AccueilLa UNETunis : C’est officiel, l’Etat lâche Tunisair, bientôt en cessation de paiement.

Tunis : C’est officiel, l’Etat lâche Tunisair, bientôt en cessation de paiement.

Le 2 février dernier, un CIM était tenu à propos de la situation de Tunisair. Ce cabinet de crise, présidé par le ministre conseiller économique, réunissait 27 personnes au chevet du transporteur aérien public. 20 promesses avaient alors été données pour sauver le soldat Tunisair.

Mercredi 27 novembre, le secrétaire général du ministère du Transport réunissait dans son bureau, les parties concernées par la crise du transport aérien, dont un représentant du ministère des Finances. Officiellement, ce dernier annonce aux présents que son département ne peut plus rien faire pour Tunisair. L’Etat tunisien annonçait ainsi qu’il laissait tomber sa compagnie aérienne et qu’il ne fera rien pour la sauver. Cela nous a été confirmé par la direction de la compagnie aérienne tunisienne. L’annonce du représentant du ministère des Finances sera, ainsi, lourde de conséquences.

– Chronologie d’une mort annoncée de Tunisair.

En février dernier, le gouvernement tunisien avait mis au point un plan d’action de vingt mesures, pour sauver Tunisair de la banqueroute qui la guette. Aucune des mesures (à l’exception de l’avance de trésorerie d’un montant de 40 MDT) concernant le ministère des Finances, n’a été mise à exécution. Revue de détail du Niet du ministère de Fakhfakh.

– Prise en compte des besoins du ministère du Transport pour financer le plan de sauvetage de Tunisair, dans la loi des finances complémentaire 2013. Fakhfakh a dit NON, pour 2013, comme pour la LF 2014.

– Projet de décret effaçant les pénalités de retard sur les redevances aéroportuaires et des services de navigation aérienne de Tunisair au profit notamment de l’OACA. Niet.

– Prise en charge par le ministère des Finances de la dette de 165 MDT de Tunisair auprès de l’OACA, sous forme de compensation des bénéfices à reverser par l’OCA à l’Etat. Fakhfakh dit NON.

– Octroi du statut d’entreprise totalement exportatrice à Tunisair. Fakhfakh dit NON. Il serait même question de retirer ce privilège à Nouvelair qui l’avait déjà !

– Présentation d’une demande de Tunisair, lui permettant de payer ses factures à partir du compte de gestion qu’elle tient en Algérie. Un compte garni de 8 MDT. Là, c’est le gouvernement algérien qui dit non, en vertu de la loi interdisant la sortie des bénéfices en dehors du territoire algérien. Mais le gouvernement tunisien ne bougera pas le petit doigt et n’interviendra pas auprès de Bouteflika.

– Un projet de décret fixant la liste des services exemptés de la CNSS au profit de Tunisair. Le gouvernement dit NON.

– Appel à Tunisair pour reprendre son trafic sur les aéroports de Gafsa et Gabès, en contrepartie d’une participation de 5 MDT de la part de la société des Phosphates de Gafsa. Le gouvernement dit NON. Tunisair répond par NON à la reprise des vols vers ces deux aéroports.

– Les chiffres qui tuent.

La compagnie, qui a pourtant dit oui à l’appel du gouvernement lorsqu’il voulait faire plaisir aux sportifs en les emmenant gratis au Cameroun pour y assister à la défaite de l’équipe nationale de football, va mal. C’est même la déconfiture, si le gouvernement persiste dans son refus de sauver Tunisair. Après les 135 MDT de déficit de 2011, les 125 MDT de pertes en 2012, cette année 2013 ne devrait qu’approfondir ces pertes. Jusqu’à septembre dernier, le déficit des 9 premiers mois était de 91 MDT. Au total et pour les 3 dernières années, le déficit cumulé devrait avoisiner les 400 MDT, selon le management de la compagnie. Pour 2013 aussi, le chiffre d’affaires était déjà en baisse de 9 %, le trafic en recul de 3 à 5 %. Ce trafic était même, avec un nouveau représentant à Paris qui serait partisan du pouvoir en place et qui n’aurait jusqu’ici reçu aucun des TO, en baisse de 23 % sur la France. Et chiffre effrayant, mais officiel, la trésorerie de Tunisair était, en novembre, déficitaire de 100 MDT !

Voici donc l’état actuel des finances et de la trésorerie de Tunisair. Une compagnie qui a 65 ans d’âge. Une compagnie qui fait travailler 8500 personnes, dont 4.000 qui étaient dans d’autres filiales et qui ont réintégré Tunisair et dont les salaires ont été alignés sur ceux de la société-mère, comme le voulait le gouvernement, alourdissant sa masse salariale. Une masse alourdie aussi par les 250 autres recrutements après la révolution. Une compagnie que le ministre du Transport voudrait voir reprendre ses vols et en maintenir d’autres, sur les lignes intérieures, toutes déficitaires. Une compagnie, enfin, qui risque désormais de se déclarer en cessation de paiement, selon ses propres dirigeants.

Mais qu’à cela ne tienne. Le remboursement des anciens prisonniers politiques, le doublement du montant de la prise en charge de l’Etat-Larayedh au titre de l’amnistie générale (100 MDT en 2014 contre 50 MDT en 2013), la hausse de 8,3 % des dépenses de gestion d’un Etat de 250 ministres, secrétaires d’Etat et autres Conseillers outre les 26 Conseillers du chef de l’Etat et de 5,4 % pour tout le budget 2014, sont les « vraies » urgences du ministre Fakhfakh.

Ka Bou

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