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Tunis : Vous les avez mal compris et ils ne vous comprendront pas, M. le chef du gouvernement

On l’attendait à sa 1ère conférence de presse de retour de deux voyages, en pleine effervescence sociale. Il fera une simple déclaration, laissant les journalistes sur leur faim. On l’attendait dans  un discours public de franche explication avec et face au peuple. Il choisira de parler devant les caméras.

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Assez sûr de lui, comme lorsqu’il disait assumer seul la responsabilité du dernier remaniement ou lorsqu’il se montrait convaincu du droit de Moncef Marzouki de s’exprimer librement, le chef du gouvernement tunisien a enfin parlé samedi dernier. Une assurance qu’il perdra cependant au fil des questions, comme lorsqu’il est sollicité pour répondre aux déclarations de l’ancien président provisoire devant les caméras de France 24 ou comme lorsqu’il lui est demandé de nommer les partis soupçonnés de manipulation des foules et qu’il répond au journaliste que «vous les avez nommés vous-même», une manière d’éluder la question.

On retiendra cet énervement, à peine perceptible et qu’on comprend par sa très brève réponse, lorsque le journaliste lui rappelle qu’il s’était illustré par son absence, dans un moment critique. «Le plus important, ce n’est pas ma présence physique», dira-t-il. C’est pourtant à cause de cette absence que l’action de son gouvernement enregistrera un cafouillage dont il ne parlera pas. Il réprimera pourtant mal sa colère contre son gouvernement, lorsqu’il commet, lui aussi, l’impair d’affirmer que la réunion ministérielle qui avait pris les mesures objet du cafouillage, n’était pas destinée à le faire. Est-ce à dire que ces mesures étaient nulles ? Sa colère maîtrisée n’ira pas jusque là !

Sans aller jusqu’à dire qu’il n’a rien dit, Habib Essid aura quand même réussi à dire ce qu’il voulait dire, sans jamais aller jusqu’à dire tout ce qu’il devait dire au peuple envers lequel il est tenu de tout dire. Il indiquera ainsi qu’il gouverne selon un plan déjà défini, qui est la note d’orientation du plan stratégique 2016-2020. Il parlera, quoique brièvement, de l’économie en crise et qui nécessite un retour de l’investissement qui requiert à son tour un retour au calme et une stabilité sociale et politique qui n’existe pas encore et que la reprise demandera du temps.

  • Voici ce que vous n’avez pas compris, M. le chef du gouvernement

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Force est pourtant de constater que le chef du gouvernement tunisien ne semble pas avoir bien compris, ou qu’il en fait mine, que la population qu’il gouverne n’a pas besoin du «Développement» qui justifierait toutes ses contestations et qui est publiquement présenté comme étant le casus belli de toute la révolution.

Ce qu’une partie du peuple veut, c’est sa part d’une révolution qui lui a été présentée comme ayant été faite contre une classe, riche et qui s’enrichit toujours et pour laquelle il serait temps de rendre ce qu’elle aurait spolié. Ce qu’une autre partie veut, c’est que l’Etat «lui foute la paix » et la laisse s’enrichir, à sa manière, même si cela passe par la contrebande, la connivence avec le terrorisme, le racket à l’Etat par l’occupation de ses terres, de sa voie publique et de ses ressources. Ce que veut la dernière partie du peuple, c’est un emploi dans la fonction publique ou dans les entreprises publiques, un salaire fixe et des avantages quidc56 sont autant de situation de rente,  sans l’effort du travail quotidien qu’elle estime dégradant par rapport au niveau universitaire et intellectuel qu’elle croit avoir légitimement atteint. Un niveau, pourtant, qui n’encourage que très peu au recrutement, même en situation de non crise, comme le montre cette copie d’examen d’un étudiant en 3ème année finance dans un des plus prestigieux instituts en Tunisie. C’est UN cas peut-être. Mais il est fort éloquent. Soyons, à ce propos, indulgents et disons que la faute en reviendrait à la dégradation du niveau de l’enseignement en général.

  • Voici pourquoi ils ne vous comprendront pas

Malgré toutes ces vérités, Monsieur le chef du gouvernement, le peuple dont la classe dirigeante a peur et le traite avec déférence et que l’opposition courtise avec tous les moyens, y compris le mensonge, ne vous croira pas. Pendant toute l’année de votre gouvernance, vous avez toujours reculé devant sa colère, légitime, feinte ou manipulée. On ne vous fera pas un dessin, vous en connaissez tous les cas. C’est aussi un peuple qui a été habitué à avoir tout ce qu’il demande, sans aucune distinction entre méritants et ceux qui ne le sont pas, en faux ou vrais chômeurs, entre employés et sans emploi (1,3 milliard DT pour la seconde augmentation salariale alors que le pays a plus de 612 mille sans-emploi), entre faux et vrais martyrs. Dès le début de votre mandat, les contrebandiers du Sud s’étaient révoltés contre le timbre de 30 DT et vous avez reculé. En avril dernier, vous avez cédé aux demandes des enseignants, pulvérisant ainsi toute possibilité, pour votre gouvernement, de dire non à toute autre augmentation. Le FMI vous a déjà averti qu’une trop grande partie du budget va aux salaires. Vous avez continué et avez même recruté plus de fonctionnaires et continuez à sillonner le monde à la recherche de nouveaux crédits alors que la croissance de l’économie et nulle. Parlant un jour, en off à la radio, avec un des SG adjoints de l’UGTT, à propos de la course aux augmentations salariales, on lui disait que l’Etat n’en a plus les moyens. Voici sa réponse : «Ne vous en faites pas. Nous savons qu’il a encore de l’argent». Allez donc lui prouver le contraire, à lui et à toute une population, gavée par les discours sur des richesses naturelles présumées et injustement spoliées, sur l’argent spolié de ses anciens dirigeants et sur son secteur privé qui doit maintenant donner ce qu’il aurait injustement pris. Qui sème le vent …. !

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