Le Fonds monétaire international (FMI) vient de livrer son évaluation de l’économie tunisienne. Il l’a fait à travers son Conseil d’administration au terme de ses consultations au titre de l’article IV avec la Tunisie.
Dans ce verdict, il est constaté que l’économie tunisienne a fait preuve de résilience pendant la longue transition politique et face à un environnement économique international difficile et les vents contraires liés aux menaces pesant sur la sécurité et aux tensions sociales, qui compensent les effets positifs de l’achèvement de la transition politique, de la baisse des prix internationaux du pétrole et de la reprise en Europe.
La croissance s’était bien redressée après le creux de 2011, mais elle s’est affaiblie au début de 2015 : la croissance du PIB a atteint en moyenne 1,2 % (sur un an) pour le premier semestre, du fait d’un ralentissement notable de l’activité dans l’industrie manufacturière, le tourisme et le secteur minier. Par ailleurs, le chômage reste élevé. L’inflation globale est tombée à 4,2 % en juillet, en raison de la baisse des prix des produits alimentaires et d’une politique monétaire prudente.
Les déséquilibres extérieurs demeurent élevés. La faiblesse des recettes tirées du tourisme, l’augmentation des importations (en particulier de produits énergétiques et de biens d’équipement) et la baisse des exportations de pétrole et de phosphate ont porté le déficit des transactions courantes à 8,8 % du PIB en 2014, soit son niveau le plus élevé depuis les années 80. Les exportations exceptionnelles d’huile d’olive et la diminution des importations énergétiques ont réduit le déficit au début de 2015, mais cette amélioration ne devrait pas durer, car les recettes tirées du tourisme, qui ont fort souffert des attaques du Bardo et de Sousse, devraient baisser cette année. Les volants de réserves se maintiennent, grâce au succès d’une émission obligataire internationale plus tôt dans l’année.
La situation budgétaire s’est améliorée, avec le déficit budgétaire structurel tombant à 3,3 % du PIB en 2014 grâce à la bonne tenue des recettes. Toutefois, l’investissement public, qui est nécessaire pour soutenir la croissance, a atteint un plus bas de 4,2 % du PIB, tandis que la masse salariale, qui représente environ 60 % des recettes, a augmenté.
Le système bancaire demeure fragile au motif que le ratio des fonds propres pour l’ensemble du système s’établit au-dessous des exigences réglementaires. Les prêts improductifs du secteur bancaire restent élevés, à 15,8 %. En raison de la faible croissance des dépôts, les banques publiques demeurent structurellement illiquides, ce qui accroît le recours au refinancement auprès de la BCT. Dans ces conditions, la croissance du crédit au secteur privé reste modeste, et son niveau est largement inférieur au potentiel.
Néanmoins, les perspectives à moyen terme demeurent favorables, souligne le FMI, et la croissance devrait s’accélérer à 4,7 % d’ici 2020. Elles dépendent d’une baisse des risques sur le plan de la sécurité et d’une atténuation des tensions sociales, ainsi que de la bonne et rapide exécution de vastes réformes qui améliorent le climat des affaires et favorisent le développement du secteur privé.
Le CA de l’institution de Bretton Woods a appelé les autorités tunisiennes à continuer de renforcer la position budgétaire, à achever les réformes du secteur financier et à accélérer les réformes structurelles visant à améliorer les perspectives de la croissance et de l’emploi. Surtout, il leur est demandé de limiter l’augmentation de la masse salariale grâce à une réforme de la fonction publique et de réduire les subventions énergétiques d’une manière soutenable grâce à l’application d’une nouvelle formule de calcul automatique des prix des carburants. Ils notent aussi qu’il importe d’utiliser l’espace budgétaire pour les dépenses sociales prioritaires et d’accroître l’exécution de l’investissement public, qui est aujourd’hui faible.
Les administrateurs soulignent qu’il importe d’opérer des réformes budgétaires qui ne nuisent pas à la croissance. Ils notent avec satisfaction que les autorités sont déterminées à adopter une réforme fiscale qui accroît l’équité, l’efficience et les recettes permanentes. Un renforcement de la gestion des finances publiques et du suivi des entreprises publiques contribuerait à réduire les risques budgétaires. Les administrateurs saluent aussi la détermination des autorités à réformer les retraites.
Les administrateurs appellent à achever rapidement la recapitalisation de toutes les banques publiques et soulignent qu’il importe de veiller au respect de la réglementation pendant toute la période de restructuration. Ils soulignent enfin qu’il est essentiel d’améliorer le climat des affaires pour accélérer la croissance et la création d’emplois, ainsi que rehausser la compétitivité.








