Dans un billet économique, publié par l’intermédiaire Mc Sa, l’universitaire et économiste Moez Labidi, revient sur le Prix Nobel de la Paix, dernièrement octroyé au Quartet tunisien. Il donne ensuite l’ébauche d’une stratégie qui devrait permettre de capitaliser cette haute distinction internationale.
Aujourd’hui, la Tunisie fait la Une de tous les médias du monde, non pas pour un attentat meurtrier, mais plutôt pour l’attribution par la plus prestigieuse des distinctions internationales, le prix Nobel de la paix 2015. La transition politique a décroché donc son prix Nobel, la transition économique, elle, attend encore au guichet.
En dépit des premiers signes d’amélioration de la croissance du partenaire européen, la croissance tunisienne reste anémique. L’entrée dans le tunnel de la récession technique avec deux trimestres consécutifs de recul du produit intérieur brut (-0.2% en T1- 2015 et -0.7 en T2-2015) jette une autre dose d’incertitude sur le climat de morosité qui envahit actuellement l’environnement des affaires en Tunisie, et renforce les anticipations d’une croissance négative aux troisième et quatrième trimestres 2015.
Alors que l’entrée de la Tunisie dans cette récession technique est sur toutes les lèvres, certains indicateurs montrent tout de même des signes d’amélioration: taux d’inflation, déficit commercial, investissements étrangers, …!! Une situation atypique, une situation paradoxale.
Le déficit de confiance a été comblé par une dose de dialogue national. Un dialogue couronné aujourd’hui par le comité Nobel. Mais le déficit commercial et le déficit budgétaire attendent toujours une dose de rénovation du dispositif réglementaire et de l’appareil productif.
Parce que le passage à une économie d’innovation dans un pays où la compétitivité est en berne, est inéluctable.
Misons sur ce sentiment de fierté d’appartenir à la Tunisie démocratique pour faire renaître l’espoir. Car, Il n’y a pas de quoi pavoiser lorsque la croissance flirte avec la récession, lorsque les fondamentaux économiques virent au rouge, lorsque la nébuleuse terroriste plane sur le site Tunisie. Un grand merci au comité Alfred Nobel de nous avoir attribué cette prestigieuse distinction.
Un grand Merci au comité Nobel de ne pas avoir braqué ses projecteurs sur cette réalité économique et sociale amère! Un prix Nobel de la paix orphelin de la sagesse syndicale, privé de la citoyenneté du patronat, et handicapé de l’audace du gouvernement, restera tout simplement une page glorieuse, enseignée dans les livres d’histoire, à des écoliers promis inévitablement au chômage!
Alors, capitalisons économiquement ce trophée. Au niveau international, en renforçant l’action des délégations commerciales auprès des ambassades, en lançant une vaste campagne publicitaire pour le tourisme, axée sur cette consécration bien méritée, de type: «Alfred Nobel est déjà en vacances en Tunisie. Pas vous?!», …, en multipliant les rencontres avec les milieux d’affaires pour les convaincre de rejoindre le site Tunisie et aussi en engageant de nouveau les négociations avec les bailleurs de fonds bilatéraux pour alléger la contrainte d’endettement et transformer une partie de la dette en projets de développement.
Au niveau domestique en déployant plus de moyens pour gagner la bataille de la sécurité, en responsabilisant davantage les partenaires sociaux et en redémarrant la machine des réformes pour remettre la Tunisie sur le chemin d’une croissance solide et inclusive.
Les retombées positives de ces actions ne peuvent que redorer le blason de l’économie tunisienne.








