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Tunis : R. Ghannouchi met les pieds dans le plat, mais reste au zénith de la félonie !

Il débute son discours, sous les applaudissements nourris des Nidaïstes. Rached Ghannouchi  apostrophe ensuite Béji Caïed Essebssi, par un très solennel «Monsieur le Président. Président vénéré de notre Etat». Un peu plus tard dans le discours, dans une position qui rappellerait presque celle du loup Oméga devant le loup Alpha, Ghannouchi gratifiera même son rival  d’un «votre Excellence Monsieur le président», un mot qu’on n’avait plus entendu depuis Bourguiba. Il parlera ensuite du congrès de son concurrent, Nidaa Tounes qui l’a battu dans les élections de 2014 et sorti du pouvoir, comme d’un «mariage (ndlr : certainement coutumier alors) que célèbre toute la Tunisie » et lui donne même sa «bénédiction».

Pris dans la spirale des congratulations en trend croissant, Ghannouchi dit même que «le congrès de Nidaa Tounes est une bonne chose pour Ennahdha». Il pensait certainement, à ce moment là, au schisme qui déchirait encore ce samedi le parti au pouvoir et qui l’affaiblit en prévision des prochaines municipales d’octobre prochain. Et Ghannouchi d’ajouter, après avoir indiqué avec l’assurance du chef religieux, que «Nidaa est un parti démocratique, enraciné dans la démocratie (ndlr : Nidaa n’a pourtant que 4 ans d’existence)». L’esprit traversé, certainement alors, par le nombre croissant de portefeuilles  ministériels donnés à son parti et en signe d’autosatisfaction, Ghannouchi assure que «il n’y a pas de démocratie sans équilibre».

  • Le cours d’anatomie zoologique de Rached Ghannouchi

Grisé ensuite par ses propres paroles et par les applaudissements de ses ennemis politiques, Rached Ghannouchi met ensuite les pieds dans le plat, prononce le mot de trop et commet la bourde de l’année. «Nous considérons la Tunisie comme un volatile (ndlr : il n’a pas dit oiseau) qui vole dans les cieux avec ses deux ailes, Ennahdha et Nidaa». Devant et derrière lui, tout le monde riait. A côté, les caméras de télévision n’ont pas manqué le rire gêné de BCE qui se cachait la bouche derrière ses doigts et le rire narquois de son chef de cabinet et homme fort du parti au pouvoir.

Le vieux leader islamiste tunisien essaiera plus tard de corriger le tir. Il abandonnera alors la parabole du volatile pour celle du bateau qui transporte tout le monde et n’en exclut aucun. Questionné par les journalistes à la sortie, il dira que le volatile a aussi des pieds et une tête. Mais le mal était déjà fait. Le cours d’anatomie zoologique du leader du parti islamiste tunisien ne plaira pas au reste de la coalition. Ce discours du vieux leader du parti islamiste, en a étonné plus d’un, même s’ils se sont aussi réjouis de sa mauvaise blague qui a déplu, au moins au président d’Afek Tounes. Quant au président de l’UPL, le 4ème larron de la coalition gouvernementale, il proteste en refusant de prendre part à la joute oratoire d’ouverture des travaux du congrès de Nida Tounes.

  • Les mots de trop de Ghannouchi

Pieds dans le plat ou sentiment de légitime autosatisfaction, Ghannouchi avait mis mal à l’aise les Nidaïstes par ses propos. Pour beaucoup de partisans de Nidaa, que nous avons pu rencontrer à Hammam Sousse, le discours mielleux de Rached Ghannouchi était le mot de trop. Bon nombre d’entre eux avaient fini par accepter ce trouble voisinage politique et cette coalition contre nature avec le chef de la confrérie des islamistes tunisiens. Cette nouvelle posture d’Ennahdha et de Nidaa en «cul et chemise» que le discours de Ghannouchi a mise un peu trop à nu, n’est pas en effet pour plaire à tout le monde. Elle dérange plus qu’elle n’en fait rire de joie un lectorat Nidaïste, qui avait investi Nidaa Tounes par son vote d’une mission plutôt de résistance au projet islamisant d’Ennahdha. Un électorat qui a peur, même s’il continue en partie de suivre son vieux leader qui brise pourtant sa profession de foi anti-Nahdha.

Pour ceux qui ont suivi les discours de Rached Ghannouchi, ses déclarations sur les plateaux TV, dont celui où il certifiait que la Troïka ne durera qu’une seule année, ou encore sa rencontre avec les Salafistes et tout ce qu’il y avait dit et qu’il avait par la suite renié malgré l’enregistrement vidéo,  l’homme est en effet capable de dire la chose et son contraire et de revenir sans vergogne sur ses positions, en trouvant toujours l’excuse pour le faire.

En octobre 2012, il disait que «Nidaa Tounes est plus dangereux que les Salafistes ». C’était BCE qui l’avait alors dénoncé, en taxant les propos de Ghannouchi de «violence politique». Quelques mois plus tard, il fera coalition avec lui et il aurait même, selon son propre gendre, voté pour lui. Mais si BCE a été accusé de trahison à ses électeurs, les bases d’Ennahdha savaient que leur leader, tout comme eux, ne lâcheront jamais leurs vieux projets même s’il faut 100 ans pour les réaliser. Rached Ghannouchi avait pourtant gouverné avec Moncef Marzouki et l’avait soutenu pendant les 3 années de la Troïka. Il l’avait ensuite, sans aucun scrupule, honteusement lâché au second tour des présidentielles et voté même pour son rival Béji Caïed Essebssi. Qui peut désormais lui faire confiance ? Seul BCE et le reste de son Nidaa (l’Appel) qui perd au fil des jours toute résonnance populaire.

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