Plan Marshall : Avant de voir la couleur des sous, la Tunisie...

Plan Marshall : Avant de voir la couleur des sous, la Tunisie va en baver

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C’était la mobilisation des grands jours à Bruxelles pour les représentants de la Tunisie, il y a quelques jours. Et pour cause, on y parlait gros sous. Le journal français Le Figaro rapporte que les émissaires tunisiens à Bruxelles ont mis sur la table une demande de financement à hauteur de 20 milliards d’euros, étalés sur 5 ans (2016-2020), un programme dénommé ‘Plan Marshall’ par les députés européens, et que les autorités tunisiennes voient en tant que tel tant les difficultés du pays sont criantes. Le 13 septembre 2016, le Parlement européen a passé à la loupe les requêtes de la Tunisie. Dès le lendemain, le 14 septembre, les députés européens ont voté une résolution qui valide le principe d’une aide massive de l’Union européenne, mais qui est assortie, vous l’imaginez bien, d’un paquet de conditions que la Tunisie devra remplir pour être dans les bonnes grâces des Européens.

Et oui, puisque in fine ce sont les institutions internationales qui vont ouvrir les robinets, l’UE, avant de donner une caution qui de fait va l’engager, veut bien savoir où elle met les pieds et à quelle sauce elle sera mangée… par une Tunisie qui a cruellement besoin de capitaux, tout autant que le désert a besoin de la pluie. C’est pour vous dire. Alors l’UE n’y est pas allée avec le dos de la cuillère en donnant à la Tunisie un cap – ou plutôt une feuille de route, puisque les dirigeants tunisiens raffolent de cette expression – jalonné de 70 points qui brassent très large : Le combat contre la corruption, la réforme de l’administration, l’abrogation de l’article 230 du code pénal, la lutte contre le terrorisme… Bref, une liste de choses à réaliser longue comme le bras. Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a du plain sur la planche !

Ceux qui se réjouissent du fait que la Tunisie ait trouvé un écho favorable à Bruxelles préfèrent regarder la partie pleine du verre, ils en ont le droit après tous les malheurs qui se sont abattus sur le pays en 5 ans. Les autres commencent déjà à crier sur les toits que la potion amère de l’UE fera des dégâts, comme par exemple l’abolition de l’article 230 du code pénal qui criminalise l’homosexualité ou d’autres injonctions dont la rudesse sera très difficile à encaisser pour les Tunisiens. En attendant d’y voir plus clair, nous nous bornons, ici et maintenant, à vous relater 5 axes qui nous semblent emblématiques de ce que les Européens attendent de cette Tunisie qui rechigne à faire des sacrifices et s’entête à vivre très au-dessus de ses moyens.

L’ARP, le parent pauvre des institutions!

L’UE voit d’un très mauvais oeil la situation actuelle de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), particulièrement “le manque de moyens de l’ARP”, qui bloque, selon elle, le travail législatif.

“Le manque de moyens de l’ARP,(…) entrave son rôle législatif et ralentit l’élaboration de la nouvelle législation, qu’il est urgent d’adopter”, dit le texte.

Droits et libertés : Peut et doit mieux faire

L’UE salue la place que prennent certaines libertés comme la liberté d’association et la liberté d’information. Point d’orgue de cette orientation : Le vote, en mars 2016, de la nouvelle loi sur l’information. Mais les Européens soulignent ce qui est, à leurs yeux, des failles du CSP (Code du statut personnel) ; ils invitent les autorités tunisiennes à “abolir les lois discriminatoires à l’égard des femmes telles que celles qui régissent les successions et le mariage, ainsi qu’à renforcer la participation des femmes dans la vie publique et le secteur privé, conformément à l’article 46 de la constitution tunisienne”.
Par ailleurs le document incite à “la création de programmes d’accompagnement pour les femmes qui pourraient être les dirigeantes de demain dans l’optique de favoriser leur accès à des postes à responsabilité” et “recommande que la Tunisie abroge sa déclaration générale concernant la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes”.

Le Parlement européen est également préoccupé “par le peu de progrès réalisé dans la révision du code de procédure pénale et du code pénal pour défendre la liberté d’expression, s’inquiète du fait que plusieurs citoyens ont été poursuivis et emprisonnés pour diffamation, outrage à des représentant de l’État dans des chansons de rap ou atteinte aux bonnes mœurs, y compris des journalistes et des blogueurs, pour avoir exprimé leurs opinions”. Le document insiste sur la liberté d’expression sur le web, y compris pour les blogueurs, et en dehors ainsi que sur la liberté de réunion.

Autre grief des parlementaires européens : La façon dont les autorités policières conçoivent la lutte contre le terrorisme, notamment le recours à la torture pour les présumés coupables. Par ailleurs le Parlement exprime “son inquiétude la plus vive quant à la loi nº 22/2015 relative à la lutte contre le terrorisme (…) qui prévoit la peine de mort parmi les sanctions possibles pour une série d’infractions liées au terrorisme et est préoccupé par plusieurs dispositions de cette loi relative à la lutte contre le terrorisme”, martelant le fait qu’il faille concilier la lutte contre le terrorisme et le respect des droits humains.

Terrorisme : La double face de la Tunisie inquiète

Le Parlement européen est très troublé par le fait que la Tunisie, laboratoire de la démocratie dans le monde arabe, soit en même temps le premier exportateur de djihadistes étrangers vers les théâtres de guerre.

Le Parlement invite à une réforme des services de renseignement tunisiens, pour juguler notamment le phénomène du trafic d’armes et pour élaborer un plan afin de contenir le retour des combattants étrangers, tel que des “mesures punitives et des mesures préventives à des programmes de déradicalisation et de réadaptation afin de leur permettre de se réinsérer dans la société et de réduire ainsi les risques futurs” et ce, dans le cadre d'”une stratégie plus complète pour prévenir la radicalisation dans les prisons et les centres de détention” et “de mettre l’accent sur l’amélioration de l’éducation ainsi que sur la lutte contre la radicalisation des jeunes”.

Le cas libyen en tant que facteur d’aggravation du péril terroriste en Tunisie a également été souligné par l’UE. Le document invite les deux pays à renforcer leur partenariat sur le plan sécuritaire et à coopérer avec les pays européens.

La corruption et l’administration freinent le développement économique

Le Parlement européen est d’avis que la Tunisie doit réformer en urgence son administration.

Les députés européens saluent la mise en place de l’Instance nationale de lutte contre la corruption mais appellent à intensifier le combat contre la corruption “afin d’améliorer l’efficacité et la transparence des processus décisionnels et d’instaurer un environnement plus favorable aux investissements et aux entreprises”, essentiel pour la bonne marche des administrations.
Il est également d’emploi des jeunes, de plans de développement régionaux ainsi que des dispositifs de lutte contre la pauvreté.

Le secteur agricole a également été mis en exergue, signalant au passage la grave pénurie d’eau en Tunisie, ce qui doit orienter le pays vers la promotion d’une “agriculture et des habitudes alimentaires durables, une réforme agraire pour inciter les agriculteurs à préserver les forêts et les rivières” et vers “le développement durable du tourisme côtier”, qui “nécessite de réduire fortement la densité hôtelière afin de rationaliser les investissements et de gérer le littoral”.

Lutte contre l’immigration clandestine en échange de facilités

Le Parlement européen invite les autorités tunisiennes à coopérer énergiquement pour tarir l’immigration clandestine organisée, mais il appelle également les Etats membres de l’UE à faire preuve de “solidarité avec la Tunisie en facilitant la délivrance de visas aux entrepreneurs, aux étudiants, aux étudiants, aux chercheurs, etc(…)des voies sûres et légales aux migrants”.

On le voit, les exigences des Européens vont loin, très loin, et encore on vous a épargné moult autres détails qui n’auraient pas manqué de révulser ceux qui pensent que toutes ces questions relèvent de la politique intérieure de la Tunisie et que l’UE n’a pas à mettre son nez dans ces dossiers. Mais voilà, quand on tend la main pour demander des sous, comme le fait la Tunisie en ce moment, et pas peu, on ne peut échapper à des diktats étrangers, voire une forme de colonisation économique. C’est le prix à payer…

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