d’euros, avec les 4,873 milliards qui lui ont été versés entre 2007 et 2013 dans le cadre de l’aide de préadhésion. La Cour des comptes européennes a beau dénoncer dans un rapport des « Retards excessifs », des « difficultés de mise en oeuvre », « évaluation et contrôle inadéquats » du côte turc et dire qu’elle « ne disposait pas des informations nécessaires pour démontrer l’efficacité de l’aide de préadhésion », la Turquie n’en a cure et a bien l’intention de vendre très chèrement sa collaboration sur le dossier des réfugiés. D’ailleurs la chancelière allemande est en ce moment même à Ankara pour inciter les Turcs à coopérer un peu plus sur ce dossier et à tarir davantage le flux des réfugiés vers l’Europe, nul doute qu’Erdogan en profitera pour pousser ses pions vers le rêve européen…

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