Fallait-il en arriver là ? C’est toute la question que soulève la grève de trois jours décidée, observée presque toute la journée de ce lundi durant, pour enfin être suspendue et renvoyée aux 5, 6 et 7 octobre. Ce n’est que partie remise, serait-on tenté de dire. En décidant si abruptement de débrayer, les transporteurs de marchandises surtout de carburants se sont indiscutablement attirés les foudres des automobilistes et sans doute de la majorité des Tunisiens. Observé à l’approche des fêtes de l’Aïd el Idha pour se prolonger très vraisemblablement jusqu’au weekend, ce mouvement relève à coup sûr d’une approche qui a tout d’être funeste mais surtout pernicieuse. Son timing ne prête à nul doute, il a été conçu et concocté pour créer le chaos et semer la panique parmi les Tunisiens, très attachés à la célébration du rite de l’Aïd el Idha, car c’en est un, en famille, ce qui exige pour la plupart d’entre eux des déplacements parfois longs. En les punissant de la sorte, les camionneurs ont perpétré un acte blâmable et par bien des côtés irresponsable. Et on pourrait faire grief à la Fédération du transport, affiliée à l’UGTT, de ne pas dissuader ses adhérents de ne pas franchir le Rubicon et de ne pas s’être employée à les amener à raison garder, alors même que l’UGTT dit s’attacher à une trêve sociale.
L’organisation syndicale est redevable d’une explication convaincante, et il est espéré que ce sera chose faite lors de la conférence de presse annoncée pour demain afin d’ « exposer les raisons ayant obligé les transporteurs d’hydrocarbures à entrer en grève à partir d’aujourd’hui ».
On est passé à côté de la catastrophe !
Au cas où cette grève n’aurait pas été stoppée net à temps, et se serait poursuivie, elle aurait été catastrophique pour le pays, a affirmé Habib Mlaoueh, DGA de la Société Nationale de Distribution des Pétroles (SNDP), entreprise publique ayant pour mission la commercialisation des produits pétroliers et de leurs dérivés sous le label « AGIL », dans une déclaration à l’agence TAP.
Consciente de sa mission et de vocation de service public, « la SNDP a pris ses précautions et approvisionné, depuis une dizaine de jours, les services de l’Etat, pour assurer leurs besoins en carburants ». Elle a commencé, dès vendredi, l’approvisionnement des 250 stations d’essence « Agil », dans les différentes régions du pays, en grande quantités de carburants, pour qu’elles soient en mesure de satisfaire les besoins des citoyens durant deux jours», a-t-il ajouté.
L’argumentaire des uns et des autres
La décision de la grève intervient après l’échec de la séance de conciliation tenue dimanche après-midi, au ministère des affaires sociales, a soutenu la Fédération du transport de l’UGTT, par le truchement de son secrétaire général, Moncef Ben Romdhane. Se confiant à TAP, il a expliqué que les grévistes entendaient protester contre la non application de l’accord conclu le 1er mai 2014, entre l’UGTT et l’UTICA et portant sur une augmentation de 6% des salaires dans le secteur privé, ainsi qu’une prime de transport de 10 dinars. Au demeurant, il a jeté la pierre à la chambre syndicale du transport terrestre des marchandises (UTICA), affirmant, dans le même temps, que « la partie syndicale avait fait preuve d’une souplesse dans l’application de cet accord, puisqu’elle a proposé l’augmentation progressive des salaires, surtout pour les sociétés souffrant de difficultés économiques ».
Toutefois, l’organisation patronale, par la voix du membre de son bureau exécutif, Khalil Ghariani, a jugé qu’ «il n’y a aucune raison pour que les transporteurs des carburants entrent en grève, trois jours avant l’Aïd».
D’après lui, cette grève est «illégitime» et « sanctionne » les citoyens qui s’apprêtent à fêter l’Aïd El Idha, le 24 septembre courant. Nous les avons toujours appelé à négocier au siège de l’UTICA, à propos de leurs revendications, sans résultats ».
Il a imputé la crise actuelle à « la fragilité du secteur tout entier. Ce ne sont pas seulement les transporteurs des carburants qui en souffrent mais plutôt tous les transporteurs de marchandises qui travaillent dans une situation difficile». Autrement dit, cette situation rend épineuse l’application des dispositions de l’accord de l’année 2014, a précisé Ghariani.
Pour autant, pourrait-on penser que cette suspension de la grève ne sera qu’une petite parenthèse de courte durée au terme de laquelle on reviendra au statu quo ante ? C’est cette perspective qui devra être présente dans les esprits des deux organisations syndicales dès lors qu’il s’agira, et c’est une obligation, d’appréhender autrement le contentieux présent et de lui trouver le règlement qui satisfasse les uns et les autres et surtout qui épargne aux automobilistes une réédition des tourments qu’ils venaient de subir.








