Le terrorisme tel qu’il est pratiqué par Daech a cessé d’être une menace pour devenir une réalité avec laquelle il faut vivre. Une vérité amère et insoutenable, mais qui éclaire d’un jour nouveau l’impérieuse nécessité de penser autrement la lutte contre ce mal qui a la singularité de frapper n’importe où, n’importe quand mais de moins en moins n’importe comment.
Les attentats qui viennent d’endeuiller Paris ne doivent pas être regardés comme un autre épisode, certes massivement meurtrier, de la croisade des jihadistes de Daech contre de nombreux pays y compris la Tunisie, mais comme un acte de guerre entièrement constitué qui préfigure des lendemains bien plus tragiques et, pour dire les choses crûment, dévastateurs. Daech qui aime bien s’appeler « Etat islamique », n’est pas une simple organisation terroriste. C’est une structure qui domine de vastes territoires où vivraient 6 millions de personnes, qui prélève des impôts, qui vend du pétrole, qui engrange des recettes, qui forme des combattants et qui utilise les anciens cadres civils et militaires du régime déchu de Saddam Hussein. Plus encore, elle professe et exerce un prosélytisme qui lui procure des dizaines de milliers de jihadistes « prêts à mourir », en fait des exaltés en même temps de la chair à canon. Ceci en fait une « armée » qui maîtrise comme jamais la guerre asymétrique, alliant la sophistication à la guérilla, surtout urbaine.
Face à semblable architecture, il semble de plus en plus difficile à des Etats, plus est, démocratiques, ou en voie de l’être comme la Tunisie, de pouvoir contrecarrer ses visées et ses sanglantes équipées. Non parce qu’ils ne sont pas matériellement outillés pour le faire, mais parce que, dès le départ, ils ont choisi de martialiser leur lutte contre ces combattants qui maîtrisent les techniques d’infiltration, la capacité de s’incorporer dans les milieux sociaux, de s’y procurer des armes et de fabriquer des explosifs.
En face, on trouve des appareils de sécurité et de renseignement qui n’ont pas voulu ou su sortir des sentiers battus qui sont les leurs depuis belle lurette, qui sont incapables de se réinventer ni en amont ni en aval, pour laisser leurs stratégies antiterroristes en l’état, c’est-à-dire inadaptées, vulnérables et par endroits inefficaces. Serait-il concevable qu’en France, par exemple, les services dédiés au renseignement sachent collecter l’information, l’analysent moins et ne la comprennent pas du tout ou si peu ? C’est toute l’architecture de la prévention qui demande à être revue de fond en comble.
Le cas tunisien !
Qu’en dirait-on de la Tunisie, pays victime de fraîche date du terrorisme ? Les moyens y sont dérisoires, le dogme de lutte contre le terrorisme embryonnaire voire inexistant, des appareils, sécuritaire et militaire, débordés, des soutiens étrangers parcimonieux et une opinion publique de plus en plus démobilisée face au terrorisme, comme vient de le montrer le dernier baromètre d’Emrhod.
Certes, des percées sont de temps en temps mises au crédit des forces de sécurité et de l’Armée, mais les fragilités persistent alors que les groupes terroristes, qui se font par moments oublier, se signalent par des actes d’autant plus spectaculaires qu’ils sont d’une extrême barbarie, soulevant l’abomination, comme en témoigne la décapitation du jeune berger martyr de Sidi Bouzid.
Pareilles affres ont ceci de particulier qu’elles frappent monstrueusement l’opinion publique, et c’est l’objectif recherché par les terroristes pour « faire exemple » et montrer aux uns et aux autres et surtout au gouvernement qu’ils sont toujours là avec des actions encore et toujours plus atroces. En s’en prenant de la sorte aux civils, notamment aux plus jeunes d’entre eux, les terroristes sont-ils en train de négocier un tournant dans leurs opérations ou devrait-on y voir un signe de désespoir ?
Le fait est qu’aucune éventualité ne doit pas être écartée. Cela doit vouloir dire que l’on ne doit pas baisser la garde et qu’il est essentiel voire vital de revoir à la racine toute la stratégie mise en place pour combattre le terrorisme, en en bouleversant l’approche, les mécanismes et les ressorts.









Primo, rendre le service militaire obligatoire jusqu’à 50 ans pour les hommes, rendre le service fortement recommandé pour les femmes et entraîner les gens à être vigilant pour faire face de façon efficace à ce genre de menace…